vendredi 4 octobre 2013

Il faut que le monastère ne soit pas un Purgatoire, mais une famille

Paroles du Pape François aux Clarisses en la Chapelle du choeur de la Basilique Sainte-Claire à Assise.


Je pensais que cette rencontre se serait déroulée comme nous l’avons fait deux fois à Castel Gandolfo, dans la salle capitulaire, seul avec les sœurs, mais je vous confesse que je n’ai pas le courage de faire sortir les cardinaux. Faisons-la comme cela.

Bien. Je vous remercie beaucoup de l’accueil et de la prière pour l’Église. Quand une religieuse de clôture consacre toute sa vie au Seigneur, il se produit une transformation que l’on ne finit pas de comprendre. Normalement, notre esprit serait conduit à penser que cette sœur devient isolée, seule avec l’Absolu, seule avec Dieu ; c’est une vie ascétique, pénitente. Mais cela n’est pas la voie d’une religieuse de clôture catholique, ni même chrétienne. La voie passe par Jésus Christ, toujours ! Jésus Christ est au centre de votre vie, de votre pénitence, de votre vie communautaire, de votre prière et aussi de l’universalité de la prière. Et sur cette voie, il se passe le contraire de ce que pense celui qui croit qu’elle sera une religieuse de clôture ascétique. Quand elle emprunte la route de la contemplation de Jésus Christ, de la prière et de la pénitence avec Jésus Christ, elle devient profondément humaine. Les religieuses de clôture sont appelées à avoir une grande humanité, une humanité comme celle de la Mère Église ; humaines, comprendre toutes les choses de la vie, être des personnes qui savent comprendre les problèmes humains, qui savent pardonner, qui savent demander au Seigneur pour les personnes. Votre humanité. Et votre humanité vient par cette voie, l’Incarnation du Verbe, la voie de Jésus Christ. Et quel est le signe d’une religieuse aussi humaine ? La joie, la joie, quand il y a la joie ! Cela m’attriste quand je vois des religieuses qui ne sont pas joyeuses. Elles sourient peut-être, mais avec le sourire d’une hôtesse de l’air. Pas avec le sourire de la joie, de celle qui vient de l’intérieur. Toujours avec Jésus Christ. 

Aujourd’hui, pendant la Messe, en parlant du Crucifié, je disais que François l’avait contemplé avec les yeux ouverts, avec ses blessures ouvertes, avec le sang qui coulait. Et cela est votre contemplation : la réalité. La réalité de Jésus Christ. Pas des idées abstraites, pas des idées abstraites, parce qu’elles assèchent l’esprit. La contemplation des plaies de Jésus Christ ! Et il les a emportées au Ciel, et il les porte ! C’est la route de l’humanité de Jésus Christ : toujours avec Jésus, Dieu-homme. C’est pour cette raison que c’est si beau quand les personnes vont au parloir des monastères et demandent des prières et parlent de leurs problèmes. Peut-être la religieuse ne dit-elle rien d’extraordinaire, mais c’est une parole qui lui vient précisément de la contemplation de Jésus Christ, car la religieuse, comme l’Église, est sur la voie d’être experte en humanité. Et cela est votre voie : pas trop spirituelle ! Quand elles sont trop spirituelles... Je pense à la fondatrice des monastères de la concurrence, sainte Thérèse, par exemple. Quand une religieuse venait la trouver, avec ces choses (trop spirituelles), elle disait à la cuisinière : « Donne-lui un beefsteak !”.

Toujours avec Jésus Christ, toujours. L’humanité de Jésus Christ ! Car le Verbe est venu dans la chair, Dieu s’est fait chair pour nous, et cela vous donnera une sainteté humaine, grande, belle, mûre, une sainteté de mère. Et l’Église vous veut ainsi : des mères, une mère, une mère. Donner vie. Quand vous priez, par exemple, pour les prêtres, pour les séminaristes, vous avez avec eux un rapport de maternité ; avec la prière, vous les aidez à devenir les bons pasteurs du Peuple de Dieu. Mais rappelez-vous du beefsteak de sainte Thérèse ! Cela est important. Et c’est le premier point : toujours avec Jésus Christ, les plaies de Jésus Christ, les plaies du Seigneur. Car c’est une réalité que, après la Résurrection, Il les avait et les a portées.

Et la deuxième chose dont je voulais vous parler, brièvement, est la vie de communauté. Pardonnez, supportez-vous, car la vie de communauté n’est pas facile. Le diable profite de tout pour diviser ! Il dit : « Je ne veux pas parler mal, mais... », et la division commence. Non, cela ne va pas, car cela ne conduit à rien : si ce n’est à la division. Prendre soin de l’amitié entre vous, de la vie de famille, de l’amour entre vous. Et il faut que le monastère ne soit pas un Purgatoire, mais qu’il soit une famille. Les problèmes existent, il y en aura, mais, comme on fait dans une famille, avec amour, il faut chercher la solution avec amour ; il ne faut pas détruire celle-ci pour résoudre cela ; il ne faut pas qu’il y ait de la compétition. Prendre soin de la vie de communauté, car dans la vie de communauté, il en est ainsi, une famille, c’est précisément l’Esprit Saint qui est au milieu de la communauté. Je voulais vous dire ces deux choses : toujours la contemplation, toujours avec Jésus ; Jésus, Dieu et Homme. Et vivre la vie de communauté toujours avec un cœur grand. Laissant passer, ne pas se vanter, tout supporter, sourire avec le cœur. Et le signe en est la joie. Et je demande pour vous cette joie qui naît précisément de la véritable contemplation et d’une belle vie communautaire. Merci ! Merci de votre accueil. Je vous demande de prier pour moi, s’il vous plaît, ne l’oubliez pas ! Avant la Bénédiction, prions la Vierge : Je vous salue Marie.

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L'Eglise ne croît pas par prosélytisme, mais par attraction

Discours prononcé par le Pape François lors de sa rencontre avec le clergé, les consacrés et les membres de conseils pastoraux en la Cathédrale Saint-Rufin à Assise.

Chers frères et sœurs de la communauté diocésaine, bon après-midi !

Je vous remercie pour votre accueil, prêtres, religieux et religieuses, laïcs engagés dans les conseils pastoraux ! Combien les conseils pastoraux sont nécessaires ! Un évêque ne peut guider un diocèse sans les conseils pastoraux. Un curé ne peut pas guider la paroisse sans les conseils pastoraux. Cela est fondamental ! Nous sommes dans la cathédrale ! Ici sont conservés les fonts baptismaux où saint François et sainte Claire furent baptisés, et qui à l’époque, se trouvaient dans l’église Sainte-Marie. La mémoire du Baptême est importante ! Le Baptême est notre naissance en tant que fils de la Mère Église. Je voudrais vous poser une question : qui de vous connaît le jour de son Baptême ? Pas beaucoup ! Pas beaucoup... Maintenant, devoirs à la maison ! Maman, papa, dis-moi : quand ai-je été baptisé ? Mais c’est important, parce que c’est le jour de la naissance comme fils de Dieu. Un seul Esprit, un seul baptême, dans la variété des charismes et des ministères. Quel grand don d’être Église, de faire partie du Peuple de Dieu ! Nous sommes tous le Peuple de Dieu. Dans l’harmonie, dans la communion des diversités, qui est l’œuvre de l’Esprit Saint, car l’Esprit Saint est l’harmonie et il fait l’harmonie : c’est un don de Lui, et nous devons être ouverts à le recevoir !

L’évêque est le gardien de cette harmonie. L’évêque est le gardien de ce don de l’harmonie dans la diversité. C’est pourquoi le Pape Benoît a voulu que l’activité pastorale dans les basiliques papales franciscaines soit intégrée à l’activité diocésaine. Parce qu’il doit faire l’harmonie : c’est son devoir, c’est sa tâche et sa vocation. Et lui a un don spécial pour la faire. Je suis heureux que vous marchiez de façon positive sur cette voie, au bénéfice de tous, en collaborant ensemble de façon sereine, et je vous encourage à continuer. La visite pastorale qui vient de se conclure et le synode diocésain que vous allez commencer à célébrer sont des moments forts de croissance pour cette Église, que Dieu a bénie de façon particulière. L’Église croît, mais ce n’est pas pour faire du prosélytisme : non, non ! L’Église ne croît pas par prosélytisme. L’Église croît par attraction, l’attraction du témoignage que chacun de nous donne au Peuple de Dieu.

À présent, brièvement, je voudrais souligner certains aspects de votre vie de communauté. Je ne veux pas vous dire des choses nouvelles, mais vous confirmer dans celles plus importantes, qui caractérisent votre chemin diocésain.

La première est d’écouter la Parole de Dieu. L’Église est cela : la communauté — c’est ce qu’a dit l’évêque — la communauté qui écoute avec foi et amour le Seigneur qui parle. Le projet pastoral que vous vivez ensemble insiste précisément sur cette dimension fondamentale. C’est la parole de Dieu qui suscite la foi, la nourrit, la régénère. C’est la Parole de Dieu qui touche les cœurs, les convertit à Dieu et à sa logique qui est si différente de la nôtre ; c’est la Parole de Dieu qui renouvelle constamment nos communautés...

Je pense que nous pouvons tous nous améliorer un peu sur cet aspect : écouter tous davantage la Parole de Dieu, pour être moins riches de nos paroles et plus riches de ses Paroles. Je pense au prêtre, qui a le devoir de prêcher. Comment peut-il prêcher s’il n’a pas auparavant ouvert son cœur, s’il n’a pas écouté, en silence, la Parole de Dieu ? Assez de ces homélies interminables, ennuyeuses, auxquelles on ne comprend rien ! Cela est pour vous ! Je pense aux papas et aux mamans, qui sont les premiers éducateurs : comment peuvent-ils éduquer si leur conscience n’est pas illuminée par la Parole de Dieu, si leur façon de penser et d’agir n’est pas guidée par la Parole ; quel exemple peuvent-ils donner aux enfants ? Cela est important, car après, les papas et les mamans se plaignent : « Cet enfant... ». Mais toi, quel témoignage lui as-tu donné ? Comment lui as-tu parlé ? Avec la Parole de Dieu ou avec la parole des journaux télévisés ? Le père et la mère doivent déjà parler de la Parole de Dieu ! Et je pense aux catéchistes, à tous les éducateurs : si leur cœur n’est pas réchauffé par la Parole, comment peuvent-ils réchauffer le cœur des autres, des enfants, des jeunes, des adultes ? Il ne suffit pas de lire les Écritures Saintes, il faut écouter Jésus qui parle en elles : c’est précisément Jésus qui parle dans les Écritures, c’est Jésus qui parle en elles. Il faut être des antennes qui reçoivent, syntonisées sur la Parole de Dieu, pour être des antennes qui transmettent ! On reçoit et on transmet. C’est l’Esprit de Dieu qui rend les Écritures vivantes, qui les fait comprendre en profondeur, dans leur sens véritable et plénier ! Demandons-nous, comme l’une des questions relatives au synode : quelle place a la Parole de Dieu dans ma vie, la vie de chaque jour ? Suis-je syntonisé sur Dieu ou sur les nombreuses paroles à la mode ou sur moi-même ? Une question que chacun de nous doit se poser.


Le deuxième aspect est celui de marcher. C’est l’un des mots que je préfère lorsque je pense au chrétien et à l’Église. Mais pour vous, il possède un sens particulier : vous entrez dans le synode diocésain et être en « synode » signifie marcher ensemble. Je pense que cela est véritablement l’expérience la plus belle que nous vivons : faire partie d’un peuple en chemin, en chemin dans l’histoire, avec son Seigneur, qui marche au milieu de nous ! Nous ne sommes pas isolés, nous ne marchons pas seuls, mais nous faisons partie de l’unique troupeau du Christ qui marche ensemble.

Ici, je pense encore à vous, prêtres, et permettez-moi de m’inclure moi aussi parmi vous. Qu’y a-t-il de plus beau pour nous que de marcher avec notre peuple ? Cela est beau ! Lorsque je pense à ces curés qui connaissaient le nom des personnes de la paroisse, qui allaient leur rendre visite ; il y en avait un aussi qui me disait : « Je connais le nom du chien de chaque famille », ils connaissaient même le nom du chien ! Comme c’était beau ! Qu’y a-t-il de plus beau ? Je le répète souvent : marcher avec notre peuple, parfois devant, parfois au milieu, et parfois derrière : devant, pour guider la communauté ; au milieu, pour l’encourager et la soutenir; derrière, pour la maintenir unie afin que personne ne demeure trop en arrière, pour la garder unie, mais aussi pour une autre raison : parce que le peuple a « du flair » ! Il a du flair pour trouver de nouvelles voies sur le chemin, il possède le « sensus fidei » dont parlent les théologiens. Qu’y a-t-il de plus beau ? Et dans le synode, il doit également y avoir ce que le Saint-Esprit dit aux laïcs, au Peuple de Dieu, à tous.

Mais la chose la plus importante, c’est de marcher ensemble, en collaborant, en s’aidant réciproquement ; se demander pardon, reconnaître ses erreurs et demander pardon, mais également accepter les excuses des autres en pardonnant — comme c’est important cela ! Je pense parfois aux couples mariés qui après tant d’années se séparent. « Eh non, nous ne nous entendons pas, nous nous sommes éloignés ». Peut-être n’ont-ils pas su demander pardon à temps. Peut-être n’ont-ils pas su pardonner à temps. Moi, je donne toujours ce conseil aux nouveaux époux : « Disputez-vous autant que vous le voulez. Si les assiettes volent, laissez-les. Mais ne laissez jamais la journée finir sans faire la paix ! Jamais ! ». Si dans les mariages on apprend à dire : « Je te demande pardon, j’étais fatigué », ou seulement un petit geste : c’est cela la paix ; et reprendre la vie le lendemain. C’est un beau secret, et cela évite ces séparations douloureuses. Comme il est important de marcher unis, sans fuite en avant, sans nostalgie du passé. Et tandis que l’on marche, on parle, on se connaît, on se raconte les uns aux autres, on croît en tant que famille. Ici, demandons-nous : comment marchons-nous ? Comment marche notre réalité diocésaine ? Marche-t-elle ensemble ? Et qu’est-ce que je fais moi afin qu’elle marche véritablement ensemble ? Je ne voudrais pas entrer ici dans le thème des commérages, mais vous savez que les commérages divisent toujours !

Donc écouter, marcher, et le troisième aspect est l’aspect missionnaire : annoncer jusqu’aux périphéries. Cela aussi, je l’ai pris de vous, de vos projets pastoraux. L’évêque en a parlé, récemment. Mais je veux le souligner, notamment parce que c’est un élément que j’ai beaucoup vécu lorsque j’étais à Buenos Aires. L’importance de sortir pour aller à la rencontre de l’autre, dans les périphéries, qui sont des lieux, mais qui sont surtout des personnes dans des situations de vie particulière. C’est le cas du diocèse qui était le mien, le diocèse de Buenos Aires. Une périphérie qui me faisait beaucoup de mal, était de trouver dans les familles de classe moyenne des enfants qui ne savaient pas faire le Signe de la Croix. Mais, cela est une périphérie ! Et moi je vous demande : ici, dans ce diocèse, y a-t-il des enfants qui ne savent pas faire le Signe de la Croix ? Pensez-y. C’est cela, les vraies périphéries existentielles, là où Dieu est absent.

Dans un premier sens, les périphéries de ce diocèse, par exemple, sont les zones du diocèse qui risquent d’être en marge, laissées en dehors des faisceaux lumineux des projecteurs. Mais ce sont également des personnes, des réalités humaines de fait marginalisées, méprisées. Ce sont des personnes qui sont peut-être physiquement proches du « centre », mais qui sont spirituellement éloignées.

N’ayez pas peur de sortir et d’aller à la rencontre de ces personnes, de ces situations. Ne vous laissez pas arrêter par les préjugés, par les habitudes, par les rigidités mentales ou pastorales, par le fameux « on a toujours fait comme cela ! ». Mais on ne peut aller aux périphéries que si l’on porte la Parole de Dieu dans le cœur et si l’on marche avec l’Église, comme saint François. Autrement, nous apportons nous-mêmes, pas la Parole de Dieu, et cela n’est pas bon, cela ne sert à personne ! Ce n’est pas nous qui devons sauver le monde; c’est précisément le Seigneur qui le sauve !

Voilà, chers amis, Je ne vous ai pas donné de recettes nouvelles. Je ne les ai pas, et ne croyez pas ceux qui affirment les avoir : il n’y en a pas. Mais j’ai trouvé sur le chemin de votre Église des aspects beaux et importants que l’on doit développer, et je veux vous confirmer dans ceux-ci. Ecoutez la Parole, marchez ensemble en fraternité, annoncez l’Évangile dans les périphéries ! Que le Seigneur vous bénisse, que la Vierge vous protège, et que saint François vous aide tous à vivre la joie d’être disciples du Seigneur ! Merci.

L'esprit du monde est l'ennemi de Jésus

Discours prononcé par le Pape François lors de sa renontre avec les pauvres, les chômeurs et les immigrés assistés par la Caritas à Assise.

Mon frère évêque m’a dit que c’est la première fois, en 800 ans, qu’un Pape vient ici. Ces jours-ci, dans les journaux, dans les moyens de communication, on imaginait : « Le Pape ira dépouiller l’Église, là ! ». « De quoi dépouillera-t-il l’Église ? ». « Il dépouillera les habits des évêques, des cardinaux ; il se dépouillera lui-même ». C’est une bonne occasion d’inviter l’Église à se dépouiller. Mais l’Église c’est nous tous ! Tous ! Du premier baptisé, nous sommes tous Église, et nous devons tous aller sur le chemin de Jésus, qui a parcouru Lui-même un chemin de dépouillement. Il est devenu servant, serviteur ; il a voulu être humilié jusqu’à la Croix. Et si nous voulons être chrétiens, il n’y a pas d’autre voie. Mais ne pouvons-nous pas faire un christianisme un peu plus humain — dit-on — sans croix, sans Jésus, sans dépouillement ? De cette façon, nous deviendrions des chrétiens de pâtisserie, comme de beaux gâteaux, comme de belles confiseries ! Très beaux, mais pas de vrais chrétiens ! Quelqu’un dira : « Mais de quoi doit se dépouiller l’Église ? ». Elle doit se dépouiller aujourd’hui d’un danger très grave, qui menace chaque personne dans l’Église, tous : le danger de la mondanité. Le chrétien ne peut vivre avec l’esprit du monde. La mondanité qui nous conduit à la vanité, à l’arrogance, à l’orgueil. Et cela est une idole, ce n’est pas Dieu. C’est une idole ! L’idolâtrie est le péché le plus grave !

Lorsque les médias parlent de l’Église, ils croient que l’Église, ce sont les prêtres, les religieuses, les évêques, les cardinaux et le Pape. Mais l’Église, c’est nous tous, comme je l’ai dit. Et nous devons tous nous dépouiller de cette mondanité : l’esprit contraire à l’esprit des béatitudes, l’esprit contraire à l’esprit de Jésus. La mondanité nous fait mal. Il est si triste de trouver un chrétien mondain, fort — selon lui —, de cette certitude que lui donne la foi et fort de la certitude que lui donne le monde. On ne peut pas travailler dans les deux parties. L’Église — nous tous — doit se dépouiller de la mondanité, qui la conduit à la vanité, à l’orgueil, qui est l’idolâtrie.

Jésus lui-même disait : « On ne peut pas servir deux maîtres : ou l’on sert Dieu, ou l’on sert l’argent » (cf. Mt 6, 24). Dans l’argent, il y a tout cet esprit mondain ; l’argent, la vanité, l’orgueil, cette voie... Nous ne pouvons pas... il est triste d’effacer d’une main ce que nous écrivons de l’autre. L’Evangile est l’Evangile ! Dieu est unique : et Jésus s’est fait serviteur pour nous et l’esprit du monde n’a rien à voir ici. Aujourd’hui, je suis ici avec vous. Un grand nombre d’entre vous ont été dépouillés par ce monde sauvage, qui ne donne pas de travail, qui n’aide pas : un monde auquel importe peu s’il y a des enfants qui meurent de faim ; peu importe si tant de familles n’ont pas à manger, n’ont pas la dignité de porter le pain à la maison ; peu importe que tant de personnes soient obligées de fuir l’esclavage, la faim et fuir à la recherche de la liberté. Avec combien de douleur, tant de fois, nous voyons qu’ils trouvent la mort, comme cela est arrivé hier à Lampedusa : aujourd’hui est un jour de pleurs ! C’est l’esprit du monde qui fait ces choses. Il est vraiment ridicule qu’un chrétien — un vrai chrétien — qu’un prêtre, qu’une religieuse, qu’un évêque, qu’un cardinal, qu’un Pape veuille aller sur la voie de cette mondanité, qui est une attitude criminelle. La mondanité spirituelle tue ! Elle tue l’âme ! Elle tue les personnes ! Elle tue l’Église !

Lorsque François, ici, a accompli ce geste de se dépouiller, c’était un garçon jeune, il n’avait pas la force de faire cela. C’est la force de Dieu qui l’a poussé à faire cela, la force de Dieu qui voulait nous rappeler ce que Jésus nous disait sur l’esprit de ce monde, ce que Jésus a prié au Père, afin que le Père nous sauve de l’esprit du monde.

Aujourd’hui, ici, nous demandons la grâce pour tous les chrétiens. Que le Seigneur nous donne à tous le courage de nous dépouiller, mais pas de 20 lires, de nous dépouiller de l’esprit du monde, qui est la lèpre, c’est le cancer de la société ! C’est le cancer de la révélation de Dieu ! L’esprit du monde est l’ennemi de Jésus ! Je demande au Seigneur qu’il nous donne à tous cette grâce de nous dépouiller. Merci !

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Au terme de la rencontre, le Pape a prononcé les paroles suivantes :

Merci, merci beaucoup pour votre accueil. Priez pour moi, j’en ai besoin... Tous ! Merci !

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Nous publions ci-contre les paroles que le Pape avait préparées et qu’il a remises à l’évêque, les donnant pour lues :

Chers frères et sœurs,

Merci pour votre accueil ! Ce lieu est un lieu spécial, c’est pour cela que j’ai voulu faire une étape ici, même si la journée est très chargée. C’est ici que François se dépouilla de tout, devant son père ; devant l’évêque, et les habitants d’Assise. Ce fut un geste prophétique, et ce fut également un acte de prière, un acte d’amour et d’abandon au Père qui est dans les cieux.

A travers ce geste, François fit un choix : le choix d’être pauvre. Ce n’est pas un choix sociologique, idéologique, c’est le choix d’être comme Jésus, de l’imiter, de le suivre jusqu’au bout. Jésus est Dieu qui se dépouille de sa gloire. Nous le lisons chez saint Paul : le Christ Jésus, qui était Dieu, se dépouilla, s’anéantit, et devint semblable à nous, et dans cet abaissement, il arriva jusqu’à la mort sur la croix (cf. Ph 2, 6-8). Jésus est Dieu, mais il est né nu, il a été placé dans une crèche, et il est mort nu et crucifié.

François s’est dépouillé de toute chose, de sa vie mondaine, de lui-même, pour suivre son Seigneur Jésus, pour être comme Lui. L’évêque Guy comprit alors ce geste et se leva immédiatement, embrassa François et le couvrit de son manteau, et fut toujours son aide et son protecteur (cf. Vita prima, sf, 344).

Le dépouillement de François nous dit simplement ce qu’enseigne l’Evangile : suivre Jésus signifie le mettre à la première place, nous dépouiller des nombreuses choses que nous avons et qui étouffent notre cœur, renoncer à nous-mêmes, prendre la croix et la porter avec Jésus. Nous dépouiller du moi orgueilleux et nous détacher de l’avidité de l’avoir, de l’argent, qui est une idole qui possède.

Nous sommes tous appelés à être pauvres, à nous dépouiller de nous- mêmes ; et pour cela, nous devons apprendre à être avec les pauvres, partager avec ceux qui sont privés du nécessaire, toucher la chair du Christ ! Le chrétien n’est pas quelqu’un qui se remplit la bouche avec les pauvres, non ! C’est quelqu’un qui les rencontre, qui les regarde dans les yeux, qui les touche. Je suis ici non pas pour « faire la une », mais pour indiquer que cette voie est la voie chrétienne, celle qu’a parcourue saint François. Saint Bonaventure, en parlant du dépouillement de saint François, écrit : « Ainsi le serviteur du Roi suprême demeura dépouillé de tout afin de marcher à la suite de celui qu’il aimait, à la suite de son Seigneur attaché nu à la croix » (sf, 1043).

Mais je voudrais, comme Pasteur, me demander également : de quoi l’Église doit-elle se dépouiller ?

Se dépouiller de toute mondanité spirituelle, qui est une tentation pour tous ; se dépouiller de toute action qui n’est pas pour Dieu, qui n’est pas de Dieu ; de la peur d’ouvrir les portes et d’aller à la rencontre de tous, en particulier des plus pauvres, des personnes dans le besoin, éloignées, sans attendre ; certainement pas pour se perdre dans le naufrage du monde, mais pour apporter avec courage la lumière du Christ, la lumière de l’Evangile, même dans l’obscurité, là où on ne voit pas, où il peut arriver de trébucher ; se dépouiller de la tranquillité apparente que donnent les structures, certainement nécessaires et importantes, mais qui ne doivent jamais obscurcir l’unique force véritable qu’elle porte en elle : celle de Dieu. C’est Lui notre force ! Se dépouiller de cela est essentiel, car la référence est le Christ ; l’Église est celle du Christ ! De nombreux pas, en particulier au cours de ces décennies, ont été accomplis. Continuons sur cette voie qui est celle du Christ, celle des saints.

Pour tous, pour notre société également qui donne des signes de fatigue, si nous voulons nous sauver du naufrage, il est nécessaire de suivre la voie de la pauvreté, qui n’est pas la misère — celle-ci est à combattre — mais savoir partager, être plus solidaire de ceux qui sont dans le besoin, se fier davantage à Dieu et moins de nos forces humaines. Mgr Sorrentino a rappelé l’œuvre de solidarité de l’évêque Nicolini, qui a aidé des centaines de juifs en les cachant dans les couvents, et le centre de triage secret se trouvait précisément ici, à l’évêché. Cela aussi est un dépouillement, qui part toujours de l’amour, de la miséricorde de Dieu !

Dans ce lieu qui nous interpelle, je voudrais prier afin que chaque chrétien, l’Église, chaque homme et femme de bonne volonté, sache se dépouiller de ce qui n’est pas essentiel pour aller à la rencontre de celui qui est pauvre et demande à être aimé. Merci à tous !

La paix franciscaine est celle du Christ - passée par le plus grand Amour, celui de la Croix

Homélie du Pape François, Place Saint François à Assise.

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25).

Paix et bien à tous ! Par cette salutation franciscaine je vous remercie d’être venus ici, sur cette place chargée d’histoire et de foi, pour prier ensemble.

Aujourd’hui, moi aussi, comme beaucoup de pèlerins, je suis venu proclamer la louange du Père pour tout ce qu’il a voulu révéler à l’un de ces « tout-petits » dont nous parle l’Évangile : François, fils d’un riche commerçant d’Assise. La rencontre avec Jésus le conduisit à se dépouiller d’une vie aisée et insouciante, pour épouser « Dame Pauvreté » et vivre en vrai fils du Père qui est aux cieux. Pour saint François, ce choix indiquait une manière radicale d’imiter le Christ, de se revêtir de Celui qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre afin de nous enrichir par sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9). Dans toute la vie de François l’amour pour les pauvres et l’imitation du Christ pauvre sont deux éléments inséparablement unis, les deux faces d’une même médaille.

Quel témoignage François nous donne-t-il aujourd’hui ? Que nous dit-il, non par ses paroles – cela est facile – mais par sa vie ?

1. La première chose qu’il nous dit, la réalité fondamentale qu’il nous donne en témoignage est ceci : être chrétien c’est une relation vitale avec la Personne de Jésus, c’est se revêtir de Lui, c’est s’assimiler à Lui.

D’où part le chemin de François vers le Christ ? Il part du regard de Jésus sur la croix. Se laisser regarder par Lui au moment où il donne sa vie pour nous et nous attire à Lui. François a fait cette expérience particulièrement dans la petite église de saint Damien, durant sa prière devant le crucifix, que moi aussi je pourrai vénérer aujourd’hui. Sur ce crucifix Jésus n’apparaît pas mort, mais vivant ! Le sang coule des blessures de ses mains, de ses pieds et de son côté, mais ce sang exprime la vie. Jésus n’a pas les yeux fermés, mais ouverts, grand ouverts : un regard qui parle au cœur. Et le Crucifié ne nous parle ni de défaite, ni d’échec ; paradoxalement, il nous parle d’une mort qui est vie, qui enfante la vie, parce qu’elle nous parle d’amour, parce que c’est l’Amour de Dieu incarné, et l’Amour ne meurt pas, au contraire, il triomphe du mal et de la mort. Celui qui se laisse regarder par Jésus crucifié est re-créé, il devient une « nouvelle créature ». Tout part de là : c’est l’expérience de la Grâce qui transforme, le fait d’être aimés sans mérite, tout en étant pécheurs. C’est pourquoi François peut dire, comme saint Paul : «  Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ » (Ga 6, 14).

Nous nous adressons à toi, François, et nous te demandons : apprends-nous à rester devant le Crucifié, à nous laisser regarder par Lui, à nous laisser pardonner et recréer par son amour.

2. Dans l’Évangile nous avons écouté ces paroles : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos » (Mt 11, 28-29).

C’est la deuxième chose que François nous donne en témoignage : celui qui suit le Christ reçoit la véritable paix, celle que Lui seul, et non pas le monde, peut nous donner. Beaucoup associent saint François à la paix, et c’est juste, mais peu vont en profondeur. Quelle est la paix que François a accueillie et vécue et qu’il nous transmet ? Celle du Christ, passée par le plus grand amour, celui de la Croix. C’est la paix que Jésus Ressuscité donna aux disciples quand il apparut au milieu d’eux (cf. Jn 20, 19.20).

La paix franciscaine n’est pas un sentiment doucereux. S’il vous plaît : ce saint François n’existe pas ! Elle n’est pas non plus une espèce d’harmonie panthéiste avec les énergies du cosmos… cela aussi n’est pas franciscain ! Cela aussi n’est pas franciscain, mais c’est une idée que certains ont construite ! La paix de saint François est celle du Christ, et la trouve celui qui « prend sur soi » son « joug », c’est-à-dire son commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12). Et on ne peut pas porter ce joug avec arrogance, avec présomption, avec orgueil, mais on peut le porter seulement avec douceur et humilité du cœur.

Nous nous adressons à toi, François, et nous te demandons : apprends-nous à être des « instruments de paix », de la paix qui a sa source en Dieu, la paix que le Seigneur Jésus nous a apportée.

3. François commence le Cantique ainsi : « Très haut, tout-puissant, bon Seigneur… Loué sois-tu… avec toutes tes créatures » (FF, 1820). L’amour pour toute la création, pour son harmonie ! Le Saint d’Assise témoigne du respect pour tout ce que Dieu a créé et comme Lui l’a créé, sans expérimentation sur la création pour la détruire ; l’aider à croître, à être plus belle et plus semblable à ce que Dieu a créé. Et surtout saint François témoigne du respect pour tout, il témoigne que l’homme est appelé à garder l’homme, que l’homme soit au centre de la création, à la place où Dieu – le Créateur – l’a voulu. Non pas un instrument des idoles que nous créons . L’harmonie et la paix ! François a été homme d’harmonie, homme de paix. De cette Cité de la Paix, je répète avec la force et la douceur de l’amour : respectons la création, ne soyons pas des instruments de destruction ! Respectons tout être humain : que cessent les conflits armés qui ensanglantent la terre, que se taisent les armes et que partout la haine cède la place à l’amour, l’offense au pardon et la discorde à l’union. Écoutons le cri de ceux qui pleurent, souffrent et meurent à cause de la violence, du terrorisme ou de la guerre, en Terre Sainte, si aimée de saint François, en Syrie, au Moyen-Orient, dans le monde entier.

Nous nous adressons à toi, François, et nous te demandons : obtiens-nous de Dieu, dans notre monde, le don de l’harmonie, de la paix et du respect pour la création !

Nous ne pouvons pas oublier, enfin, qu’aujourd’hui l’Italie célèbre saint François comme son Patron. Et j’adresse mes vœux à tous les italiens, en la personne du Chef du Gouvernement, ici présent. Cela est aussi exprimé par le traditionnel geste d’offrande de l’huile pour la lampe votive, qui revient cette année à la Région de l’Ombrie. Prions pour la Nation italienne, pour que chacun travaille toujours pour le bien commun, en regardant ce qui unit plus que ce qui divise.

Je fais mienne la prière de saint François pour Assise, pour l’Italie, pour le monde : « Je te prie donc, o Seigneur Jésus Christ, père des miséricordes, de ne pas daigner regarder notre ingratitude, mais de te souvenir toujours de la pitié surabondante que tu as manifestée [dans cette ville], afin qu’elle soit toujours le lieu et la demeure de ceux qui vraiment te connaissent et glorifient ton nom béni et très glorieux dans les siècles des siècles. Amen » (Miroir de perfection, 124, FF, 1824).

Le chrétien sait reconnaître les plaies de Jésus

Discours prononcé par le Pape François lors de sa rencontre avec les enfants malades de l'Institut Séraphique à Assise. 



Nous sommes au milieu des plaies du Seigneur, avez-vous dit, Madame. Vous avez également dit que ces plaies ont besoin d’être écoutées, d’être reconnues. Et il me vient à l’esprit lorsque le Seigneur Jésus allait en chemin avec ces deux disciples tristes. À la fin, le Seigneur Jésus a fait voir ses blessures et ils l’ont reconnu. Puis le pain, où Il était. Mon frère Domenico [ndlr : Domenico Sorrentino, évêque d’Assise-Nocera Umbra-Gualdo Tadino] me disait qu’ici, se pratique l’Adoration. Ce pain aussi a besoin d’être écouté, parce que Jésus est présent et caché dans ces jeunes, dans ces enfants, dans ces personnes. Sur l’autel, nous adorons la Chair de Jésus : en eux, nous trouvons les plaies de Jésus. Jésus caché dans l’Eucharistie et Jésus caché dans ces plaies. Elles ont besoin d’être écoutées ! Sans doute pas tant sur les journaux, comme des nouvelles ; c’est une écoute qui dure un, deux, trois jours, et puis en vient une autre, et encore une autre... Elles doivent être écoutées par ceux qui se disent chrétiens. Le chrétien adore Jésus, le chrétien cherche Jésus, le chrétien sait reconnaître les plaies de Jésus. Et aujourd’hui, nous tous ici, avons la nécessité de dire : « Ces blessures doivent être écoutées ! ». Mais c’est une autre chose qui nous donne l’espérance. Jésus est présent dans l’Eucharistie, là se trouve la Chair de Jésus ; Jésus est présent parmi vous, c’est la Chair de Jésus : ce sont les plaies de Jésus dans ces personnes.

Mais cela est intéressant : lorsque Jésus est ressuscité, il était très beau. Il n’avait pas de meurtrissures sur le corps, de blessures... rien ! Il était plus beau ! Mais il a voulu conserver les plaies et les a emportées avec lui au Ciel. Les plaies de Jésus sont ici et sont au Ciel devant le Père. Nous nous occupons des plaies de Jésus ici et Lui, du Ciel, nous montre ses plaies et nous dit à tous, à nous tous : « Je t’attends ! ». Ainsi soit-il.

Que le Seigneur vous bénisse tous. Que son amour descende sur nous, marche avec nous ; que Jésus nous dise que ces plaies sont à Lui et nous aide à leur donner voix afin que nous, chrétiens, les écoutions.

  * * *
Voici le discours que le Pape François avait préparé pour la rencontre et qu’il a remis, le donnant pour lu :

Chers frères et sœurs,

Je veux commencer ma visite à Assise avec vous, je vous salue tous ! Aujourd’hui, c’est la fête de saint François, et moi j’ai choisi, en tant qu’Évêque de Rome, de porter son nom. Voilà pourquoi aujourd’hui je suis ici : ma visite est surtout un pèlerinage d’amour, pour prier sur la tombe d’un homme qui s’est dépouillé de lui-même et s’est revêtu du Christ et, sur l’exemple du Christ, a aimé tous, en particulier les plus pauvres et abandonnés, il a aimé avec émerveillement et simplicité la création de Dieu. En arrivant ici à Assise, aux portes de la ville, se trouve cet institut, qui s’appelle précisément « séraphique », un surnom donné à saint François. Il fut fondé par un grand franciscain, le bienheureux Ludovico da Casoria.

Il est juste de partir d’ici. Dans son testament, saint François dit : « Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignai de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps » (Sources franciscaines, sf 110).

Malheureusement, la société est empoisonnée par la culture du « rebut », qui s’oppose à la culture de l’accueil. Et les victimes de la culture du rebut sont précisément les personnes les plus faibles, les plus fragiles. Dans cette Maison en revanche, je vois à l’œuvre la culture de l’accueil. Certes, ici aussi, tout ne sera pas parfait, mais on collabore ensemble afin que des personnes ayant de graves difficultés aient une vie digne. Merci pour ce signe d’amour que vous nous offrez : cela est le signe de la véritable civilisation, humaine et chrétienne ! Mettre au centre de l’attention sociale et politique les personnes les plus défavorisées ! Parfois au contraire, les familles se retrouvent seules à s’occuper d’elles. Que faire ? De ce lieu où l’on voit l’amour concret, je dis à tous : multiplions les œuvres de la culture de l’accueil, des œuvres animées avant tout par un profond amour chrétien, un amour pour le Christ crucifié, pour la chair du Christ, des œuvres dans lesquelles s’unissent le professionnalisme, le travail qualifié et justement rétribué, avec le volontariat, un trésor précieux.

Servir avec amour et avec tendresse les personnes qui ont besoin de tant d’aide nous fait croître en humanité, parce qu’elles sont de véritables ressources d’humanité. Saint François était un jeune homme riche, il avait des idéaux de gloire, mais Jésus, dans la personne de ce lépreux, lui a parlé en silence et l’a changé, il lui a fait comprendre ce qui vaut véritablement la peine dans la vie : non pas les richesses, la force des armes, la gloire terrestre, mais l’humilité, la miséricorde, le pardon.

Ici, chers frères et sœurs, je veux vous lire quelque chose de personnel, l’une des plus belles lettres que j’ai reçues, un don d’amour de Jésus. Elle m’a été écrite par Nicolás, un garçon de 16 ans, handicapé de naissance, qui habite à Buenos Aires. Je vous la lis : « Cher François, je m’appelle Nicolás, et j’ai 16 ans ; étant donné que je ne peux pas t’écrire en personne (car je ne parle pas et je ne marche pas encore), j’ai demandé à mes parents de le faire à ma place, car ce sont les personnes qui me connaissent le plus. Je voudrais te dire que lorsque j’avais 6 ans, dans mon école qui s’appelle Aedin, le père Pablo m’a conféré la première Communion et cette année, en novembre, je recevrai la confirmation, ce qui me procure beaucoup de joie. Toutes les nuits, depuis que tu me l’as demandé, je demande à mon ange gardien, qui s’appelle Eusebio et qui a beaucoup de patience, de te protéger et de t’aider. Tu peux être certain qu’il le fait très bien, parce qu’il prend soin de moi et m’accompagne tous les jours !! Ah, et lorsque je n’ai pas sommeil... Il vient jouer avec moi !! J’aimerais beaucoup venir te voir et recevoir ta bénédiction et un baiser : seulement cela !! Je te salue et je continue à demander à Eusebio de prendre soin de toi et de te donner de la force. Je t’embrasse. Nico ».

Dans cette lettre, dans le cœur de ce garçon, il y a la beauté, l’amour, la poésie de Dieu. Dieu qui se révèle à ceux qui ont le cœur simple, aux petits, aux humbles, à ceux que souvent, nous considérons comme les derniers, à vous aussi, chers amis : lorsque ce petit garçon n’arrive pas à s’endormir, il joue avec son ange gardien ; c’est Dieu qui descend jouer avec lui.
Dans la chapelle de cet institut, l’évêque a voulu qu’il y ait l’adoration eucharistique permanente : Jésus lui-même que nous adorons dans le Sacrement, nous le rencontrons dans le frère le plus fragile, dont nous apprenons, sans barrière ni complications, que Dieu nous aime avec la simplicité du cœur.

Merci à tous pour cette rencontre. Je vous porte avec moi, dans l’affection et la prière. Mais vous aussi priez pour moi ! Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge et saint François vous protègent.

* * *

Après avoir quitté la chapelle, le Saint-Père, en se penchant à une fenêtre, a adressé les paroles suivantes aux personnes présentes à l’extérieur du bâtiment :

Bonjour ! Je vous salue. Merci beaucoup pour tout cela. Et priez pour tous les enfants, les jeunes, les personnes qui sont ici, pour tous ceux qui travaillent ici. Pour eux ! C’est si beau ! Que le Seigneur vous bénisse ! Priez aussi pour moi ! Mais toujours ! Priez pour moi, pas contre moi ! Que le Seigneur vous bénisse.

jeudi 3 octobre 2013

Les semences de paix jetées par le bienheureux Jean XXIII ont porté leurs fruits

Discours du Pape François aux participants à la rencontre organisée par le Conseil Pontifical Justice et Paix pour le 50e anniversaire de l'encyclique Pacem et Terris.

Chers frères et sœurs, bonjour  !

Je m’unis aujourd’hui à vous pour commémorer l’encyclique historique Pacem in terris, promulguée par le bienheureux Jean XXIII le 11 avril 1963. La Providence a voulu que cette rencontre ait lieu précisément peu après l’annonce de sa canonisation. Je salue chacun, en particulier le cardinal Turkson, en le remerciant pour les paroles qu’il m’a adressées en votre nom.

Les plus âgés d’entre nous se rappellent bien de l’époque de l’encyclique Pacem in terris. C’était le sommet de ce que l’on a appelé la « guerre froide ». À la fin de 1962, l’humanité s’était trouvée au bord d’un conflit atomique mondial, et le Pape éleva un appel dramatique et pressant à la paix, s’adressant ainsi à tous ceux qui avaient la responsabilité du pouvoir ; il disait : « La main sur la conscience, qu’ils écoutent le cri angoissé qui, de tous les points de la terre, des enfants innocents aux vieillards, des personnes aux communautés, monte vers le ciel : Paix ! Paix ! » (Radiomessage,25 octobre 1962). C’était un cri aux hommes, mais c’était également une supplique adressée au Ciel. Le dialogue qui commença alors laborieusement entre les grands blocs opposés a conduit, au cours du pontificat d’un autre bienheureux, Jean-Paul II, à surmonter cette phase et à l’ouverture d’espaces de liberté et de dialogue. Les semences de paix jetées par le bienheureux Jean XXIII ont porté leurs fruits. Et pourtant, bien que soient tombés les murs et les barrières, le monde continue d’avoir besoin de paix et le rappel de Pacem in terris demeure profondément actuel.

Mais quel est le fondement de la construction de la paix ? Pacem in terris veut le rappeler à tous : il consiste dans l’origine divine de l’homme, de la société et de l’autorité elle-même, qui engage les personnes, les familles, les divers groupes sociaux et les Etats à vivre des relations de justice et de solidarité. Il est alors du devoir des hommes de construire la paix, à l’exemple de Jésus Christ, en parcourant ces deux voies : promouvoir et pratiquer la justice, avec vérité et amour ; contribuer, chacun selon ses possibilités, au développement humain intégral, selon la logique de la solidarité.

En regardant notre réalité actuelle, je me demande si nous avons compris cette leçon de Pacem in terris. Je me demande si les mots justice et solidarité figurent uniquement dans notre dictionnaire ou si nous œuvrons tous afin qu’ils deviennent réalité. L’encyclique du bienheureux Jean XXIII nous rappelle clairement qu’il ne peut y avoir de véritable paix et harmonie si nous ne travaillons pas en vue d’une société plus juste et solidaire, si nous ne dépassons pas les égoïsmes, les individualismes, les intérêts de groupe et cela à tous les niveaux.

Allons un peu plus loin. Quelles conséquences cela a-t-il de rappeler l’origine divine de l’homme, de la société et de l’autorité même ? Pacem in terris se concentre sur une conséquence fondamentale : la valeur de la personne, la dignité de tout être humain, qu’il faut promouvoir, respecter et protéger toujours. Et pas seulement les principaux droits civils et politiques qui doivent être garantis — affirme le bienheureux Jean XXIII — mais il faut aussi offrir à chacun la possibilité d’accéder effectivement aux moyens essentiels de subsistance, la nourriture, l’eau, le logement, les soins médicaux, l’instruction et la possibilité de former et de faire vivre une famille. Tels sont les objectifs qui ont une priorité indérogeable dans l’action nationale et internationale et en mesurent la valeur. De ceux-ci dépend la paix durable pour tous. Et il est important également de laisser un espace à la riche gamme d’associations et d’organismes intermédiaires qui, dans la logique de la subsidiarité et dans l’esprit de la solidarité, poursuivent ces objectifs. Certes, l’encyclique affirme des objectifs et des éléments qui sont désormais acquis par notre façon de penser, mais il faut se demander : le sont-ils vraiment dans la réalité ? Après cinquante ans, trouvent-ils un écho dans le développement de nos sociétés ?

Pacem in terris n’entendait pas affirmer qu’il est du devoir de l’Église  de donner des indications concrètes sur des thèmes qui, dans leur complexité, doivent être laissés au libre débat. Sur les sujets politiques, économiques et sociaux, ce n’est pas le dogme qui indique les solutions pratiques, mais plutôt le dialogue, l’écoute, la patience, le respect de l’autre, la sincérité et également la disponibilité à revoir sa propre opinion. Au fond, l’appel à la paix de Jean XXIII en 1962 visait à orienter le débat international selon ces vertus.

Les principes fondamentaux de Pacem in terris peuvent guider de façon fructueuse l’étude et la discussion sur les « res novae » dont s’occupe votre Congrès : l’urgence éducative, l’influence des moyens de communication de masse sur les consciences, l’accès aux ressources de la terre, le bon ou mauvais usage des résultats des recherches biologiques, la course aux armements et les mesures de sécurité nationales et internationales. La crise économique mondiale, qui est un symptôme grave du manque de respect pour l’homme et pour la vérité avec laquelle ont été prises des décisions de la part des gouvernements et des citoyens, nous le disent clairement. Pacem in terris trace une ligne qui va de la paix à construire dans le cœur des hommes à une révision de notre modèle de développement et d’action, à tous les niveaux, afin que notre monde soit un monde de paix. Je me demande si nous sommes disposés à répondre à cette invitation.

En parlant de paix, en parlant de la crise économique mondiale inhumaine, qui est un symptôme grave du manque de respect pour l’homme, je ne peux manquer de rappeler avec une grande douleur les nombreuses victimes du nouveau naufrage tragique qui a eu lieu aujourd’hui au large des côtes de Lampedusa. Un mot me vient à l’esprit : honte ! C’est une honte ! Prions ensemble Dieu pour ceux qui ont perdu la vie : hommes, femmes, enfants, pour les familles et pour tous les réfugiés. Unissons nos efforts afin que de telles tragédies ne se répètent plus. Seule une collaboration résolue de tous peut aider à les empêcher.

Chers amis, que le Seigneur, avec l’intercession de Marie Reine de la paix, nous aide à accueillir toujours en nous la paix qui est le don du Christ ressuscité, et à œuvrer toujours avec engagement et créativité pour le bien commun. Merci.

mercredi 2 octobre 2013

La sainte Eglise est formée de pécheurs

Audience Générale du Pape François.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le «Credo», après avoir professé : « Je crois en l’Église une », nous ajoutons l’adjectif : « sainte » ; c’est-à-dire que nous affirmons la sainteté de l’Église, et il s’agit d’une caractéristique qui est présente depuis le début dans la conscience des premiers chrétiens, qui s’appelaient simplement « les saints » (cf. Ac 9, 13.32.41 ; Rm 8, 27 ; 1 Co 6, 1), parce qu’ils avaient la certitude que c’est l’action de Dieu, l’Esprit Saint qui sanctifie l’Église.

Mais dans quel sens l’Église est-elle sainte, si nous voyons que l’Église historique, dans son chemin au fil des siècles, a eu tant de difficultés, de problèmes, de moments sombres ? Comment une Église faite d’êtres humains, de pécheurs, peut-elle être sainte ? Des hommes pécheurs, des femmes pécheresses, des prêtres pécheurs, des religieuses pécheresses, des évêques pécheurs, des cardinaux pécheurs, un Pape pécheur ? Tous. Comment une telle Église peut-elle être sainte ?

Pour répondre à cette question, je voudrais me laisser guider par un passage de la Lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse. L’apôtre, en prenant comme exemple les relations familiales, affirme que « le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier » (5, 25-26). Le Christ a aimé l’Église, en se donnant tout entier sur la croix. Et cela signifie que l’Église est sainte parce qu’elle procède de Dieu qui est saint, lui est fidèle et il ne l’abandonne pas au pouvoir de la mort et du mal (cf. Mt 16, 18). Elle est sainte parce que Jésus Christ, le Saint de Dieu (cf. Mc 1, 24), est uni de façon indissoluble à elle (cf. Mt 28, 20) ; elle est sainte parce qu’elle est guidée par l’Esprit Saint qui purifie, transforme, renouvelle. Elle n’est pas sainte en vertu de nos mérites, mais parce que Dieu la rend sainte, elle est le fruit de l’Esprit Saint et de ses dons. Ce n’est pas nous qui la rendons sainte. C’est Dieu, l’Esprit Saint, qui dans son amour rend l’Église sainte.

Vous pourriez me dire : mais l’Église est formée de pécheurs, nous le voyons chaque jour. Et cela est vrai, nous sommes une Église de pécheurs ; et nous pécheurs sommes appelés à nous laisser transformer, renouveler, sanctifier par Dieu. Il y a eu dans l’histoire la tentation de certains qui affirmaient : l’Église est seulement l’Église des purs, de ceux qui sont entièrement cohérents, et les autres doivent être éloignés. Cela n’est pas vrai ! Cela est une hérésie ! L’Église, qui est sainte, ne refuse pas les pécheurs ; nous tous, elle ne nous refuse pas. Elle ne refuse pas car elle appelle tous, elle les accueille, elle est ouverte également à ceux qui sont le plus éloignés, elle appelle chacun à se laisser entourer par la miséricorde, par la tendresse et par le pardon du Père, qui offre à tous la possibilité de le rencontrer, de marcher vers la sainteté.

« Mais, Père, moi je suis un pécheur, j’ai commis de grands péchés, comment puis-je sentir que je fais partie de l’Église ? ». Cher frère, chère sœur, c’est précisément cela que désire le Seigneur ; que tu lui dises : « Seigneur, je suis ici, avec mes péchés ». L’un d’entre vous est-il ici sans péché ? Personne, personne d’entre nous. Nous portons tous avec nous nos péchés. Mais le Seigneur veut nous entendre dire : « Pardonne-moi, aide-moi à marcher, transforme mon cœur ! ». Et le Seigneur peut transformer le cœur. Dans l’Église, le Dieu que nous rencontrons n’est pas un juge impitoyable, mais il est comme le Père de la parabole évangélique. Tu peux être comme le fils qui a quitté la maison, qui a touché le fond de l’éloignement de Dieu. Lorsque tu as la force de dire : je veux rentrer à la maison, tu trouveras la porte ouverte, Dieu vient à ta rencontre parce qu’il t’attend toujours, Dieu t’attend toujours, Dieu t’embrasse, il t’embrasse, et se réjouit. Ainsi est le Seigneur, ainsi est la tendresse de notre Père céleste. Le Seigneur veut que nous fassions partie d’une Église qui sait ouvrir ses bras pour accueillir tous, qui n’est pas la maison de quelques-uns, mais la maison de tous, où tous puissent être renouvelés, transformés, sanctifiés par son amour, les plus forts et les plus faibles, les pécheurs, les indifférents, ceux qui se sentent découragés et perdus. L’Église offre à tous la possibilité de parcourir la voie de la sainteté, qui est la voie du chrétien. Elle nous fait rencontrer Jésus Christ dans les Sacrements, en particulier dans la confession et dans l’Eucharistie. Elle nous communique la Parole de Dieu, elle nous fait vivre dans la charité, dans l’amour de Dieu envers tous. Demandons-nous, alors : nous laissons-nous sanctifier ? Sommes-nous une Église qui appelle et accueille à bras ouverts les pécheurs, qui donne courage, espérance, ou sommes-nous une Église fermée sur elle-même ? Sommes-nous une Église où l’on vit l’amour de Dieu, où l’on fait attention à l’autre, où l’on prie les uns pour les autres ?

Une dernière question : que puis-je faire, moi qui me sens faible, fragile, pécheur ? Dieu te dit : n’aie pas peur de la sainteté, n’aie pas peur de viser haut, de te laisser aimer et purifier par Dieu, n’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. Laissons-nous toucher par la sainteté de Dieu. Chaque chrétien est appelé à la sainteté (cf. Const. dogm.Lumen gentium, nn. 39-42), et la sainteté ne consiste pas avant tout à faire des choses extraordinaires, mais à laisser agir Dieu. C’est la rencontre de notre faiblesse avec la force de sa grâce, c’est avoir confiance dans son action qui nous permet de vivre dans la charité, de tout faire avec joie et humilité, pour la gloire de Dieu et au service du prochain. Il y a une phrase célèbre de l’écrivain français Léon Bloy ; dans les derniers moments de sa vie, il disait : « Il n’y a qu’une seule tristesse dans la vie, celle de ne pas être saints ». Ne perdons pas l’espérance dans la sainteté, parcourons tous cette voie. Voulons-nous être saints ? Le Seigneur nous attend tous, les bras ouverts ; il nous attend pour nous accompagner sur cette voie de la sainteté. Vivons avec joie notre foi, laissons-nous aimer par le Seigneur... Demandons ce don à Dieu dans la prière, pour nous et pour les autres.