samedi 12 octobre 2013

Marie nous conduit toujours à Jésus

Discours du Pape François à la Prière pour la Journée Mariale à l'occasion de l'Année de la Foi.


Chers frères et sœurs,

Cette rencontre de l’Année de la foi est consacrée à Marie, Mère du Christ et de l’Église, notre Mère. Sa statue, venue de Fatima, nous aide à sentir sa présence au milieu de nous. Il y a une réalité : Marie nous conduit toujours à Jésus. Elle est une femme de foi, une vraie croyante. Nous pouvons nous demander : comment a été la foi de Marie ?

1. Le premier élément de sa foi est celui-ci : la foi de Marie dénoue le nœud du péché (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 56). Qu’est-ce que cela signifie ? Les Pères conciliaires [de Vatican II] ont repris une expression de Saint Irénée qui dit : « Le nœud noué par la désobéissance d’Ève a été dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l’a délié par sa foi » (Adversus HaeresesIII, 22, 4).

Voilà. Le « nœud » de la désobéissance, le « nœud » de l’incrédulité. Quand un enfant désobéit à sa maman ou à son papa, nous pourrions dire que se forme un petit « nœud ». Cela arrive si l’enfant agit en se rendant compte de ce qu’il fait, particulièrement s’il y a un mensonge ; dès lors il n’a confiance ni en sa maman ni en son papa. Vous savez que de fois cela arrive ! Alors la relation avec les parents a besoin d’être assainie de cette faute et, en effet, il s’excuse, pour qu’il y ait de nouveau harmonie et confiance. Quelque chose de semblable advient dans notre relation avec Dieu. Quand nous ne l’écoutons pas, ne suivons pas sa volonté, nous accomplissons des actions concrètes par lesquelles nous manifestons un manque de confiance en lui – et c’est le péché – il se forme comme un nœud dans notre être intime. Et ces nœuds nous ôtent la paix et la sérénité. Ils sont dangereux, car de plusieurs nœuds peut se former un enchevêtrement, qui est toujours plus douloureux et toujours plus difficile à dénouer.

Mais à la miséricorde de Dieu – nous le savons – rien n’est impossible ! Même les nœuds les plus emmêlés se dénouent avec sa grâce. Et Marie, qui, par son « oui », a ouvert la porte à Dieu pour dénouer le nœud de l’ancienne désobéissance, est la mère qui, avec patience et tendresse, nous conduit à Dieu, afin qu’il dénoue les nœuds de notre âme avec sa miséricorde de Père. Chacun de nous en a quelques-uns, et nous pouvons nous demander dans notre cœur : quels nœuds y-a-t-il dans ma vie ? « Père, les miens ne peuvent pas se dénouer ! » Mais c’est une erreur ! Tous les nœuds du cœur, tous les nœuds de la conscience peuvent être dénoués. Est-ce que je demande à Marie de m’aider à avoir confiance en la miséricorde de Dieu, pour les dénouer, pour changer ? Elle, femme de foi, nous dira sûrement : « Avance, va chez le Seigneur : lui te comprend ». Et elle nous conduit par la main, Mère, Mère, vers la tendresse du Père, du Père de la miséricorde.

2. Deuxième élément : la foi de Marie donne chair humaine à Jésus. Le Concile dit : « Par sa foi et son obéissance, elle a engendré sur la terre le propre Fils du Père, et cela sans connaître d’homme, mais couverte de l’ombre du Saint-Esprit » ( Const. Dogm. Lumen gentium n. 63). C’est un point sur lequel les Pères de l’Église ont beaucoup insisté : Marie a conçu Jésus dans la foi et ensuite dans la chair, quand il a dit « oui » à l’annonce que Dieu lui a adressée par l’intermédiaire de l’Ange. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il n’a pas voulu se faire homme en ignorant notre liberté, il a voulu passer par le libre assentiment de Marie, à travers son « oui ». Il lui a demandé : « Es-tu disposée à cela ? ». Et elle a dit : « Oui ».

Mais ce qui s’est produit dans la Vierge Mère de manière unique, se réalise aussi sur plan spirituel en nous quand nous accueillons la Parole de Dieu avec un cœur bon et sincère et que nous la mettons en pratique. C’est comme si Dieu prenait chair en nous, il vient habiter en nous, car il prend demeure en ceux qui l’aiment et observent sa Parole. Il n’est pas facile de comprendre cela, mais, oui, c’est facile de le sentir dans le cœur.

Pensons-nous que l’incarnation de Jésus est seulement un fait du passé, qui ne nous engage pas personnellement ? Croire en Jésus signifie lui offrir notre chair, avec l’humilité et le courage de Marie, pour qu’il puisse continuer d’habiter au milieu des hommes ; croire en Jésus signifie lui offrir nos mains pour caresser les petits et les pauvres ; nos pieds pour aller à la rencontre de nos frères ; nos bras pour soutenir celui qui est faible et travailler dans la vigne du Seigneur ; notre esprit pour penser et faire des projets à la lumière de l’Évangile ; et, surtout offrir notre cœur pour aimer et prendre des décisions selon la volonté de Dieu. Tout cela se réalise grâce à l’action de l’Esprit Saint. Et ainsi nous sommes les instruments de Dieu pour que Jésus agisse dans le monde à travers nous.

3. Et le dernier élément est la foi de Marie comme une marche : le Concile affirme que Marie « avança dans son pèlerinage de foi » (ibid. n. 58). C’est pourquoi elle nous précède dans ce pèlerinage, elle nous accompagne, nous soutient.

Dans quel sens la foi de Marie a été une marche ? Dans le sens que, toute sa vie, elle a suivi son Fils : c’est lui – lui Jésus – la route, c’est lui le chemin ! Progresser dans la foi, avancer dans ce pèlerinage spirituel qu’est la foi, n’est autre que suivre Jésus ; l’écouter et se laisser guider par ses paroles ; voir comment il se comporte et mettre nos pieds dans ses pas, avoir ses sentiments et ses attitudes mêmes. Et quels sont les sentiments et les attitudes de Jésus ? Humilité, miséricorde, proximité, mais aussi ferme refus de l’hypocrisie, de la duplicité, de l’idolâtrie. Le chemin de Jésus est celui de l’amour fidèle jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice de sa vie, c’est le chemin de la croix. C’est pourquoi le chemin de la foi passe par la croix et Marie l’a compris dès le début, quand Hérode voulait tuer Jésus qui venait de naître. Mais ensuite, cette croix est devenue plus profonde, quand Jésus a été rejeté : Marie était toujours avec Jésus, elle suivait Jésus au milieu du peuple, et elle entendait les bavardages, les paroles odieuses de ceux qui n’aimaient pas le Seigneur. Et cette croix, elle l’a portée ! Alors la foi de Marie a fait face à l’incompréhension et au mépris. Quand est arrivée l’« heure » de Jésus, l’heure de la passion : alors la foi de Marie a été la petite flamme dans la nuit, cette petite flamme en pleine nuit. Dans nuit du samedi-saint Marie a veillé. Sa petite flamme, petite mais claire, a été allumée dès l’aube de la Résurrection ; et quand elle a appris que le tombeau était vide, dans son cœur a débordé la joie de la foi, la foi chrétienne en la mort et résurrection de Jésus Christ. Parce que la foi nous conduit toujours à la joie, et elle, elle est la Mère de la joie : qui nous enseigne à aller par ce chemin de la joie et à vivre cette joie ! C’est le point culminant - cette joie, cette rencontre de Jésus et de Marie, mais imaginons comment cela a été… Cette rencontre est le point culminant de la marche de la foi de Marie et de toute l’Église. Comment est notre foi ? Est-ce que nous la tenons allumée, comme Marie, même dans les moments difficiles, les moments de ténèbres ? Ai-je ressenti la joie de la foi ?

Ce soir, Mère, nous te remercions pour ta foi, de femme forte et humble ; nous renouvelons notre confiance en toi, Mère de notre foi. Amen.

Dieu a confié l'être humain à la femme

Discours du Pape François aux participants au séminaire organisé par le Conseil Pontifical pour les laïcs à l'occasion du 25e anniversaire de la Lettre Apostolique Mulieris Dignitatem.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je partage avec vous, même brièvement, le thème important que vous avez affronté ces jours derniers : la vocation et la mission de la femme à notre époque. Je vous remercie de votre contribution. L’occasion a été le 25eanniversaire de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem du Pape Jean-Paul II, un document historique, le premier du Magistère pontifical consacré entièrement au thème de la femme. Vous avez en particulier approfondi le point où il est dit que Dieu confie d’une manière spécifique l’homme, l’être humain, à la femme (cf. n. 30).

Que signifie ce « confier de manière spécifique », confier de manière spécifique l’être humain à la femme ? Il me semble évident que mon prédécesseur se réfère à la maternité. Tant de choses peuvent changer et ont changé dans l’évolution culturelle et sociale, mais il est un fait que c’est la femme qui conçoit, qui porte dans son sein et qui fait naître les enfants des hommes. Et cela n’est pas simplement une donnée biologique, mais comporte une richesse d’implications autant pour la femme elle-même, pour sa manière d’être, que pour ses relations, pour sa façon de se situer par rapport à la vie humaine et à la vie en général. En appelant la femme à la maternité, Dieu lui a confié d’une manière tout à fait spéciale l’être humain.

Mais ici on trouve deux dangers toujours existants, deux opposés extrêmes qui blessent la femme et sa vocation. Le premier est de réduire la maternité à un rôle social, à un devoir, même s’il est noble, mais qui de fait met de côté la femme avec ses potentialités, ne la valorise pas pleinement dans la construction de la communauté. Que cela se produise dans le domaine civil, ou bien dans le domaine ecclésial. Et en réaction à cela, on trouve l’autre danger, en sens opposé, celui de promouvoir une sorte d’émancipation qui, pour occuper les espaces soustraits au domaine masculin, abandonne ce qui est féminin avec les traits précieux qui le caractérisent. Et je voudrais souligner ici que la femme possède une sensibilité particulière pour les « choses de Dieu », en particulier en nous aidant à comprendre la miséricorde, la tendresse et l’amour que Dieu a pour nous. J’ai plaisir également à penser que l’Église n’est pas « le » Église, mais est « la » Église. L’Église est femme, elle est mère, et cela est beau. Vous devez penser à approfondir cela.

Mulieris dignitatem s’inscrit dans ce contexte, et offre une réflexion profonde, organique, avec une solide base anthropologique éclairée par la Révélation. C’est de là que nous devons repartir pour ce travail d’approfondissement et de promotion que j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de souhaiter. Dans l’Église aussi, il est important de se demander : quelle présence a la femme ? Je souffre — je dis la vérité — quand je vois dans l’Église ou dans certaines organisations ecclésiales que le rôle de service — que nous avons tous et que nous devons tous avoir — que le rôle de service de la femme glisse vers un rôle de servidumbre. Je ne sais pas si on dit ainsi en italien. Comprenez-vous ? Service. Quand je vois des femmes qui font des choses de servidumbre, c’est que ce que doit faire une femme n’est pas bien compris. Quelle présence a la femme dans l’Église ? Peut-elle être davantage valorisée ? C’est une réalité qui me tient beaucoup à cœur et c’est pourquoi j’ai voulu vous rencontrer — contre le règlement, parce qu’une rencontre de ce genre n’est pas prévue — et vous bénir, vous et votre engagement. Merci, menons-le ensemble ! Que la Très Sainte Vierge Marie, une grande femme, Mère de Jésus et de tous les fils de Dieu, nous accompagne. Merci.




vendredi 11 octobre 2013

Les barbaries que peut commettre l'être humain...

Le 16 octobre 1943, durant l’occupation nazie de Rome, plus de mille juifs romains furent arrêtés et déportés au camp d’extermination d'Auschwitz. Seules16 personnes, dont une seule femme, en sont revenues. La Communauté de Sant'Egidio et la Communauté juive de Rome, comme chaque année depuis 1994, font mémoire de ce moment tragique de la vie de la ville, en organisant un "pèlerinage de la mémoire", afin que personne, surtout les jeunes générations, n'oublie la déportation durant l'occupation nazie. Le pape François a adressé ce message à la communauté juive de Rome à la veille de ces commémorations (Anita Bourdin pour Zenit).

Message du pape François

Illustre Grand Rabbin,
Estimés membres de la Communauté juive de Rome,

Je désire m’unir, par l’approche spirituelle et la prière, à la commémoration du 70e  anniversaire de la déportation des juifs de Rome. Alors que nous nous remémorons ces heures tragiques d’octobre 1943, il est de notre devoir de se rappeler le destin de ces déportés, percevoir leur peur, leur douleur, leur désespoir pour ne pas les oublier, pour les maintenir en vie dans notre souvenir et dans notre prière avec leurs familles, leurs parents et amis qui ont pleuré leur perte et qui sont restés consternés devant les barbaries que peut commettre l’être humain. 

Pourtant, avoir la mémoire d'un événement ne signifie pas simplement en avoir le souvenir ; cela signifie aussi et surtout de s’efforcer à comprendre quel est le message qu’il représente aujourd’hui pour que la mémoire du passé puisse enseigner au présent et devenir lumière qui illumine le chemin du futur. Jean-Paul II écrivait que la mémoire est appelée à jouer un rôle nécessaire « dans le processus de construction d’un futur dans lequel l’iniquité indicible de la Shoah ne soit plus jamais possible » (Introduction au document de la Commission pour les Rapports Religieux avec le judaïsme : « Nous nous souvenons. Une réflexion sur la Shoah », 16 mars 1998). Et Benoît XVI, dans le Camp de concentration de Auschwitz, affirmait que « le passé n’est pas seulement du passé. Il nous concerne aussi et nous indique les voies à prendre et à ne pas prendre » (Discours, 28 mai 2006).

La commémoration d’aujourd’hui pourrait donc être définie comme une mémoire future, un appel aux nouvelles générations à ne pas aplatir notre propre existence, à ne pas nous laisser entraîner par des idéologies, à ne jamais justifier le mal que nous rencontrons, à ne pas baisser la garde contre l’antisémitisme et contre le racisme, quel que soit leurs provenances. J’espère que, grâce à cette initiative, pourront s’entrelacer et s’alimenter des réseaux d’amitié et de fraternité entre Juifs et Catholiques dans notre ville bien-aimée de Rome.

Le Seigneur dit par la bouche du prophète Jérémie : « je connais les projets que j’ai fait en ce qui vous concerne, les projets de paix et pas de condamnation pour vous concéder un futur plein d’espérance » (Jer 29,11). Que le souvenir des tragédies du passé devienne pour tous un engagement de toutes nos forces pour un futur que Dieu veut préparer et construire pour nous et avec nous.

Shalom!

La culture de la rencontre au service de la réflexion théologique

Audience à la Communauté juive de Rome

Chers amis de la communauté juive de Rome,

Shalom!

Je suis content de vous accueillir et d’avoir ainsi la possibilité d’approfondir et d’élargir la première rencontre que j’ai eue avec certains de vos représentants le 20 mars dernier. Je vous salue tous avec affection, en particulier le Grand Rabbin, le Dr Riccardo Di Segni, que je remercie des paroles qu’il m’a adressées. Egalement pour ce souvenir du courage de notre père Abraham lorsqu’il luttait avec le Seigneur pour sauver Sodome et Gomorrhe : « Et s’ils étaient trente, s’ils étaient vingt-cinq, et s’ils étaient vingt… » C’est bien une prière courageuse devant le Seigneur. Merci. Je salue aussi le président de la Communauté juive de Rome, le Dr Riccardo Pacifici, et le président de l’Union des communautés juives italiennes, le Dr Renzo Gattegna.

En tant qu’évêque de Rome, je sens particulièrement proche la vie de la Communauté juive de la Ville : je sais qu’avec plus de deux mille ans de présence ininterrompue, elle peut se vanter d’être la plus ancienne d’Europe occidentale. Depuis de nombreux siècles, donc, la Communauté juive et l’Eglise de Rome vivent ensemble dans cette ville, avec une histoire – nous le savons bien – qui a souvent été traversée par des incompréhensions et aussi d’authentiques injustices. Mais c’est une histoire qui, avec l’aide de Dieu, a désormais connu depuis de nombreuses décennies le développement de rapports amicaux et fraternels.

La réflexion du concile Vatican II a certainement contribué, côté catholique, à ce changement de mentalité, mais un apport non moindre est venu de la vie et de l’action, des deux côtés, d’hommes sages et généreux, capables de reconnaître l’appel du Seigneur, et de se mettre en marche avec courage sur des sentiers nouveaux de rencontre et de dialogue.

Paradoxalement, la tragédie commune de la guerre nous a enseigné à marcher ensemble. Dans quelques jours nous rappellerons le 70e  anniversaire de la déportation des juifs de Rome. Nous ferons mémoire et nous prierons pour tant de victimes innocentes de la barbarie humaine, pour leurs familles. Ce sera aussi l’occasion de garder notre attention toujours vigilante afin que, sous aucun prétexte, ne reprennent vie des formes d’intolérance et d’antisémitisme, à Rome et dans le reste du monde. Je l’ai dit d’autres fois, et j’aime à le répéter maintenant : c’est une contradiction qu’un chrétien soit antisémite. Ses racines sont un peu juives. Un chrétien ne peut pas être antisémite ! Que l’antisémitisme soit banni du cœur et de la vie de tout homme et de toute femme !

Cet anniversaire nous permettra aussi de rappeler comment, à l’heure des ténèbres, la communauté chrétienne de cette ville a su tendre la main au frère en difficulté. Nous savons comment de nombreux instituts religieux, des monastères et des basiliques papales elles-mêmes, interprétant la volonté du pape, ont ouvert leurs portes pour un accueil fraternel, et comment de nombreux chrétiens ordinaires ont offert l’aide qu’ils pouvaient donner, qu’elle fût petite ou grande.

Dans leur grande majorité, ils n’étaient certainement pas au courant de la nécessité de mettre à jour la compréhension chrétienne du judaïsme et peut-être connaissaient-ils bien peu de la vie même de la communauté juive. Mais ils eurent le courage de faire ce qui était à ce moment-là la chose juste : protéger le frère qui était en danger. J’aime à souligner cet aspect, parce que s’il est vrai qu’il est important d’approfondir, des deux côtés, la réflexion théologique par le dialogue, il est aussi vrai qu’il existe un dialogue vital, celui de l’expérience quotidienne, qui n’est pas moins fondamental. Et même, sans cela, sans une culture vraie et concrète de la rencontre, qui conduit à des relations authentiques, sans préjugés ni soupçons, l’engagement dans le domaine intellectuel ne servirait pas beaucoup. Ici aussi, comme j’aime à le souligner souvent, le Peuple de Dieu a son propre flair et il a l’intuition du sentier que Dieu lui demande de prendre. Dans ce cas, le sentier de l’amitié, de la proximité, de la fraternité.

J’espère contribuer, ici, à Rome, en tant qu’évêque, à cette proximité et à cette amitié, comme j’ai eu la grâce – parce que cela a été une grâce – de le faire avec la communauté juive de Buenos Aires. Parmi les nombreuses choses qui peuvent nous lier, il y a le témoignage à la vérité des Dix Paroles, le Décalogue, comme fondement solide et source de vie aussi pour notre société, si désorientée par un pluralisme extrême des choix et des orientations, et marquée par un relativisme qui conduit à ne plus avoir de points de référence solides et sûrs (cf. Benoît XVI, Discours à la synagogue de Rome, 17 janvier 2010, nn. 5-6).

Chers amis, je vous remercie de votre visite et j’invoque sur vous la protection et la bénédiction du Très-haut pour notre chemin commun d’amitié et de confiance. Puisse-t-Il, dans sa bienveillance, accorder à nos jours la paix. Merci.

mercredi 9 octobre 2013

Dans quel sens disons-nous que l'Eglise est catholique?

Audience Générale du Pape François.

Chers frères et sœurs, bonjour !

On voit qu’aujourd’hui, malgré cette affreuse journée, vous êtes courageux : félicitations !

« Je crois en l’Église une, sainte, catholique... ». Aujourd’hui, nous nous arrêtons pour réfléchir sur cette Note de l’Église : disons catholique, c’est l’Année de la catholicité. Avant tout, que signifie catholique ? Ce mot dérive du grec « kath’olòn », qui veut dire « selon le tout », la totalité. Dans quel sens cette totalité s’applique-t-elle à l’Église ? Dans quel sens disons-nous que l’Église est catholique ? Je dirais selon trois significations fondamentales.

La première. L’Église est catholique parce que c’est l’espace, la maison dans laquelle est annoncée la foi tout entière, dans laquelle le salut que nous a apporté le Christ est offert à tous. L’Église nous fait rencontrer la miséricorde de Dieu qui nous transforme parce qu’en elle est présent Jésus Christ, qui lui donne la véritable confession de foi, la plénitude de la vie sacramentelle, l’authenticité du ministère ordonné. Dans l’Église, chacun de nous trouve ce qui est nécessaire pour croire, pour vivre en chrétiens, pour devenir saints, pour marcher en tout lieu et en toute époque.

Pour donner un exemple, nous pouvons dire que c’est comme dans la vie de famille ; dans la famille, à chacun de nous est donné tout ce qui nous permet de croître, de mûrir, de vivre. On ne peut croître seuls, on ne peut marcher seuls, en s’isolant, mais on marche et on croît dans une communauté, dans une famille. Et il en est ainsi dans l’Église ! Dans l’Église, nous pouvons écouter la Parole de Dieu, certains que c’est le message que le Seigneur nous a donné ; dans l’Église, nous pouvons rencontrer le Seigneur dans les Sacrements qui sont les fenêtres ouvertes à travers lesquelles nous est donnée la lumière de Dieu, des ruisseaux auxquels nous puisons la vie même de Dieu ; dans l’Église, nous apprenons à vivre la communion, l’amour qui vient de Dieu. Chacun de nous peut se demander aujourd’hui : comment est-ce que je vis dans l’Église ? Lorsque je vais à l’église, est-ce comme si j’étais au stade, à un match de football ? Est-ce comme si j’étais au cinéma ? Non, c’est autre chose. Comment vais-je à l’église ? Comment est-ce que j’accueille les dons que l’Église m’offre, pour croître, pour mûrir comme chrétien ? Est-ce que je participe à la vie de communauté ou est-ce que je vais à l’église en me repliant sur mes problèmes, en m’isolant des autres ? Dans ce premier sens, l’Église est catholique, parce qu’elle est la maison de tous. Tous sont fils de l’Église et tous sont dans cette maison.

Une deuxième signification : l’Église est catholique parce qu’elle est universelle, elle est présente dans chaque partie du monde et annonce l’Évangile à chaque homme et chaque femme. L’Église n’est pas un groupe d’élite, elle ne concerne pas seulement quelques personnes. L’Église n’a pas de fermetures, elle est envoyée à la totalité des personnes, à la totalité du genre humain. Et l’unique Église est présente également dans ses plus petites parties. Chacun peut dire : dans ma paroisse est présente l’Église catholique, parce qu’elle aussi fait partie de l’Église universelle, elle aussi possède la plénitude des dons du Christ, la foi, les sacrements, le ministère ; elle est en communion avec l’évêque, avec le Pape et elle est ouverte à tous, sans distinction. L’Église n’est pas seulement à l’ombre de notre clocher, mais elle embrasse une vaste étendue de personnes, de peuples qui professent la même foi, se nourrissent de la même Eucharistie, sont servis par les mêmes pasteurs. Se sentir en communion avec toutes les Églises, avec toutes les communautés catholiques petites ou grandes du monde! Comme cela est beau ! Puis sentir que nous sommes tous en mission, petites ou grandes communautés, nous devons tous ouvrir nos portes et sortir pour l’Évangile. Demandons-nous alors : qu’est-ce que je fais pour communiquer aux autres la joie de rencontrer le Seigneur, la joie d’appartenir à l’Église ? Annoncer et témoigner la foi n’est pas l’affaire de quelques-uns, mais concerne également moi, toi, chacun de nous !

Une troisième et dernière pensée : l’Église est catholique, parce qu’elle est la « Maison de l’harmonie » où unité et diversité savent se conjuguer ensemble pour être une richesse. Pensons à l’image de la symphonie, qui veut dire accord, harmonie, divers instrument jouent ensemble ; chacun conserve son timbre unique et ses caractéristiques de son s’accordent sur quelque chose de commun. Ensuite, il y a celui qui dirige, le chef d’orchestre, et dans la symphonie qui est exécutée tous jouent ensemble en « harmonie », mais le timbre de chaque instrument n’est pas effacé ; au contraire, la particularité de chacun est valorisée au maximum !

C’est une belle image qui nous dit que l’Église est comme un grand orchestre dans lequel il existe une grande variété. Nous ne sommes pas tous pareils et nous ne devons pas être tous pareils. Nous sommes tous divers, différents, chacun avec ses qualités. Voilà ce qui est beau dans l’Église : chacun apporte ce qui lui appartient, ce que Dieu lui a donné, pour enrichir les autres. Et entre les membres il existe cette différence, mais c’est une différence qui n’entre pas en conflit, qui ne s’oppose pas ; c’est une variété qui se laisse fondre en harmonie par l’Esprit Saint ; c’est Lui le véritable « Maître », il est Lui-même harmonie. Et ici nous nous demandons : dans nos communautés vivons-nous l’harmonie ou nous disputons-nous entre nous ? Dans ma communauté paroissiale, dans mon mouvement, celui dans lequel j’appartiens à l’Église, y a-t-il des commérages ? S’il y a des commérages il n’y a pas d’harmonie, mais une lutte. Et cela n’est pas l’Église. L’Église est l’harmonie de tous : il ne faut jamais commérer l’un contre l’autre, jamais se disputer ! Acceptons-nous l’autre, acceptons-nous qu’il existe une juste diversité, que celui-ci soit différent, que celui-ci pense d’une manière ou d’une autre — dans la même foi on peut penser différemment — ou tendons-nous à tout uniformiser ? Mais l’uniformité tue la vie. La vie de l’Église est diversité, et quand nous voulons plaquer cette uniformité sur tous, nous tuons les dons du Saint-Esprit. Prions le Saint-Esprit, qui est précisément l’auteur de cette unité dans la diversité, de cette harmonie, pour qu’elle nous rende toujours plus « catholiques », c’est-à-dire membres de cette Église qui est catholique et universelle ! Merci.


APPEL

Aujourd’hui, en parlant de l’expression « Je crois en l’Église catholique », je vous demande de prier pour la paix au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak, en Égypte, au Liban et en Terre Sainte, où est né le Prince de la Paix, Jésus Christ. Priez afin que la lumière du Christ arrive dans tous les cœurs et en tout lieu, jusqu’aux extrémités de la terre. Que la bénédiction du Seigneur soit toujours avec vous !

Avec une affection spéciale, je salue les évêques de l’Église de tradition alexandrine d’Éthiopie et d’Érythrée, auxquels je suis particulièrement proche dans la prière et dans la douleur pour les nombreux fils de leur terre qui ont perdu la vie dans la tragédie de Lampedusa.


Bienvenue chers francophones ! Je salue en particulier les évêques de la Conférence épiscopale régionale du Nord de l’Afrique et je les encourage à consolider leurs relations fraternelles avec les musulmans. Je salue aussi les pèlerins de plusieurs diocèses de France, ainsi que ceux du Canada accompagnés de Mgr Bouchard, évêque de Trois-Rivières. N’ayez pas peur de prier l’Esprit Saint, afin qu’il fasse de chacun un homme et une femme de communion, toujours prêt à annoncer avec joie, à tous et partout, l’Évangile du Salut ! Bon séjour à Rome !

dimanche 6 octobre 2013

La prière est la respiration de la foi

Paroles du pape François avant l’Angélus.


Chers frères et sœurs, bonjour !

Tout d’abord, je veux rendre grâce à Dieu pour la journée que j’ai vécue à Assise, avant-hier. Pensez que c’était la première fois que je me rendais à Assise ! Et cela a été un grand don de faire ce pèlerinage justement pour la fête de saint François. Je remercie le peuple d’Assise pour son accueil chaleureux : merci beaucoup !

Aujourd’hui, le passage de l’Evangile commence ainsi : « En ce temps-là, les apôtres dirent au Seigneur : Augmente notre foi ! » (Lc 17,5-6). Il me semble que nous pouvons tous faire nôtre cette invocation. Nous aussi, comme les apôtres, disons au Seigneur Jésus : « Augmente notre foi ! » Oui, Seigneur notre foi est petite, notre foi est faible, fragile, mais nous te l’offrons telle qu’elle est pour que tu l’augmentes. Cela vous semble bien de répéter cela tous ensemble : Seigneur augmente notre foi ! On le fait ? Tous : Seigneur, augmente en nous la foi ! Seigneur, augmente en nous la foi ! Seigneur, augmente en nous la foi ! Qu’il la fasse grandir !

Et qu’est-ce que le Seigneur répond ? Il répond : « Si vous aviez la foi grande comme un grain de moutarde, vous pourriez dire à ce mûrier: 'Déracine-toi et va te planter dans la mer' et il vous obéirait » (v. 6). Le grain de moutarde est tout petit, mais Jésus dit qu’il suffit d’avoir une foi comme cela, petite, mais vraie, sincère, pour faire des choses humainement impossibles, impensables. Et c’est vrai ! Nous connaissons tous des personnes simples, humbles, mais avec une foi très forte, qui déplacement vraiment les montagnes ! Pensons par exemple à certaines mamans, certains papas qui affrontent des situations très lourdes ; ou à certains malades, même très graves, qui transmettent la sérénité à ceux qui vont les trouver. Ces personnes, justement en raison de leur foi, ne se vantent pas de ce qu’ils font, au contraire, comme Jésus le demande dans l’Evangile, ils disent : « Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire » (Lc 17,10). Combien parmi nous ont cette foi forte, humble, et qui fait tant de bien !

En ce mois d’octobre, qui est dédié en particulier aux missions, nous pensons aux nombreux missionnaires, hommes et femmes, qui, pour apporter l’Evangile ont dépassé des obstacles en tout genre, ont vraiment donné leur vie ; comme le dit saint Paul à Timothée : « N'aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n'aie pas honte de moi, qui suis en prison à cause de lui ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l'annonce de l'Évangile » (2 Tm 1,8). Mais cela nous concerne tous : chacun de nous, dans sa vie de tous les jours, peut rendre témoignage au Christ, par la force de Dieu, la force de la foi. Nous aussi nous avons une foi, très petite, mais elle est forte ! Rendre témoignage à Jésus-Christ, grâce à cette force, être chrétiens par la vie, par notre témoignage !

Et comment puiser cette force ? Nous la puisons à Dieu, dans la prière. La prière est la respiration de la foi : dans un rapport de confiance, dans un rapport d’amour, le dialogue ne peut pas manquer, et la prière est le dialogue de l’âme avec Dieu. Octobre est aussi le mois du rosaire, et, en ce premier dimanche c’est la tradition de réciter la Supplique à la Vierge de Pompéi, à la bienheureuse Vierge Marie du Saint Rosaire. Unissons-nous spirituellement à cet acte de confiance en notre Mère, et recevons de ses mains le chapelet : le rosaire est une école de prière, le rosaire est une école de la foi !

Paroles du pape après la prière de l’Angélus

Chers frères et sœurs,

Le bienheureux Rolando Rivi, un séminariste de cette région, l’Emilie, a été béatifié hier à Modène. Il a été tué en 1945, alors qu’il avait 14 ans, par haine de sa foi, coupable, uniquement, de porter la soutane en cette période de violence déchaînée contre le clergé, qui élevait sa voix pour condamner au nom de Dieu, les massacres de l’immédiat après-guerre. Mais la foi en Jésus vainc l’esprit du monde ! Rendons grâce à Dieu pour ce jeune martyre, témoin héroïque de l’Evangile. Et tant de jeunes de 14 ans ont devant les yeux aujourd’hui cet exemple : un jeune courageux, qui savait où il devait aller, qui connaissait l’amour de Jésus dans son cœur, et il a donné sa vie pour Lui. Un bel exemple pour les jeunes !

Je voudrais rappeler avec vous les personnes qui ont perdu la vie à Lampédouse, jeudi dernier. Prions tous en silence pour nos frères et sœurs : femmes, hommes, enfants… Laissons pleurer notre cœur. Prions en silence.

(...) Je vous souhaite à tous un bon dimanche. Bon déjeuner et au revoir !

vendredi 4 octobre 2013

L'humanité a besoin d'être sauvée

Discours prononcé par le Pape François lors de sa rencontre avec les jeunes d'Ombrie sur la Place de la Basilique Sainte-Marie-des-Anges à Assise.


Chers jeunes d’Ombrie, bonsoir  !

Merci d’être venus, merci de cette fête ! Vraiment, c’est une fête ! Et merci pour vos questions.

Je suis heureux que la première question soit venue d’un jeune couple. Un beau témoignage ! Deux jeunes qui ont choisi, ont décidé, avec joie et courage de former une famille. Oui, c’est vrai, il faut du courage pour former une famille ! Il faut du courage ! Et votre question, jeunes époux, rejoint celle sur la vocation. Qu’est-ce que le mariage ? C’est une véritable vocation, comme le sont le sacerdoce et la vie religieuse. Deux chrétiens qui se marient ont reconnu dans leur histoire d’amour l’appel du Seigneur, la vocation à faire de deux personnes, un homme et une femme, une seule chair, une seule vie. Et le Sacrement du mariage enveloppe cet amour avec la grâce de Dieu, il l’enracine en Dieu même. Avec ce don, avec la certitude de cet appel, on peut partir en sécurité, on n’a peur de rien, on peut tout affronter, ensemble !

Pensons à nos parents, à nos grands-parents ou arrières grands-parents : ils se sont mariés dans des conditions beaucoup plus pauvres que les nôtres, certains en temps de guerre, ou d’après-guerre ; certains ont émigré, comme mes parents. Où trouvaient-ils la force ? Ils la trouvaient dans la certitude que le Seigneur était avec eux, que la famille est bénie par Dieu à travers le sacrement du mariage, et que la mission de mettre au monde les enfants et de les éduquer est bénie. Avec ces certitudes, ils ont surmonté les épreuves les plus dures. C’étaient des certitudes simples, mais vraies, elles formaient les colonnes qui soutenaient leur amour. Leur vie n’a pas été facile, il y a eu des problèmes, tant de problèmes. Mais ces certitudes les aidaient à avancer. Et ils ont réussi à fonder une belle famille, à donner la vie, à faire grandir leurs enfants.

Chers amis, ce fondement moral et spirituel est nécessaire pour bien construire, de façon solide ! Aujourd’hui, ce fondement n’est plus garanti par les familles et par la tradition sociale. Ou plutôt, la société dans laquelle vous êtes nés privilégie les droits individuels plutôt que la famille — ces droits individuels —, elle privilégie les relations qui durent jusqu’à ce qu’apparaissent des difficultés, et c’est pourquoi elle parle parfois de rapport de couple, de famille et de mariage de manière superficielle et équivoque. Il suffirait de regarder certaines émissions télévisées pour voir ces valeurs ! Combien de fois les curés — moi aussi parfois je l’ai entendu — entendent un couple qui vient de se marier : « Mais vous savez que le mariage c’est pour toute la vie ? ». « Ah, nous, nous nous aimons beaucoup, mais... nous resterons ensemble tant que dure l’amour. Quand il finira, chacun de son côté ». C’est l’égoïsme : quand je ne le sens pas, je brise le mariage et j’oublie ce « une seule chair » qui ne peut pas se diviser. Il est risqué de se marier : c’est risqué ! C’est cet égoïsme qui nous menace, parce qu’à l’intérieur de nous tous, nous avons la possibilité d’une double personnalité : celle qui dit : « Moi, libre, je veux cela... » et l’autre qui dit : « Moi, je, avec moi, pour moi... ». L’égoïsme toujours, qui revient et ne sait pas s’ouvrir aux autres. L’autre difficulté est cette culture du provisoire : il semble que rien ne soit définitif. Tout est provisoire. Comme je l’ai dit auparavant : bof, l’amour, tant que ça dure. Un jour, j’ai entendu un séminariste — un brave séminariste — qui disait : « Je veux devenir prêtre, mais pendant dix ans. Après, je verrai ». C’est la culture du provisoire, et Jésus ne nous a pas sauvés provisoirement : il nous a sauvés définitivement !

Mais le Saint-Esprit suscite toujours des réponses nouvelles aux nouvelles exigences ! Et ainsi se sont multipliés dans l’Église  les parcours pour fiancés, les cours de préparation au mariage, les groupes de jeunes couples dans les paroisses, les mouvements familiaux... Ils sont une richesse immense ! Ce sont des points de référence pour tous : jeunes en recherche, couples en crise, parents en difficulté avec leurs enfants et vice-versa. Ils nous aident tous ! Et puis il y a différentes formes d’accueil : la tutelle, l’adoption, les maisons d’accueil de types divers… L’imagination — permettez-moi de dire cela — l’imagination du Saint-Esprit est infinie, mais elle est aussi très concrète ! Alors, je voudrais vous dire de ne pas avoir peur de faire des pas définitifs, n’ayez pas peur de les faire. Combien de fois ai-je entendu une mère me dire : « Père, j’ai un fils de 30 ans et il ne se marie pas : je ne sais pas quoi faire ! Il a une belle fiancée, mais ne se décide pas ». Mais Madame, ne lui repassez plus ses chemises ! C’est ainsi ! N’ayez pas peur des pas définitifs dans la vie, comme celui du mariage : approfondissez votre amour, en respectant les temps et les expressions, priez, préparez-vous bien, puis ayez confiance que le Seigneur ne vous laisse pas seuls ! Faites-le entrer dans votre maison comme quelqu’un de la famille, Il vous soutiendra toujours.

La famille est la vocation que Dieu a inscrite dans la nature de l’homme et de la femme, mais il y a une autre vocation complémentaire au mariage : l’appel au célibat et à la virginité pour le Royaume des cieux. C’est la vocation que Jésus lui-même a vécue. Comment la reconnaître ? Comment la suivre ? C’est la troisième question que vous m’avez posée. Certains peuvent penser : mais cet évêque il est fort ! On lui pose des questions, il a les réponses toutes prêtes, par écrit. Moi, j’ai reçu les questions il y a quelques jours. C’est pour ça que je les connais. Et je vous réponds avec deux éléments essentiels, sur la manière de reconnaître cette vocation au sacerdoce et à la vie consacrée. Prier et cheminer dans l’Église . Les deux choses vont ensemble, elles sont mêlées. À l’origine de toute vocation à la vie consacrée, il y a toujours une expérience forte de Dieu, une expérience qui ne s’oublie pas, on s’en souvient toute sa vie ! C’est celle qu’a eue François. Et cela, nous ne pouvons pas le calculer ni le programmer. Dieu nous surprend toujours ! C’est Dieu qui appelle ; mais il est important d’avoir un rapport quotidien avec Lui, de l’écouter en silence devant le Tabernacle et dans l’intimité de nous-mêmes, de Lui parler, de s’approcher des Sacrements. Avoir ce rapport familier avec le Seigneur, c’est comme tenir ouverte la fenêtre de notre vie pour qu’Il nous fasse entendre sa voix, ce qu’Il veut de nous. Il serait beau de vous entendre, d’entendre les prêtres présents, les sœurs… Ce serait très beau parce que chaque histoire est unique, mais toutes partent d’une rencontre qui éclaire en profondeur, qui touche le cœur et implique toute la personne : l’affection, l’intellect, les sens, tout. Le rapport avec Dieu ne concerne pas seulement une partie de nous-mêmes, il concerne tout. C’est un amour si grand, si beau, si vrai, qu’il mérite tout et qu’il mérite toute notre confiance. Et je voudrais vous dire quelque chose avec force, spécialement aujourd’hui : la virginité pour le Royaume de Dieu n’est pas un « non », c’est un « oui » ! Certes, elle comporte le renoncement à un lien conjugal et à une famille, mais à la base, il y a le « oui », comme réponse au « oui » total du Christ envers nous, et ce « oui » rend féconds.

Mais ici, à Assise il n’y a pas besoin de paroles ! Il y a François, il y a Claire, qui parlent ! Leur charisme continue à parler à tant de jeunes dans le monde entier : jeunes gens et jeunes filles qui quittent tout pour suivre Jésus sur le chemin de l’Évangile.

Voilà, l’Évangile. Je voudrais reprendre le mot « Évangile » pour répondre aux deux autres questions que vous m’avez posées, la deuxième et la quatrième. L’une concerne l’engagement social, en cette période de crise qui menace l’espérance ; et l’autre concerne l’évangélisation, porter l’annonce de Jésus aux autres. Vous avez demandé : que pouvons-nous faire ? Quelle peut être notre contribution ?

Ici à Assise, ici, près de la Portioncule, il me semble entendre la voix de saint François qui nous redit : « Évangile ! Évangile ! ». Il le dit aussi à moi, ou plutôt, d’abord à moi : Pape François, sois serviteur de l’Évangile ! Si je ne réussis pas à être serviteur de l’Évangile, ma vie ne vaut rien !

Mais l’Évangile, chers amis, ne concerne pas seulement la religion, il concerne l’homme, tout l’homme, et il concerne le monde, la société, la civilisation humaine. L’Évangile est le message de salut de Dieu pour l’humanité. Mais quand nous disons « message de salut », ce n’est pas une façon de dire, ce ne sont pas de simples paroles ou des paroles vides comme il y en a tant aujourd’hui ! L’humanité a vraiment besoin d’être sauvée ! Nous le voyons chaque jour quand nous feuilletons le journal, ou quand nous entendons les nouvelles à la télévision ; mais nous le voyons aussi autour de nous, dans les personnes, dans les situations; et nous le voyons en nous-mêmes ! Chacun de nous a besoin de salut ! Seuls nous n’y arrivons pas ! Nous avons besoin de salut ! Salut de quoi ? Du mal. Le mal agit, il fait son travail. Mais le mal n’est pas invincible et le chrétien ne se résigne pas devant le mal. Et vous les jeunes, voulez-vous vous résigner devant le mal, les injustices, les difficultés ? Vous voulez ou non ? [Les jeunes répondent : Non ! ]. Ah, c’est bien. Ça c’est bien ! Notre secret est que Dieu est plus grand que le mal : mais c’est vrai ! Dieu est plus grand que le mal ! Dieu est amour infini, miséricorde sans limite, et cet Amour a vaincu le mal à la racine dans la mort et la résurrection du Christ. C’est l’Évangile, la Bonne Nouvelle : l’amour de Dieu a vaincu ! Le Christ est mort sur la croix pour nos péchés et il est ressuscité. Avec Lui, nous pouvons lutter contre le mal et le vaincre chaque jour. Y croyons-nous ou non ? [Les jeunes répondent : Oui !] Mais ce « oui » doit aller dans la vie ! Si je crois que Jésus a vaincu le mal et me sauve, je dois suivre, je dois aller sur la route de Jésus pour toute la vie.

Alors l’Évangile, ce message de salut, a deux objectifs qui sont liés : le premier, susciter la foi, et c’est l’évangélisation ; le second, transformer le monde selon le dessein de Dieu, et c’est l’animation chrétienne de la société. Ce ne sont pas deux choses séparées, elles sont une unique mission : porter l’Évangile à travers le témoignage de notre vie transforme le monde ! C’est la route : apporter l’Évangile avec le témoignage de notre vie.

Regardons François : il a fait ces deux choses, avec la force de l’unique Évangile. François a fait grandir la foi, a renouvelé l’Église ; et dans le même temps, a renouvelé la société, l’a rendue plus fraternelle, mais toujours avec l’Évangile, avec le témoignage. Savez-vous ce que François a dit une fois à ses frères ? « Prêchez toujours l’Évangile et, si nécessaire, même avec les paroles ! ». Comment ça ? Peut-on prêcher l’Évangile sans paroles ? Oui ! Par le témoignage ! D’abord le témoignage, ensuite les paroles ! Mais le témoignage !

Jeunes de l’Ombrie : faites ainsi vous aussi ! Aujourd’hui, au nom de saint François, je vous dis : je n’ai ni or, ni argent à vous donner, mais quelque chose de beaucoup plus précieux, l’Évangile de Jésus. Allez avec courage, avec l’Évangile dans le cœur et entre les mains, soyez témoins de la foi par votre vie : apportez le Christ dans vos maisons, annoncez-le parmi vos amis, accueillez-le et servez-le dans les pauvres. Jeunes, donnez à l’Ombrie un message de vie, de paix et d’espérance ! Vous pouvez le faire !

Récitation du Notre Père et Bénédiction.

Et s’il vous plaît, je vous le demande : priez pour moi !

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