lundi 8 juillet 2013

La mondialisation de l'indifférence

Homélie du Pape François lors de sa visite à l'île de Lampedusa.

Immigrés morts en mer, dans ces bateaux qui au lieu d’être un chemin d’espérance ont été un chemin de mort. Ainsi titrent des journaux. Il y a quelques semaines, quand j’ai appris cette nouvelle, qui malheureusement s’est répétée tant de fois, ma pensée y est revenue continuellement comme une épine dans le cœur qui apporte de la souffrance. Et alors j’ai senti que je devais venir ici aujourd’hui pour prier, pour poser un geste de proximité, mais aussi pour réveiller nos consciences pour que ce qui est arrivé ne se répète pas. Que cela ne se répète pas, s’il vous plaît ! Mais tout d’abord, je voudrais dire une parole de sincère gratitude et d’encouragement à vous, habitants de Lampedusa et Linosa, aux associations, aux volontaires et aux forces de sécurité, qui avez montré et montrez de l’attention aux personnes dans leur voyage vers quelque chose de meilleur. Vous êtes une petite réalité, mais vous offrez un exemple de solidarité ! Merci ! Merci aussi à l’archevêque Mgr Francesco Montenegro pour son aide, son travail et sa proximité pastorale. Je salue cordialement le Maire, Mme Giusi Nicolini, merci beaucoup pour ce qu’elle a fait et fait. Je désire me tourner en pensée vers les chers immigrés musulmans qui commencent, ce soir, le jeune du Ramadan, avec le vœu d’abondants fruits spirituels. L’Église vous est proche dans la recherche d’une vie plus digne pour vous et vos familles. À vous : (oshià) !

Ce matin, à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons écoutée, je voudrais proposer des paroles qui surtout provoquent la conscience de tous, poussent à réfléchir et à changer concrètement certaines attitudes.

« Adam, où es-tu ? » : c’est la première demande que Dieu adresse à l’homme après le péché. « Où es-tu, Adam ? ». Et Adam est un homme désorienté qui a perdu sa place dans la création parce qu’il croit devenir puissant, pouvoir tout dominer, être Dieu. Et l’harmonie se rompt, l’homme se trompe et cela se répète aussi dans la relation avec l’autre qui n’est plus le frère à aimer, mais simplement l’autre qui dérange ma vie, mon bien-être. Et Dieu pose la seconde question : « Caïn, où est ton frère ? ». Le rêve d’être puissant, d’être grand comme Dieu, ou plutôt d’être Dieu, génère une chaîne d’erreurs, qui est une chaîne de mort, porte à verser le sang du frère !

Ces deux questions de Dieu résonnent aussi aujourd’hui, avec toute leur force ! Beaucoup de nous, je m’y inclus aussi, nous sommes désorientés, nous se sommes plus attentifs au monde dans lequel nous vivons, nous ne soignons pas, nous ne gardons pas ce que Dieu a créé pour tous et nous ne sommes plus capables non plus de nous garder les uns les autres. Et quand cette désorientation assume les dimensions du monde, on arrive à des tragédies comme celle à laquelle nous avons assisté.

« Où est ton frère ? », la voix de son sang crie vers moi, dit Dieu. Ce n’est pas une question adressée aux autres, c’est une question adressée à moi, à toi, à chacun de nous. Ceux-ci parmi nos frères et sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix ; ils cherchaient un rang meilleur pour eux et pour leurs familles, mais ils ont trouvé la mort. Combien de fois ceux qui cherchent cela ne trouvent pas compréhension, ne trouvent pas accueil, ne trouvent pas solidarité ! Et leurs voix montent jusqu’à Dieu ! Une fois encore, je vous remercie vous habitants de Lampedusa de votre solidarité. J’ai récemment écouté un de ces frères. Avant d’arriver ici, ils ont passé par les mains des trafiquants, ceux qui exploitent la pauvreté des autres, ces personnes pour qui la pauvreté des autres est une source de revenu. Quelle souffrance ! Et certains n’ont pas pu arriver à destination.

« Où est ton frère ? » Qui est le responsable de ce sang ? Dans la littérature espagnole, il y a une comédie de Lope de Vega qui raconte comment les habitants de la ville de Fuente Ovejuna tuèrent le Gouverneur parce que c’est un tyran, et le font de façon à ce qu’on ne sache pas qui l’a exécuté. Et quand le juge du roi demande : « Qui a tué le Gouverneur ? », tous répondent : « Fuente Ovejuna, Monsieur ». Tous et personne ! Aujourd’hui aussi cette question émerge avec force : qui est le responsable du sang de ces frères et sœurs ? Personne ! Tous nous répondons ainsi : ce n’est pas moi, moi je ne suis pas d’ici, ce sont d’autres, certainement pas moi. Mais Dieu demande à chacun de nous : « Où est le sang de ton frère qui crie vers moi ? ». Aujourd’hui personne dans le monde ne se sent responsable de cela ; nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle ; nous sommes tombés dans l’attitude hypocrite du prêtre et du serviteur de l’autel, dont parlait Jésus dans la parabole du Bon Samaritain : nous regardons le frère à demi mort sur le bord de la route, peut-être pensons-nous « le pauvre », et continuons notre route, ce n’est pas notre affaire ; et avec cela nous nous mettons l’âme en paix, nous nous sentons en règle. La culture du bien-être, qui nous amène à penser à nous-même, nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon, qui sont belles, mais ne sont rien ; elles sont l’illusion du futile, du provisoire, illusion qui porte à l’indifférence envers les autres, et même à la mondialisation de l’indifférence. Dans ce monde de la mondialisation, nous sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence. Nous sommes habitués à la souffrance de l’autre, cela ne nous regarde pas, ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire !

Revient la figure de l’Innommé de Manzoni. La mondialisation de l’indifférence nous rend tous "innommés", responsables sans nom et sans visage.

« Adam où es-tu ? », « Où est ton frère ? », sont les deux questions que Dieu pose au début de l’histoire de l’humanité et qu’il adresse aussi à tous les hommes de notre temps, à nous aussi. Mais je voudrais que nous nous posions une troisième question : « Qui de nous a pleuré pour ce fait et pour les faits comme celui-ci ? » Qui a pleuré pour la mort de ces frères et sœurs ? Qui a pleuré pour ces personnes qui étaient sur le bateau ? Pour les jeunes mamans qui portaient leurs enfants ? Pour ces hommes qui désiraient quelque chose pour soutenir leurs propres familles ? Nous sommes une société qui a oublié l’expérience des pleurs, du « souffrir avec » : la mondialisation de l’indifférence nous a ôté la capacité de pleurer ! Dans l’Évangile nous avons écouté le cri, les pleurs, la longue plainte : « Rachel pleure ses enfants… parce qu’ils ne sont plus ». Hérode a semé la mort pour défendre son propre bien-être, sa propre bulle de savon. Et cela continue de se répéter… Demandons au Seigneur d’effacer ce qui d’Hérode est resté également dans notre cœur ; demandons au Seigneur la grâce de pleurer sur notre indifférence, de pleurer sur la cruauté qui est dans le monde, en nous, aussi en ceux qui dans l’anonymat prennent les décisions socio-économiques qui ouvrent la voie à des drames comme celui-ci. « Qui a pleuré ? » Qui a pleuré aujourd’hui dans le monde ?

Seigneur, en cette Liturgie, qui est une Liturgie de pénitence, nous demandons pardon pour l’indifférence envers beaucoup de frères et sœurs ; Père, nous te demandons pardon pour celui qui s’est accommodé et s’est enfermé dans son propre bien-être qui porte à l’anesthésie du cœur, nous te demandons pardon pour ceux qui par leurs décisions au niveau mondial ont créé des situations qui conduisent à ces drames. Pardon Seigneur !

Seigneur, que nous entendions aujourd’hui aussi tes questions : « Adam où es-tu ? », « Où est le sang de ton frère ? »


dimanche 7 juillet 2013

"Le Pape Benoît XVI avait commencé cette encyclique... je l'ai achevé"

Paroles du pape François avant l'Angélus.

Chers frères et soeurs, bonjour!

Avant tout, je désire partager avec vous la joie d'avoir rencontré, hier et aujourd'hui, un pèlerinage spécial de l'Année de la foi : celui des séminaristes et des novices. Je vous demande de prier pour eux, afin que l'amour du Christ mûrisse toujours plus dans leur vie et qu'ils deviennent de vrais missionnaires du Royaume de Dieu.

L'Evangile de ce dimanche (Lc 10, 1-12.17-20) nous parle justement de cela : du fait que Jésus n'est pas un missionnaire isolé, ne veut pas accomplir sa mission tout seul, mais il implique ses disciples. Et aujourd'hui, nous voyons qu'en plus des douze apôtres, il en appelle soixante-douze autres et il les envoie dans les villages, deux par deux, à annoncer que le Royaume de Dieu est proche. C'est très beau. Jésus ne veut pas agir tout seul, il est venu pour apporter au monde l'amour de Dieu et il veut le répandre avec le style de la communion, avec le style de la fraternité. C'est pour cela qu'il forme immédiatement une communauté de disciples, qui est une communauté missionnaire. Il les entraîne tout de suite à la mission, à partir!

Mais attention! L'objectif n'est pas de socialiser, de passer du temps ensemble, non, l'objectif est d'annoncer le Royaume de Dieu, et c'est urgent! Et aujourd'hui aussi, c'est urgent! On n'a pas de temps à perdre en bavardages, il ne faut pas attendre le consentement de tous, il faut partir annoncer. On apporte à tous la paix du Christ et s'ils ne l'accueillent pas, on va plus loin, c'est égal. Aux malades, on apporte la guérison, parce que Dieu veut guérir l'homme de tout mal. Combien de missionnaires font cela! Ils sèment la vie, la santé, le réconfort aux périphéries du monde.

Comme c'est beau cela! Ne pas vivre pour soi-même, mais vivre pour aller faire le bien. Il y a tant de jeunes aujourd'hui sur cette place! Pensez à cela. Demandez-vous : "Jésus m'appelle à partir? A sortir de moi, et faire le bien?" A vous les jeunes, à vous jeunes gens et jeunes filles, je demande : êtes vous courageux pour cela? Vous avez le courage d'entendre la voix de Jésus? C'est beau d'être missionnaires! (Applaudissements) Ah! Vous êtes bien! Cela me plaît! (Les applaudissements redoublent)

Ces soixante-douze disciples que Jésus envoie devant lui, qui sont-ils? Qui représentent-ils? Si les Douze sont les apôtres, et représentent donc les évêques, leurs successeurs, ces soixante-douze peuvent représenter les autres ministres ordonnés, les prêtres et les diacres; mais dans un sens plus large, nous pouvons penser aux autres ministres dans l'Eglise, aux catéchistes, aux fidèles laïcs qui s'engagent dans les missions paroissiales, qui travaillent avec les malades, avec les différentes formes de difficulté sociale et de marginalisation, mais toujours en tant que missionnaires de l'Evangile, avec l'urgence du Royaume qui est proche. Tous doivent être missionnaires! Tous peuvent entendre cet appel de Jésus et aller annoncer le Royaume.

L'Evangile dit que ces soixante-douze revinrent de leur mission remplis de joie, parce qu'ils avaient fait l'expérience de la puissance du Nom du Christ contre le mal. Jésus le leur confirme : il donne à ces disciples la force de vaincre le malin. Mais il ajoute : "Ne vous réjouissez pas du fait que les démons vous sont soumis, mais réjouissez-vous plutôt que vos noms soient inscrits dans les cieux" (Lc 10, 20). Nous ne devons pas nous vanter comme si nous étions nous les protagonistes : il n'y a qu'un seul protagoniste, c'est le Seigneur, et une protagoniste, la grâce du Seigneur. Lui, il est le seul protagoniste! Et notre joie c'est seulement d'être ses disciples, d'être ses amis. Que la Madone nous aide à être de bons ouvriers de l'Evangile.

Chers amis, la joie, n'ayez pas peur d'être joyeux. N'ayez pas peur de la joie. N'ayez pas peur de la joie! De cette joie que le Seigneur nous donne lorsque nous le laissons entrer dans notre vie. Laissons-le entrer dans notre vie et nous inviter à aller au-dehors, aux périphéries de la vie, à annoncer l'Evangile. N'ayez pas peur de la joie. Joie et courage.

Paroles du pape François après l'Angélus.

Chers frères et soeurs,

Comme vous le savez, la lettre encyclique sur le thème de la foi, intitulée Lumen fidei, "La lumière de la foi", a été publiée il y a deux jours. Pour l'Année de la foi, le pape Benoît XVI avait commencé cette encyclique, qui fait suite à celles sur la charité et sur l'espérance. J'ai recueilli ce beau travail, et je l'ai achevé. Je l'offre avec joie a tout le Peuple de Dieu : tous en effet, spécialement aujourd'hui, nous avons besoin d'aller à l'essentiel de la foi chrétienne, de l'approfondir, et de la confronter avec les problématiques actuelles. Mais je pense que cette encyclique, au moins certaines de ses parties, peut aussi être utile à qui est à la recherche de Dieu et du sens de la vie. Je la remets entre les mains de Marie, icône parfaite de la foi, afin qu'elle puisse porter les fruits que le Seigneur veut.

Je vous adresse à tous une salutation cordiale, chers fidèles de Rome, et pèlerins. Je salue en particulier les jeunes du diocèse de Rome qui se préparent à partir pour Rio de Janeiro (clameurs et applaudissements) pour la Journée mondiale de la Jeunesse. Chers jeunes, moi aussi je suis en train de ma préparer! Marchons ensemble vers cette grande fête de la foi, que la Madone nous accompagne. Et l'on se verra là-bas.

Je salue les soeurs Rosminiennes, et les Franciscaines Angelines, qui vivent leurs chapitres généraux, et les responsables de la Communauté de Sant'Egidio venus de différents pays pour le cours de formation. Je vous souhaite à tous un bon dimanche et un bon déjeuner! Au-revoir! (Applaudissements et acclamations "Vive le pape"!)

Messe 2013 avec les séminaristes et les novices

L'évangélisation se fait à genoux

Homélie du Pape François prononcée lors de la messe avec les séminaristes et les novices.

Chers frères et sœurs,

Hier déjà j’ai eu la joie de vous rencontrer, et aujourd’hui notre fête est plus grande encore parce que nous nous retrouvons pour l’Eucharistie, en ce jour du Seigneur. Vous êtes séminaristes, novices, jeunes en cheminement vocationnel, venant de toutes les parties du monde : vous représentez la jeunesse de l’Eglise ! Si l’Eglise est l’Epouse du Christ, en un certain sens vous représentez le moment des fiançailles, le printemps de la vocation, la saison de la découverte, de la vérification, de la formation. Et c’est une très belle saison dans laquelle sont jetées les bases pour l’avenir. Merci d’être venus.

Aujourd’hui la Parole de Dieu nous parle de la mission. D’où nait la mission ? La réponse est simple : elle nait d’un appel, l’appel du Seigneur ; et celui qui est appelé par Lui, l’est pour être envoyé. Quelle doit être la manière d’être de celui qui est envoyé ? Quels sont les points de repère de la mission chrétienne ? Les lectures que nous avons écoutées nous en suggèrent trois : la joie de la consolation, la croix et la prière.

1. Le premier élément : la joie de la consolation. Le prophète Isaïe s’adresse à un peuple qui a traversé la période sombre de l’exil, qui a subi une épreuve très dure ; mais maintenant est venu pour Jérusalem le temps de la consolation, la tristesse et la peur doivent céder la place à la joie : « Réjouissez-vous…exultez…soyez pleins d’allégresse »  dit le Prophète (66, 10). C’est une grande invitation à la joie. Pourquoi ? Quel est la raison de cette invitation à la joie ?  Parce que le Seigneur répandra sur la Cité sainte et ses habitants un « torrent » de consolations, un torrent de consolations – tout rempli de consolations –, un torrent de tendresse maternelle : « Vous serez portés dans les bras et caressés sur les genoux. » (v. 12). Quand la maman prend son enfant sur les genoux et le caresse ; le Seigneur fera ainsi avec nous et le fait avec nous. C’est cela ce torrent de tendresse qui nous donne tant de consolations. « De même qu’une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai » (v. 13). Tout chrétien, et nous-mêmes surtout, est appelé à porter ce message d’espérance qui donne sérénité et joie : la consolation de Dieu, sa tendresse envers tous. Mais nous ne pouvons pas en être porteur si nous n’expérimentons pas nous-mêmes en premier la joie d’être consolés par Lui, d’être aimés de Lui. Cela est important pour que notre mission soit féconde : vivre la consolation de Dieu et la transmettre ! J’ai rencontré quelquefois des personnes consacrées qui ont peur de la consolation de Dieu, et… les pauvres, ils se tourmentent, parce qu’ils ont peur de cette tendresse de Dieu. Mais n’ayez pas peur. N’ayez pas peur, le Seigneur est le Seigneur de la consolation, le Seigneur de la tendresse. Le Seigneur est père et Lui, il dit qu’il fera avec nous comme une maman avec son enfant, avec sa tendresse. N’ayez pas peur de la consolation du Seigneur. L’invitation d’Isaïe doit résonner dans notre cœur : « Consolez, consolez mon peuple » (40, 1) et cela doit devenir une mission. Nous, il nous faut trouver le Seigneur qui nous console et aller consoler le Peuple de Dieu. Cela est la mission. Les gens aujourd’hui ont besoin, certainement, de paroles, mais ils ont besoin surtout que nous témoignions la miséricorde, la tendresse du Seigneur qui réchauffe le cœur, qui réveille l’espérance, qui attire vers le bien. La joie de porter la consolation de Dieu.

2. Le second point de repère de la mission est la croix du Christ. Saint Paul, écrivant aux galates, affirme : « pour moi, que la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ reste mon seul orgueil » (6, 14). Il parle des « stigmates », c'est-à-dire des plaies de Jésus Crucifié, comme du signe, de la marque distinctive de son être d’Apôtre de l’Evangile. Dans son ministère, Paul a expérimenté la souffrance, la faiblesse et l’échec, mais aussi la joie et la consolation. C’est le mystère pascal de Jésus : mystère de mort et de résurrection. Et c’est parce qu’il s’est laissé configurer à la mort de Jésus que Paul à participé à sa résurrection, à sa victoire. À l’heure de l’obscurité, à l’heure de l’épreuve est déjà présente et agissante l’aube de la lumière et du salut. Le mystère pascal est le cœur palpitant de la mission de l’Eglise ! Et si nous demeurons dans ce mystère, nous sommes à l’abri, aussi bien d’une vision mondaine et triomphaliste de la mission, que du découragement qui peut naître devant les épreuves et les échecs. La fécondité pastorale, la fécondité de l’annonce de l’Evangile n’est donnée ni par le succès, ni par l’insuccès évalués selon des critères humains, mais par la conformité avec la logique de la Croix de Jésus, qui est la logique du sortir de soi-même pour se donner, la logique de l’amour. C’est la Croix - toujours la Croix avec le Christ, parce que parfois on nous offre la croix sans le Christ : cela ne va pas ! – C’est la Croix, toujours la Croix avec le Christ qui assure la fécondité de notre mission. Et c’est de la Croix, acte suprême de miséricorde et d’amour, que l’on renaît comme « créature nouvelle » (Ga 6, 15).

3. Enfin, le troisième élément : la prière. Dans l’Evangile nous avons entendu : « priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Lc 10, 2). Les ouvriers pour la moisson ne sont pas choisis par campagne publicitaire ou appel au service de la générosité, mais ils sont « choisis » et « envoyés » par Dieu. C’est Lui qui choisit, c’est Lui qui envoie, c’est Lui qui envoie, c’est Lui qui donne la mission. Pour cette raison, la prière est importante. L’Eglise, nous a répété Benoît XVI, n’est pas nôtre, mais elle est de Dieu ; et tant de fois, nous, les consacrés, nous pensons qu’elle est nôtre ! Nous faisons d’elle… quelque chose qui nous vient à l’esprit. Mais elle n’est pas nôtre, elle est de Dieu. Le champ à cultiver est le sien. En conséquence, la mission est essentiellement grâce. La mission est grâce. Et si l’apôtre est le fruit de la prière, il trouvera en elle la lumière et la force de son action. Notre mission, en effet, n’est plus féconde, ou plutôt s’éteint, au moment même où est interrompue la relation avec la source, avec le Seigneur.

Chers séminaristes, chers novices, chers jeunes en cheminement vocationnel. L’un de vous, un de vos formateurs, me disait l’autre jour : « l’évangélisation se fait à genoux ». Soyez toujours des hommes et des femmes de prière. Sans un rapport constant avec Dieu la mission devient un métier. Mais quel travail fais-tu ? couturier, cuisinière, prêtre ; tu travailles comme prêtre, tu travailles comme sœur ? Non. Ce n’est pas un métier, c’est autre chose. Le risque de l’activisme, d’une trop grande confiance dans les structures, est toujours un piège. Si nous regardons Jésus, nous voyons qu’à la veille de chaque décision ou événement important, il se recueillait dans une prière intense et prolongée. Cultivons la dimension contemplative, y compris dans le tourbillon des engagements les plus urgents et pesants. Et plus la mission vous appelle à aller vers les périphéries existentielles, plus votre cœur doit être uni à celui du Christ, plein de miséricorde et d’amour. Là se trouve le secret de la fécondité pastorale, de la fécondité d’un disciple du Seigneur !

Jésus envoie les siens sans « argent, ni sac, ni sandales » (Lc 10, 4). La diffusion de l’Evangile n’est assurée ni par le nombre de personnes, ni par le prestige de l’institution, ni par la quantité des ressources disponibles. Ce qui compte, c’est d’être imprégné de l’amour du Christ, se laisser conduire par le Saint Esprit et greffer sa propre vie sur l’arbre de vie, qui est la Croix du Seigneur.

Chers amis, avec grande confiance je vous confie à l’intercession de Marie Très Sainte. Elle est la Mère qui nous aide à prendre librement les décisions définitives, sans peur. Qu’Elle vous aide à témoigner de la joie de la consolation de Dieu, sans avoir peur de la joie ; qu’elle vous aide à vous conformer à la logique de l’amour de la Croix, à croître dans l’union toujours plus intime avec le Seigneur dans la prière. Ainsi votre vie sera riche et féconde !

samedi 6 juillet 2013

Rencontre 2013 avec les séminaristes

Prêcher l'évangile par l'exemple, et ensuite par la parole

Le pape François a rencontré les séminaristes, les novices et les jeunes en cheminement vocationnel, samedi 6 juillet, à 17 h 15, dans la salle Paul VI du Vatican, dans le cadre du pèlerinage « J’ai confiance en toi » (4-7 juillet 2013), à l’occasion de l’Année de la foi.

Bonsoir !

Je demandais à Mgr Fisichella si vous comprenez l’italien et il m’a dit que vous aviez tous la traduction… Je suis plus tranquille. Je remercie Mgr Fisichella pour ses paroles, et je le remercie aussi pour son travail : il a beaucoup travaillé, non seulement pour cet événement mais pour tout ce qu’il a déjà fait et fera encore en cette Année de la foi. Merci beaucoup !

Mais Mgr Fisichella a dit une parole, et je ne sais pas si c’est vrai, mais je la reprends : il a dit que vous aviez tous le désir de donner pour toujours votre vie au Christ ! Maintenant  vous applaudissez, vous faites la fête, parce que c’est le temps des noces… Mais quand la lune de miel est terminée, que se passe-t-il ? J’ai entendu un séminariste, un bon séminariste, qui disait qu’il voulait servir le Christ, mais pour dix ans, et ensuite, il pensera à commencer une autre vie… C’est dangereux ! Mais écoutez bien : nous tous, nous aussi qui sommes plus âgés, nous aussi, nous sommes soumis à la pression de cette culture du provisoire ; et c’est dangereux parce qu’on ne joue pas sa vie une fois pour toute. Je me marie tant que durera l’amour ; je veux être sœur, mais pour « un petit bout de temps », « un peu de temps » et ensuite je verrai ; je rentre au séminaire pour devenir prêtre, mais je ne sais pas comment finira cette histoire. Cela n’est pas possible avec Jésus ! Je ne vous fais pas de reproches, je fais des reproches à cette culture du provisoire qui nous maltraite tous, parce que cela n’est pas bon pour nous : parce que, aujourd’hui, il est très difficile de faire un choix définitif. À mon époque, c’était plus facile parce que la culture favorisait les choix définitifs, que ce soit dans le mariage, dans la vie consacrée ou sacerdotale. Mais actuellement, ce n’est pas facile de faire un choix définitif. Nous sommes victimes de cette culture du provisoire. Je voudrais que vous réfléchissiez à cela : comment puis-je être libre par rapport à cette culture du provisoire ? Nous devons apprendre à fermer la porte de notre cellule intérieure, de l’intérieur. Il y avait un prêtre, un bon prêtre, qui ne trouvait pas qu’il était un bon prêtre parce qu’il était humble, il se sentait pécheur et il priait beaucoup la Vierge, et il disait ceci à la Vierge Marie, je vais le dire en espagnol, parce que c’était une très belle poésie. Il disait à la Vierge Marie que jamais, jamais il ne s’éloignerait de Jésus et il disait ceci : « Esta tarde, Senora, la promesa es sincera. Por las dudas, no olvide dejar la llave afuera » (« Ce soir, Notre Dame, ma promesse est sincère. Mais pour parer à toute éventualité, n’oublie pas de laisser la clé dehors »). Mais on peut dire cela en pensant à l’amour de la Vierge Marie, on peut le dire à Marie. Mais si on laisse toujours la clé dehors, pour le cas où… cela ne va pas. Nous devons apprendre à fermer la porte de l’intérieur ! Et si je ne suis pas sûr, si je ne suis pas sûre, je réfléchis, je prends le temps, et quand je me sens sûr – c’est-à-dire, en Jésus, parce que sans Jésus, personne n’est sûr ! – quand je me sens sûr, je ferme la porte. Vous avez compris cela ? Ce qu’est la culture du provisoire ?

Quand je suis rentré, j’ai regardé ce que j’avais écrit. Je voulais vous dire un mot et ce mot, c’est la joie. Là où sont les consacrés, les séminaristes, les religieuses et les religieux, il y a de la joie, il y a toujours de la joie ! C’est la joie de la fraîcheur, c’est la joie de suivre Jésus ; la joie que nous donne l’Esprit-Saint, pas la joie du monde. Il y a de la joie ! Mais où naît la joie ? Elle naît… samedi soir je rentre à la maison et j’irai danser avec mes vieux amis ? C’est de là que naît la joie ? Pour un séminariste, par exemple ? Non ? ou oui ?

Certains diront : la joie naît des choses que l’on possède et alors, nous voilà à la recherche du dernier modèle de smartphone, du scooter le plus rapide, de la voiture qui se fera remarquer… Mais je vous dis, vraiment, cela me fait mal quand je vois un prêtre ou une sœur avec la voiture dernier cri : mais ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible ! Alors vous vous demandez : mais maintenant, Père, il faut que nous nous déplacions en bicyclette ? C’est bien la bicyclette ! Mgr Alfred circule en bicyclette ; lui, il va à vélo. Je crois que la voiture est nécessaire, parce qu’il faut beaucoup travailler et pour se déplacer là-bas… mais prenez-en une plus humble ! Et si tu aimes cette belle voiture,  pensez à tous ces enfants qui meurent de faim. Rien que cela ! La joie ne naît pas, ne vient pas de ce que l’on possède ! D’autres disent que cela vient des expériences les plus extrêmes pour éprouver la griserie des sensations fortes : la jeunesse aime être sur le fil du rasoir, elle aime vraiment cela ! Pour d’autres encore cela vient des vêtements les plus à la mode, des distractions dans les lieux les plus en vogue, mais quand je dis cela, je ne dis pas que les sœurs vont dans ces lieux, je parle des jeunes en général. D’autres encore diront du succès auprès des filles ou des garçons, en passant peut-être de l’une à l’autre ou de l’un à l’autre. Ça, c’est l’insécurité de l’amour, qui n’est pas sûr : c’est l’amour « à l’essai ». Et on pourrait continuer… Vous aussi, vous vous trouvez au contact de cette réalité que vous ne pouvez pas ignorer.

Nous savons que tout ceci peut satisfaire un certain désir, créer une certaine émotion, mais à la fin, c’est une joie qui reste à la surface, qui ne descend pas dans l’intime, ce n’est pas une joie intime : c’est l’ivresse d’un moment qui ne rend pas vraiment heureux. La joie n’est pas l’ivresse d’un moment : c’est autre chose ! La vraie joie ne vient pas des choses, du fait que l’on possède, non ! Elle naît de la rencontre, de la relation avec les autres, elle naît du fait de se sentir accepté, compris, aimé, et du fait d’accepter, de comprendre et d’aimer ; et ceci non pas pour un moment, mais parce que l’autre est une personne. La joie naît de la gratuité d’une rencontre ! C’est de s’entendre dire : « Tu es important pour moi », pas nécessairement avec des paroles. C’est beau… Et c’est précisément cela que Dieu nous fait comprendre. En vous appelant, Dieu vous dit : « Tu es important pour moi, je t’aime, je compte sur toi ». Jésus dit ceci à chacun de nous ! C’est de là que naît la joie ! La joie du moment où Dieu m’a regardé. Comprendre et sentir cela, voilà le secret de notre joie. Se sentir aimé de Dieu, sentir que pour lui nous ne sommes pas des numéros mais des personnes ; et sentir que c’est lui qui nous appelle. Devenir prêtre, religieux, religieuse n’est pas d’abord notre choix. Je n’ai pas confiance en ce séminariste, cette novice, qui dit : « J’ai choisi cette voie ». Cela ne me plait pas ! Cela ne va pas ! Mais c’est la réponse à un appel et à un appel d’amour. Je sens quelque chose à l’intérieur, qui me trouble, et je réponds oui. Dans la prière, le Seigneur nous fait sentir cet amour, mais aussi à travers tous les signes que nous pouvons lire dans notre vie, toutes les personnes qu’il met sur notre chemin. Et la joie de la rencontre avec lui et de son appel pousse à ne pas se renfermer, mais à s’ouvrir ; elle nous pousse au service dans l’Eglise. Saint Thomas disait « bonum est diffusivum sui », ce n’est pas du latin trop difficile ! Le bien se diffuse. Et la joie aussi se diffuse. N’ayez pas peur de montrer votre joie d’avoir répondu à l’appel du Seigneur, à son choix d’amour, et de témoigner de son Evangile à travers le service de l’Eglise. Et la joie, la vraie, est contagieuse ; elle contamine… elle fait avancer. En revanche, quand tu te trouves avec un séminariste trop sérieux, trop triste, ou avec une novice comme ça, tu penses : mais il y a quelque chose qui ne va pas ! Il manque la joie du Seigneur, la joie qui te pousse au service, la joie de la rencontre avec Jésus, qui te pousse à la rencontre des autres pour annoncer Jésus. Il manque cela ! Il n’y a pas de sainteté dans la tristesse, il n’y en a pas ! Sainte Thérèse – il y a beaucoup d’Espagnols ici qui la connaissent bien – disait : « Un saint triste est un triste saint ! ». C’est peu de chose… Quand tu trouves un séminariste, un prêtre, une sœur, une novice, qui tire une tête longue, triste, qui donne l’impression qu’on a jeté sur sa vie une couverture bien trempée, de ces couvertures pesantes… qui te tirent vers le bas… Il y a quelque chose qui ne va pas ! Alors s’il vous plait : jamais de sœurs, jamais de prêtres avec une tête de « piment au vinaigre », jamais ! La joie qui vient de Jésus. Pensez à cela : quand un prêtre,  - je dis un prêtre, mais ça pourrait aussi être un séminariste – quand un prêtre, une sœur, n’a pas la joie, qu’il ou elle est triste, vous pouvez penser : « Mais c’est un problème psychique ». Non, c’est vrai : c’est possible, c’est possible, c’est vrai. Cela peut arriver, certaines personnes, les pauvres, qui sont malades… Cela existe. Mais en général, ce n’est pas un problème psychique. C’est un problème d’insatisfaction ? Et, oui ! Mais où est le cœur de cette absence de joie ? C’est un problème de célibat. Je vous explique. Vous autres, séminaristes, sœurs, vous consacrez votre amour à Jésus, un grand amour, notre cœur est pour Jésus et cela nous pousse à faire le vœu de chasteté, le vœu de célibat. Mais le vœu de chasteté, le vœu de célibat ne se termine pas au moment du vœu, il continue… Une route qui mûrit, qui mûrit, qui mûrit jusqu’à la paternité pastorale, la maternité pastorale, et quand un prêtre n’est pas père de sa communauté, quand une sœur n’est pas mère de tous ceux avec lesquelles elle travaille, ils deviennent tristes. Voilà le problème. C’est pourquoi je vous le dis : la racine de la tristesse dans la vie pastorale se trouve justement dans l’absence de paternité et de maternité qui vient de ce que l’on vit mal sa consécration, qui doit au contraire nous amener à la fécondité. On ne peut pas imaginer un prêtre ou une sœur qui ne soient pas féconds : ce n’est pas catholique ! Ce n’est pas catholique ! C’est cela la beauté de la consécration, c’est la joie, la joie…


Mais je ne voudrais pas faire rougir cette sainte sœur [il s’adresse à une sœur âgée au premier rang] qui était devant près de la barrière, la pauvre, elle était carrément étouffée, mais elle avait un visage heureux. Cela m’a fait du bien de regarder votre visage, ma sœur ! Vous avez peut-être de longues années de vie consacrée, mais vous avez de beaux yeux, je vous voyais sourire sans vous plaindre d’être écrasée… Quand vous trouvez des exemples comme celui-ci, tant et tant de sœurs, tant de prêtres qui sont joyeux, c’est parce qu’ils sont féconds, ils donnent la vie, la vie, la vie… Cette vie, ils la donnent parce qu’ils la trouvent en Jésus ! Dans la joie de Jésus ! La joie, pas de tristesse, la fécondité pastorale.

Pour être des témoins joyeux de l’Évangile, il faut être authentiques, cohérents. Et voilà un  autre mot dont je voulais vous parler : l’authenticité. Jésus se battait beaucoup contre les hypocrites : hypocrites, ceux qui pensent en-dessous ; ceux qui ont, pour dire les choses clairement, un double langage. Parler d’authenticité aux jeunes n’est pas compliqué parce que les jeunes, tous, ont cette envie d’être authentiques, d’être cohérents. Et cela vous dégoûte tous, quand vous trouvez parmi nous des prêtres qui ne sont pas authentiques ou des sœurs qui ne sont pas authentiques. Cela, c’est de la responsabilité avant tout des adultes, des formateurs. De vous, les formateurs qui êtes ici : donner un exemple de cohérence aux plus jeunes. Nous voulons des jeunes cohérents ? Soyons cohérents nous-mêmes ! Sinon, le Seigneur nous dira ce qu’il disait des pharisiens au peuple de Dieu : « Faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font ! ». Cohérence et authenticité !

Mais vous aussi, à votre tour, cherchez à suivre cette route. Je dis toujours ce qu’affirmait saint François d’Assise : Le Christ nous a envoyé annoncer l’Évangile y compris par la parole. La phrase est celle-ci : « Annoncez toujours l’Évangile. Et, si nécessaire, par la parole ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Annoncer l’Évangile par l’authenticité de vie, par la cohérence de vie. Mais dans ce monde à qui la richesse fait tant de mal, il est nécessaire que nous autres, prêtres, nous autres sœurs, que nous tous, nous soyons cohérents avec notre pauvreté ! Mais quand tu trouves que le premier intérêt d’une institution éducative ou paroissiale ou n’importe  quelle autre institution, est l’argent, cela ne fait pas de bien. Cela ne fait pas de bien ! C’est une incohérence ! Nous devons être cohérents, authentiques. Sur ce chemin, nous faisons ce que dit saint François : nous prêchons l’Évangile par l’exemple, et ensuite par la parole ! Mais avant tout c’est dans notre vie que les autres doivent pouvoir lire l’Évangile ! Là aussi sans crainte, avec nos défauts que nous cherchons à corriger, avec nos limites que le Seigneur connaît mais aussi avec notre générosité à le laisser agir en nous. Les défauts, les limites et, j’en rajoute un peu, avec les péchés… Je voudrais savoir quelque chose : ici, dans cette salle, y a-t-il quelqu’un qui ne soit pas pécheur, qui n’ait pas de péchés ? Qu’il lève la main ! Qu’il lève la main ! Personne. Personne. D’ici jusqu’au fond… tous ! Mais comment est-ce que je porte mon péché, mes péchés ?

Je voudrais vous donner un conseil : soyez transparents avec votre confesseur. Toujours. Dites tout, n’ayez pas peur. « Père, j’ai péché ». Pensez à la Samaritaine qui, pour prouver, pour dire à ses concitoyens qu’elle avait trouvé le Messie, a dit : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait », et ils connaissaient tous la vie de cette femme. Toujours dire la vérité à son confesseur. Cette transparence fera du bien, parce qu’elle nous rend humbles, tous. « Mais Père, je suis resté là-dedans, j’ai fait ceci, j’ai détesté »… peu importe de quoi il s’agit. Dire la vérité, sans cacher, sans demi-paroles, parce que tu parles avec Jésus dans la personne du confesseur. Et Jésus sait la vérité. Lui seul te pardonne toujours ! Mais le Seigneur veut seulement que tu lui dises ce qu’il sait déjà. La transparence ! C’est triste quand on trouve un séminariste, une sœur qui se confesse aujourd’hui pour effacer la tache et demain il ou elle va voir l’un, l’autre et encore un autre : une pérégrination d’un confesseur à l’autre pour se cacher sa vérité. La transparence ! C’est Jésus qui t’écoute. Ayez toujours cette transparence devant Jésus présent dans le confesseur ! Mais c’est une grâce. Père, j’ai péché, j’ai fait ceci, ceci, cela… avec tous les mots. Et le Seigneur te serre dans ses bras, il t’embrasse ! Va, et ne pêche plus ! Et si tu reviens ? Encore une fois. Je dis cela par expérience, j’ai croisé tant de personnes consacrées qui tombent dans ce piège hypocrite du manque de transparence. « J’ai fait ceci », humblement. Comme le publicain qui se trouvait au fond du temple : « J’ai fait ceci, j’ai fait ceci… ». Et le Seigneur te fait taire ; c’est lui qui te fait taire ! Ce n’est pas à toi de le faire ! Vous avez compris ? De notre péché, la grâce surabonde ! Ouvrez la porte à la grâce, avec cette transparence ! Les saints et les maîtres de vie spirituelle nous disent que pour nous aider à faire grandir notre vie en authenticité, la pratique de l’examen de conscience est très utile, et même indispensable. Que se passe-t-il dans mon âme ? Comme ça, ouvert, avec le Seigneur, puis avec le confesseur, avec le père spirituel. C’est tellement important, cela !

Jusqu’à quelle heure avons-nous du temps, Mgr Fisichella ? [Mgr Fisichella : Si vous parlez comme cela, nous, nous sommes là jusqu’à demain, vraiment !] Mais il dit jusqu’à demain… Il faut qu’il vous apporte au moins un sandwich et un Coca Cola si c’est jusqu’à demain…

La cohérence est fondamentale pour que notre témoignage soit crédible. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi une préparation culturelle, je souligne, une préparation culturelle, pour donner les raisons de notre foi et de notre espérance. Le contexte dans lequel nous vivons nous sollicite constamment à « rendre compte des raisons » et c’est une bonne chose parce que cela nous aide à ne rien considérer comme acquis. Aujourd’hui, nous ne pouvons rien considérer comme acquis. Cette civilisation, cette culture… nous ne pouvons pas. Mais il est certain que c’est exigeant, cela demande une bonne formation, équilibrée, qui unisse toutes les dimensions de la vie, humaine, spirituelle, la dimension intellectuelle avec la dimension pastorale. Dans votre formation, il y a quatre piliers fondamentaux : la formation spirituelle, c’est-à-dire la vie spirituelle ; la vie intellectuelle, ces études afin de « rendre compte » ; la vie apostolique, commencer à aller annoncer l’Évangile ; et quatrièmement, la vie communautaire. Quatre. Et pour cette dernière, il est nécessaire que la formation se fasse en communauté au noviciat, au prieuré, dans les séminaires… Je pense toujours à cela : le pire des séminaires est mieux que pas de séminaire ! Pourquoi ? Parce que cette vie communautaire est nécessaire. Souvenez-vous des quatre piliers : vie spirituelle, vie intellectuelle, vie apostolique et vie communautaire. Il y en a quatre. C’est sur ces quatre piliers que vous devez édifier votre vocation. Et je voudrais ici souligner l’importance, dans cette vie communautaire, des relations d’amitié et de fraternité qui font partie intégrante de cette formation. Nous abordons un autre problème ici. Pourquoi est-ce que je dis cela : les relations d’amitié et de fraternité. Si souvent, j’ai trouvé des communautés, des séminaristes, des religieux ou des communautés diocésaines où les conversations les plus communes sont les ‘commérages’ ! C’est terrible ! Ils « se font la peau » entre eux… Et ça, c’est notre monde clérical, religieux… Excusez-moi, mais c’est courant : jalousies, envies, mal parler de l’autre. Pas seulement mal parler des supérieurs, ça, c’est un classique ! Mais je veux vous dire que c’est si fréquent, si fréquent. Moi aussi je suis tombé dedans. Je l’ai fait si souvent, si souvent ! Et j’ai honte ! J’en ai honte ! Ce n’est pas bien de faire cela : aller cancaner. « J’ai entendu… J’ai entendu… ». Mais c’est l’enfer, cette communauté !  Cela ne fait pas de bien. Et c’est pour cela que la relation d’amitié et de fraternité est importante. Les amis sont peu nombreux. La Bible dit ceci : « les amis, un, deux… Mais la fraternité, entre tous ». Si j’ai quelque chose vis-à-vis d’une sœur ou d’un frère, je le lui dis en face, et je le dis à la personne qui peut aider, mais je ne le dis pas aux autres pour « le salir ». Et les cancans, c’est terrible ! Derrière les cancans, sous les cancans, il y a les envies, les jalousies, les ambitions. Pensez-y. Une fois, j’ai entendu dire d’une personne qu’après les exercices spirituels – une personne consacrée, une sœur… Ça, c’est bien ! Cette sœur avait promis au Seigneur de ne jamais dire du mal d’une autre. Ça, c’est un beau chemin, un beau chemin vers la sainteté ! Ne jamais dire du mal des autres. « Mais, Père, il y a des problèmes… ». Dis-le au supérieur, dis-le à la supérieure, dis-le à l’évêque, qui peut trouver une solution. Ne le dis pas à celui que cela ne peut pas aider. C’est important : la fraternité ! Mais dis-moi, tu diras du mal de ta maman, de ton papa, de tes frères ? Jamais. Et pourquoi le fais-tu dans la vie consacrée, au séminaire, dans la vie entre prêtres ? Rien que cela : réfléchissez, réfléchissez… La fraternité ! Cet amour fraternel.

Mais il y a deux extrêmes : dans cet aspect de l’amitié et de la fraternité, il y a deux extrêmes : d’un côté l’isolement, de l’autre la dissipation. Une amitié et une fraternité qui m’aident à ne tomber ni dans l’isolement ni dans la dissipation. Cultiver les amitiés, elles sont un bien précieux : mais elles doivent vous éduquer non pas à la fermeture, mais à sortir de vous-mêmes. Un prêtre, un religieux, une religieuse ne peut jamais être une île, mais une personne toujours disponible pour la rencontre. Les amitiés s’enrichissent ensuite des divers charismes de vos familles religieuses. C’est une grande richesse. Pensons aux belles amitiés de tant de saints. Je crois que je dois couper un peu, parce que vous êtes très patients ! [Les séminaristes : « Non !!!! »]

Je voudrais vous dire ceci : sortez de vous-mêmes pour annoncer l’Évangile, mais pour faire cela, vous devez sortir de vous-mêmes pour rencontrer Jésus. Il y a deux sorties : l’une vers la rencontre de Jésus, vers la transcendance ; l’autre vers les autres pour annoncer Jésus. Elles vont ensemble. Si tu n’en prends qu’une, cela ne va pas ! Je pense à Mère Teresa de Calcutta. Elle était courageuse, cette sœur… Elle n’avait peur de rien, elle allait dans les rues… Mais cette femme n’avait pas peur non plus de s’agenouiller, pendant deux heures, devant le Seigneur. N’ayez pas peur de sortir de vous-mêmes dans la prière et dans l’action pastorale. Ayez le courage de prier et d’aller annoncer l’Évangile.

Je voudrais une Église plus missionnaire, moins tranquille. Cette belle Église qui va de l’avant. Ces jours-ci, de nombreux missionnaires sont venus à la messe du matin, ici à Sainte-Marthe, et quand ils me saluaient, ils me disaient : « Je suis une sœur âgée, il y a quarante ans que je suis au Tchad, que je suis ici, que je suis là… ». Comme c’est beau ! Mais tu comprenais que cette sœur a passé ces années de cette façon parce qu’elle n’a jamais cessé de rencontrer Jésus dans la prière. Sortir de soi, aller à Jésus vers la transcendance, dans la prière, aller aux autres vers la transcendance, dans l’apostolat, dans le travail. Apporter votre contribution à une telle Église : fidèles à la route que veut Jésus. N’apprenez pas de nous, de nous qui ne sommes plus très jeunes, n’apprenez pas de nous ce sport que nous, les vieux, nous avons souvent pratiqué : le sport des lamentations ! N’apprenez pas de nous le culte de la « déesse La plainte ». C’est une déesse, celle-là, toujours en train de se plaindre… Mais soyez positifs, cultivez la vie spirituelle et, en même temps, allez, soyez capables de rencontrer les personnes, surtout celles qui sont le plus méprisées et désavantagées. N’ayez pas peur de sortir et d’aller à contre-courant. Soyez des contemplatifs et des missionnaires. Gardez toujours la Vierge Marie avec vous, priez le chapelet, s’il vous plait… ne l’abandonnez pas ! Gardez toujours la Vierge avec vous, chez vous, comme le faisait l’apôtre Jean. Qu’elle vous accompagne et vous protège toujours. Et priez aussi pour moi, parce que moi aussi j’ai besoin de prières, parce que je suis un pauvre pécheur, mais avançons !

Merci beaucoup. Nous nous reverrons demain. Avancez, dans la joie, la cohérence, avec toujours le courage de dire la vérité, le courage de sortir de soi pour rencontrer Jésus dans la prière et de sortir de soi pour rencontrer les autres et leur donner l’Évangile. Avec la fécondité pastorale ! S’il vous plait, ne soyez pas des « vieilles filles » et des « vieux garçons ». Avancez !

Maintenant, Mgr Fisichella me disait qu’hier vous avez récité le Credo, chacun dans sa langue. Mais nous sommes tous frères, nous avons un même Père. Maintenant, que chacun dans sa langue récite le Notre Père. Récitons le Notre Père [Récitation du Notre Père].

Et nous avons aussi une mère. Chacun dans sa langue, disons le Je vous salue Marie [Récitation du Je vous salue Marie].


vendredi 5 juillet 2013

"Que Dieu nous défende du Malin et le jette dehors!"

Consécration du Vatican à Saint Michel Archange et Saint Joseph par les papes François et Benoît XVI - allocution du pape François.

Sainteté,
Messieurs les cardinaux, Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Illustres Mesdames et Messieurs,

Nous nous sommes donné rendez-vous ici dans les Jardins du Vatican pour inaugurer un monument à saint Michel Archange, saint patron de l’Etat de la Cité du Vatican. Il s’agit d’une initiative en projet depuis quelque temps, avec l’approbation du pape Benoît XVI, auquel va toujours notre affection et notre reconnaissance et auquel nous voulons exprimer notre grande joie de sa présence ici parmi nous aujourd’hui. Merci du fond du cœur !

[...] Dans les Jardins du Vatican, il y a diverses œuvres artistiques ; celle qui vient s’y ajouter aujourd’hui prend cependant un relief particulier, tant par son emplacement que par sa signification. En effet, elle n’est pas seulement une oeuvre de célébration, mais une invitation à la réflexion et à la prière, qui s’insère bien dans l’Année de la foi. Michel – qui signifie : "Qui est comme Dieu ?" – est le champion de la primauté de Dieu, de sa transcendance et sa puissance. Michel combat pour rétablir la justice divine ; il défend le Peuple de Dieu de ses ennemis et surtout de l’ennemi par excellence, le diable. Et saint Michel vainc parce qu’en lui c’est Dieu qui agit. Cette sculpture nous rappelle que le mal est vaincu, l’accusateur est démasqué, sa tête écrasée, car le salut a été accompli une fois pour toute dans le sang du Christ. Même si le diable essaie toujours d’égratigner le visage de l’Archange et le visage de l’homme, Dieu est plus fort ; la victoire est à lui et son salut est offert à tout homme. Sur le chemin et dans les épreuves de la vie, nous ne sommes pas seuls, nous sommes accompagnés et soutenus par les Anges de Dieu, qui offrent, pour ainsi dire, leurs ailes pour nous aider à surmonter tant de dangers, pour que l’on puisse voler bien au-dessus de ces réalités qui peuvent alourdir notre vie ou nous entraîner vers le bas. En consacrant l’Etat de la Cité du Vatican à saint Michel Archange, nous lui demandons qu’il nous défende du Malin et qu’il le jette dehors.


Chers frères et soeurs, nous consacrons l’Etat de la Cité du Vatican aussi à saint Joseph, gardien de Jésus, gardien de la Sainte Famille. Que sa présence nous rende encore plus forts et courageux pour laisser de la place à Dieu dans notre vie afin de toujours vaincre le mal par le bien. Nous lui demandons qu’il nous protège, qu’il prenne soin de nous, pour que la vie de la Grâce grandisse chaque jour davantage en chacun de nous.

Ô glorieux Archange saint Michel,
toi qui annonces au monde la nouvelle consolante
de la victoire du bien sur le mal:
ouvre notre vie à l'espérance.
Veille sur cette Cité et sur le Siège apostolique,
coeur et centre de la catholicité,
afin qu'elle vive dans la fidélité à l'Evangile
et dans l'exercice de la charité héroique.
Le Seigneur de l'univers t'a rendu puissant
contre les forces de l'ennemi :
démasque les pièges du Diable
et de l'esprit du monde.
Rends nous victorieux contre les tentations
du pouvoir, de la richesse et de la sensualité.
Sois toi le rempart contre toute machination,
qui menace la sérénité de l'Eglise ;
sois la sentinelle de nos pensées,
qui libère de l'assaut de la mentalité mondaine ;
sois toi le guide spirituel,
qui nous soutient dans le bon combat de la foi.
Ô glorieux Archange saint Michel,
qui toujours contemples la Sainte Face de Dieu,
garde-nous fermes sur le chemin vers l'Eternité.
Amen.

Saint Joseph,
Gardien du Rédempteur
et très chaste Epoux de la bienheureuse Vierge Marie,
accueille avec bienveillance l'acte de dévotion
et de consécration
que nous t'adressons aujourd'hui.
Protège cette terre et donne-lui la paix :
elle a été baignée par le sang de saint Pierre
et des premiers martyrs romains ;
protège-nous et ravive la grâce du baptême
de ceux qui y vivent et y travaillent ;
protège et augmente la foi des pèlerins
qui viennent ici de toutes les régions du monde.
Nous te consacrons les fatigues et les joies de chaque jour ;
nous te consacrons les attentes et les espérances de l'Eglise ;
nous te consacrons les pensées, les désirs et les oeuvres :
que tout s'accomplisse dans le Nom du Seigneur Jésus.
Ta protection douce, ferme et silencieuse
a soutenu, guidé et consolé la vie cachée
de la sainte Famille de Nazareth :
protège nos familles,
renouvelle aussi pour nous ta paternité
et garde-nous fidèles jusqu'à la fin.
Nous plaçons aujourd'hui, avec une confiance renouvelée,
sous ton regard bienveillant et sage,
les évêques et les prêtres,
les personnes consacrées et les fidèles laics,
qui travaillent et vivent au Vatican :
protège leur vocation,
et enrichis-la de toutes les vertus nécessaires
pour grandir dans la sainteté.
Amen