mercredi 16 octobre 2013

L’Église a ses racines dans l’enseignement des apôtres

Audience Générale du Pape François.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Quand nous récitons le Credo, nous disons « Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Je ne sais pas si vous avez déjà réfléchi sur la signification qu’a l’expression « L’Église est apostolique». Peut-être, une fois ou l’autre, en venant à Rome, avez-vous pensé à l’importance des apôtres Pierre et Paul qui ont donné leur vie pour apporter et témoigner de l’Évangile.

Mais c’est davantage que cela. Professer que l’Église est apostolique signifie souligner le lien constitutif qu’elle entretient avec les apôtres, avec ce petit groupe de douze hommes que Jésus appela un jour à lui, il les appela par leur nom, pour qu’il restent avec Lui et pour les envoyer prêcher (cf. Mc 3, 13-19). « Apôtre », en effet, est un mot grec qui veut dire « mandaté », « envoyé ». Un apôtre est une personne qui est mandatée, est envoyée faire quelque chose et les apôtres ont été choisis, appelés et envoyés par Jésus, pour continuer son œuvre, c’est-à-dire prier — c’est le premier travail d’un apôtre — et, deuxièmement, annoncer l’Évangile. Cela est important, parce que quand nous pensons aux apôtres nous pourrions penser qu’il sont allés uniquement annoncer l’Évangile, faire un grand nombre d’œuvres. Mais dans les premiers temps de l’Église, il y a eu un problème parce que les apôtres devaient faire beaucoup de choses et alors ils ont constitué les diacres, pour réserver aux apôtres plus de temps pour prier et annoncer la Parole de Dieu. Lorsque nous pensons aux successeurs des apôtres, aux évêques, y compris au Pape car lui aussi est un évêque, nous devons nous demander si ce successeur des apôtres, en premier lieu, prie et ensuite s’il annonce l’Évangile : c’est cela être apôtre et c’est pour cette raison que l’Église est apostolique. Nous tous, si nous voulons être des apôtres comme je l’expliquerai à présent, nous devons nous demander : est-ce que je prie pour le salut du monde ? Est-ce que j’annonce l’Évangile ? C’est cela l’Église apostolique ! C’est un lien constitutif que nous avons avec les apôtres.

En partant de là, justement, je voudrais souligner brièvement trois significations de l’adjectif « apostolique » appliqué à l’Église.

L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur la prédication et la prière des apôtres, sur l’autorité qui leur a été donnée par le Christ lui-même. Saint Paul écrit aux chrétiens d’Éphèse : « Vous êtes citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les apôtres et les prophètes; et la pierre angulaire c’est le Christ Jésus lui-même » (2, 19-20) ; il compare donc les chrétiens à des pierres vivantes qui forment un édifice qui est l’Église, et cet édifice est fondé sur les apôtres, comme piliers, et la pierre qui soutient le tout est Jésus lui-même. Sans Jésus l’Église ne peut pas exister ! Jésus est vraiment la base de l’Église, le fondement ! Les apôtres ont vécu avec Jésus, ils ont écouté ses paroles, ils ont partagé sa vie, ils ont surtout été témoins de sa mort et de sa résurrection. Notre foi, l’Église que le Christ a voulue, ne se fonde pas sur une idée, elle ne se fonde pas sur une philosophie, elle se fonde sur le Christ lui-même. Et l’Église est comme une plante qui a grandi au fil des siècles, s’est développée, a porté des fruits, mais ses racines sont bien plantées en Lui et l’expérience fondamentale du Christ qu’ont eue les apôtres, choisis et envoyés par Jésus, arrive jusqu’à nous. De cette petite plante jusqu’à aujourd’hui, ainsi l’Église est dans le monde entier.

Mais demandons-nous : comment est-il possible pour nous de nous unir à ce témoignage, comment peut parvenir jusqu’à nous ce que les apôtres ont vécu avec Jésus, ce qu’ils ont écouté de Lui ? Voilà la deuxième signification du terme « apostolicité ». Le Catéchisme de l’Église catholique affirme que l’Église est apostolique parce qu’« elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit Saint, l’enseignement, le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres » (n. 857). L’Église conserve au cours des siècles ce trésor précieux, qui est l’Écriture Sainte, la doctrine, les sacrements, le ministère des pasteurs, de sorte que nous puissions être fidèles au Christ et participer à sa vie même. C’est comme un fleuve qui coule dans l’histoire, se développe, irrigue, mais l’eau qui coule est toujours celle qui part de la source, et la source c’est le Christ lui-même : Il est le Ressuscité, Il est le Vivant, et ses paroles ne passent pas, car Il ne passe pas, Il est vivant, aujourd’hui, Il est parmi nous ici, Il nous entend et nous parlons avec Lui et Il nous écoute, Il est dans notre cœur. Jésus est avec nous, aujourd’hui! Telle est la beauté de l’Église : la présence de Jésus Christ parmi nous. Pensons-nous quelquefois combien est important ce don que le Christ nous a fait, le don de l’Église, où nous pouvons le rencontrer ? Pensons-nous quelquefois que c’est précisément l’Église sur son chemin au cours de ces siècles — malgré les difficultés, les problèmes, les faiblesses, nos péchés — qui nous transmet l’authentique message du Christ ? qui nous donne la sécurité que ce en quoi nous croyons est réellement ce que le Christ nous a communiqué ?

La dernière pensée : l’Église est apostolique car elle est envoyée apporter l’Évangile au monde entier. Elle continue sur le chemin de l’histoire la mission même que Jésus a confiée aux apôtres : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20). Tel est ce que Jésus nous a demandé de faire! J’insiste sur cet aspect de la missionnarité, car le Christ invite tous à « aller » à la rencontre des autres, il nous envoie, nous demande de nous remuer pour apporter la joie de l’Évangile ! Encore une fois demandons-nous : sommes-nous missionnaires à travers notre parole, mais surtout notre vie chrétienne, notre témoignage ? Ou sommes-nous des chrétiens enfermés dans notre cœur et dans nos Églises, des chrétiens de sacristie ? Des chrétiens uniquement en paroles, mais qui vivent comme des païens ? Nous devons nous poser ces questions, qui ne sont pas un reproche. Moi aussi je me le dis à moi-même : comment suis-je chrétien, vraiment à travers le témoignage ?

L’Église a ses racines dans l’enseignement des apôtres, témoins authentiques du Christ, mais elle regarde vers l’avenir, elle a la ferme conscience d’être envoyée — envoyée par Jésus —, d’être missionnaire, en portant le nom de Jésus à travers la prière, l’annonce et le témoignage. Une Église qui se ferme sur elle-même et sur le passé, une Église qui regarde uniquement les petites règles d’habitudes, d’attitudes, est une Église qui trahit sa propre identité ; une Église fermée trahit sa propre identité ! Alors, redécouvrons aujourd’hui toute la beauté et la responsabilité d’être Église apostolique ! Et rappelez-vous : Église apostolique parce que nous prions — première tâche — et parce que nous annonçons l’Évangile à travers notre vie et nos paroles.

lundi 14 octobre 2013

La nouvelle évangélisation ne peut qu'utiliser le langage de la miséricorde

Discours du pape François aux participants de l'Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation.
Chers frères et soeurs,

Je vous salue tous et vous remercie pour ce que vous faites au service de la nouvelle évangélisation, et pour le travail de l’Année de la foi. Merci de tout cœur ! Ce que je voudrais vous dire aujourd'hui peut se résumer en trois points : primat du témoignage ; urgence d'aller à la rencontre ; projet pastoral centré sur l’essentiel.

1. A notre époque se vérifie souvent une attitude indifférence envers la foi, qui n'est plus estimée importante dans la vie de l'homme. Nouvelle évangélisation signifie réveiller dans le cœur et dans l'esprit de nos contemporains la vie de la foi. La foi est un don de Dieu, mais il est important que nous chrétiens montrions que nous vivons la foi de façon concrète, à travers l’amour, la concorde, la joie, la souffrance, car cela suscite des questions, comme aux débuts de la marche de l’Église : pourquoi vivent-ils ainsi ? Qu'est-ce qui les pousse ? Ce sont des interrogations qui amènent au cœur de l’évangélisation, qui est le témoignage de la foi et de la charité. Ce dont nous avons besoin, spécialement en ces temps, ce sont de témoins crédibles qui par leur vie et par leur parole rendent visible l'Evangile, réveillent l’attraction pour Jésus-Christ, pour la beauté de Dieu.

Tant de personnes se sont éloignées de l’Église. Il est erroné de rejeter les fautes d'un côté ou de l'autre, car il n'y a pas lieu de parler de faute. Il y a des responsabilités dans l'histoire de l’Église et de ses hommes, il y en a dans certaines idéologies et aussi chez des personnes individuelles. Comme enfants de l’Église nous devons continuer le chemin du Concile Vatican II, nous dépouiller des choses inutiles et nuisibles, des fausses sécurités mondaines qui appesantissent l’Église et abîment son vrai visage.

Il faut des chrétiens qui rendent visible aux hommes d'aujourd'hui la miséricorde de Dieu, sa tendresse pour toute créature. Nous savons tous que la crise de l'humanité contemporaine n'est pas superficielle, elle est profonde. Pour cela la nouvelle évangélisation, tandis qu'elle est appelée à avoir le courage d'aller à contre-courant, de se convertir des idoles vers l'unique vrai Dieu, ne peut qu'utiliser le langage de la miséricorde, fait de gestes et d'attitudes avant même que de paroles. L’Église au milieu de l'humanité d'aujourd'hui dit : Venez à Jésus, vous tous qui êtes fatigués et oppressés, et vous trouverez le repos pour vos âmes (cf. Mt 11,28-30). Venez à Jésus. Lui seul a les paroles de vie éternelle.

Tout baptisé est "christophore", c'est-à-dire porteur du Christ, comme disaient les Pères anciens. Qui a rencontré le Christ, comme la Samaritaine au puits, ne peut pas garder cette expérience pour soi, mais ressent le désir de la partager, pour porter les autres à Jésus (cf. Jn 4). Il faut tous se demander si celui qui nous rencontre perçoit dans notre vie la chaleur de la foi, voit dans notre visage la joie d'avoir rencontré le Christ !

2. Ici nous passons au second aspect : la rencontre, aller à la rencontre des autres. La nouvelle évangélisation est un mouvement renouvelé vers celui qui a perdu la foi et le sens profond de la vie. Ce dynamisme fait partie de la grande mission du Christ d'apporter la vie dans le monde, l’amour du Père à l’humanité. Le Fils de Dieu est "sorti" de sa condition divine et est venu à notre rencontre. L’Église est à l'intérieur de ce mouvement, tout chrétien est appelé à aller à la rencontre des autres, à dialoguer avec ceux qui ne pensent pas comme nous, avec ceux qui ont une autre foi, ou qui n'ont pas la foi. Rencontrer tous, car tous ont en commun d'être créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Nous pouvons aller à la rencontre de tous, sans peur et sans renoncer à notre appartenance.

Personne n'est exclu de l'espérance de la vie, de l'amour de Dieu. L’Église est envoyée éveiller de partout cette espérance, spécialement là où elle est étouffée par des conditions existentielles difficiles, parfois inhumaines, là où l'espérance ne respire pas, étouffe. Elle a besoin de l'oxygène de l’Évangile, du souffle de l'Esprit du Christ ressuscité, qui la rallume dans les coeurs. L'Eglise est la maison dont les portes sont toujours ouvertes, non seulement pour que chacun puisse y trouver un accueil et respirer amour et espérance, mais aussi pour que nous puissions en sortir pour apporter cet amour et cette espérance. L'Esprit-Saint nous pousse à sortir de notre enclos et nous conduit jusqu'aux périphéries de l'humanité.

3. Tout cela, dans l’Église, n'est pas laissé au hasard, à l’improvisation. Cela exige l'engagement commun pour un projet pastoral qui reprenne l’essentiel et qui soit bien centré sur l’essentiel, c'est-à-dire sur Jésus-Christ. Il ne sert à rien de se disperser dans tant de choses secondaires ou superflues, mais de se concentrer sur la réalité fondamentale, qui est la rencontre avec le Christ, avec sa miséricorde, avec son amour et qui est aussi l’amour des frères comme Lui nous a aimés. Une rencontre avec le Christ qui est aussi adoration, parole peu utilisée : adorer le Christ. Un projet animé par la créativité et par la fantaisie de l'Esprit Saint, qui nous pousse aussi à emprunter des voies nouvelles, avec courage, sans se fossiliser ! Nous pourrions nous demander : comment est la pastorale de nos diocèses et paroisses ? Est-ce qu'elle rend visible l’essentiel, c'est-à-dire Jésus-Christ ? Est-ce que les diverses expériences, caractéristiques, marchent ensemble dans l'harmonie que donne l'Esprit-Saint ? Ou bien notre pastorale est-elle brouillonne, fragmentaire, et conduit à la fin à ce que chacun travaille de son côté ?

Dans ce contexte je voudrais souligner l’importance de la catéchèse, comme moment de l’évangélisation. Le pape Paul VI l'a déjà fait dans Evangelii nuntiandi (cf. n. 44). A partir de là le grand mouvement catéchétique a engagé un renouveau pour dépasser la fracture entre Évangile et culture et analphabétisme de nos jours en matière de foi. J'ai rappelé plusieurs fois un fait qui m'a impressionné dans mon ministère : rencontrer des enfants qui ne savaient pas faire le signe de la Croix ! Dans nos villes ! Les catéchistes rendent un précieux service pour la nouvelle évangélisation, et il est important que les parents soient les premiers catéchistes, les premiers éducateurs de la foi dans leur famille par le témoignage et par la parole.

Merci pour cette visite. Bon travail ! Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge vous protège.

dimanche 13 octobre 2013

Messe à l'occasion de la Journée Mariale 2013 et Angelus

Une des merveilles du Seigneur : Marie!

Homélie du Pape François à la Messe de la Journée Mariale de l'Année de la Foi.


Dans le Psaume, nous avons récité : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles » (Ps 97, 1). Aujourd’hui nous sommes devant une des merveilles du Seigneur : Marie ! Une créature humble et faible comme nous, choisie pour être Mère de Dieu, Mère de son Créateur.

En regardant justement Marie, à la lumière des lectures que nous avons écoutées, je voudrais réfléchir avec vous sur trois réalités : La première, Dieu nous surprend ; la deuxième, Dieu nous demande la fidélité ; la troisième, Dieu est notre force.

1. La première : Dieu nous surprend. L’épisode de Naaman, chef de l’armée du roi d’Aram, est singulier : pour guérir de la lèpre, il s’adresse au prophète de Dieu, Élisée, qui n’accomplit pas de rites magiques, ni ne lui demande des choses extraordinaires, mais d’avoir seulement confiance en Dieu et de se plonger dans l’eau du fleuve ; non pas cependant dans l’eau des grands fleuves de Damas, mais du petit fleuve Jourdain. C’est une demande qui laisse Naaman perplexe, et même surpris : quel Dieu peut être celui qui demande quelque chose d’aussi simple ? Il veut faire marche arrière, mais ensuite il fait le pas, il se plonge dans le Jourdain et il guérit immédiatement (cf. 2 R 5, 1-14). Voici, Dieu nous surprend ; il est vraiment dans la pauvreté, dans la faiblesse, dans l’humilité qui se manifeste et nous donne son amour qui nous sauve, nous guérit et nous donne force. Il demande seulement que nous suivions sa parole et que nous ayons confiance en Lui.

C’est l’expérience de la Vierge Marie : devant l’annonce de l’Ange, elle ne cache pas son étonnement. C’est la stupeur de voir que, pour se faire homme, Dieu l’a vraiment choisie, elle, une simple jeune fille de Nazareth, qui ne vit pas dans les palais du pouvoir et de la richesse, qui n’a pas accompli des exploits, mais qui est ouverte à Dieu, sait se fier à Lui, même si elle ne comprend pas tout : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). C’est sa réponse. Dieu nous surprend toujours, il rompt nos schémas, bouleverse nos projets, et nous dit : fais-moi confiance, n’aie pas peur, laisse-toi surprendre, sors de toi-même et suis-moi !

Aujourd’hui demandons-nous tous si nous avons peur de ce que Dieu pourrait me demander ou de ce qu’il me demande. Est-ce que je me laisse surprendre par Dieu, comme a fait Marie, ou est-ce que je m’enferme dans mes sécurités, sécurités matérielles, sécurités intellectuelles, sécurités idéologiques, sécurités de mes projets ? Est-ce que je laisse vraiment Dieu entrer dans ma vie ? Comment est-ce que je lui réponds ?

2. Dans le passage de saint Paul que nous avons écouté, l’Apôtre s’adresse à son disciple Timothée en lui disant de se souvenir de Jésus Christ, si nous persévérons avec Lui, avec Lui aussi nous règnerons (cf. 2 Tm 2, 8-13). Voici le deuxième point : se souvenir toujours du Christ, la mémoire de Jésus Christ, et cela c’est persévérer dans la foi. Dieu nous surprend avec son amour, mais il demande la fidélité dans le fait de le suivre. Nous pouvons devenir « non-fidèles », mais lui ne le peut pas, il est « le fidèle » et il nous demande la même fidélité. Pensons à toutes ces fois où nous nous sommes enthousiasmés pour quelque chose, pour une initiative, pour un engagement, mais ensuite, face aux premiers problèmes, nous avons jeté l’éponge. Et malheureusement, cela arrive aussi dans les choix fondamentaux, comme celui du mariage. La difficulté d’être constants, d’être fidèles aux décisions prises, aux engagements pris. Il est souvent facile de dire « oui », mais ensuite, on n’arrive pas à répéter ce « oui » chaque jour. On ne réussit pas à être fidèles.

Marie a dit son « oui » à Dieu, un « oui » qui a bouleversé son humble existence de Nazareth, mais ce « oui » n’a pas été l’unique, au contraire il a été seulement le premier de beaucoup de « oui » prononcés dans son cœur dans ses moments joyeux, comme aussi dans les moments de douleur, beaucoup de « oui » qui atteignent leur sommet dans celui dit au pied de la Croix. Aujourd’hui, il y a ici beaucoup de mamans ; pensez jusqu’où est arrivée la fidélité de Marie à Dieu : voir son Fils unique sur la Croix. La femme fidèle, debout, détruite à l’intérieur, mais fidèle et forte.

Et je me demande : suis-je un chrétien “par à-coups”, ou suis-je un chrétien toujours ? La culture du provisoire, du relatif pénètre aussi dans la vie de la foi. Dieu nous demande de lui être fidèles, chaque jour, dans les actions quotidiennes et il ajoute que, même si parfois nous ne lui sommes pas fidèles, Lui est toujours fidèle et avec sa miséricorde il ne se lasse pas de nous tendre la main pour nous relever, de nous encourager à reprendre la marche, pour revenir à Lui et lui dire notre faiblesse pour qu’il nous donne sa force. Et cela c’est le chemin définitif : toujours avec le Seigneur, même dans nos faiblesses, même dans nos péchés. Ne jamais aller sur la route du provisoire. Cela nous tue. La foi est fidélité définitive, comme celle de Marie.

3. Le dernier point : Dieu est notre force. Je pense aux dix lépreux de l’Évangile guéris par Jésus : ils vont à sa rencontre, ils s’arrêtent à distance et ils crient : « Jésus, maître, prends pitié de nous ! » (Lc 17, 13). Ils sont malades, ils ont besoin d’être aimés, d’avoir de la force et ils cherchent quelqu’un qui les guérisse. Et Jésus répond en les libérant tous de leur maladie. C’est impressionnant, cependant, de voir qu’un seul revient sur ses pas pour louer Dieu, haut et fort, et le remercier. Jésus lui-même le remarque : dix ont crié pour obtenir la guérison et un seul est revenu pour crier à haute voix son merci à Dieu et reconnaître que c’est Lui notre force. Savoir remercier, savoir louer pour ce que le Seigneur fait pour nous.

Regardons Marie : après l’Annonciation, le premier geste qu’elle accomplit est un geste de charité envers sa vieille parente Élisabeth ; et les premières paroles qu’elle prononce sont : « Mon âme exalte le Seigneur », c’est-à-dire un chant de louange et d’action de grâce à Dieu, non seulement pour ce qu’il a fait en elle, mais aussi pour son action dans toute l’histoire du salut. Tout est donné par lui. Si nous pouvons comprendre que tout est don de Dieu, quel bonheur dans notre cœur ! Tout est donné par lui. Il est notre force ! Dire merci est si facile, et pourtant si difficile ! Combien de fois nous disons-nous merci en famille ? C’est un des mots-clés de la vie en commun. « Vous permettez », « excusez-moi », « merci » : si dans une famille on se dit ces trois mots, la famille progresse. « Vous permettez », « excusez-moi », « merci ». Combien de fois disons-nous « merci » en famille ? Combien de fois disons-nous merci à celui qui nous aide, nous est proche, nous accompagne dans la vie ? Souvent nous tenons tout pour acquis ! Et cela arrive aussi avec Dieu. C’est facile d’aller chez le Seigneur demander quelque chose, mais aller le remercier : « Bah, je n’y pense pas ».

En continuant la célébration eucharistique invoquons l’intercession de Marie, pour qu’elle nous aide à nous laisser surprendre par Dieu sans opposer de résistance, à lui être fidèles chaque jour, à le louer et à le remercier, car c’est lui notre force. Amen.

* * *

ACTE DE CONSÉCRATION À MARIE

Bienheureuse Vierge de Fátima, avec une gratitude renouvelée pour ta présence maternelle nous unissons notre voix à celle de toutes les générations qui te disent bienheureuse.

Nous célébrons en toi les grandes œuvres de Dieu, qui jamais ne se lasse de se pencher avec miséricorde sur l’humanité, affligée par le mal et blessée par le péché, pour la guérir et pour la sauver.

Accueille avec ta bienveillance de Mère l’acte de consécration que nous accomplissons aujourd’hui avec confiance, devant ton image qui nous est si chère.

Nous sommes assurés que chacun de nous est précieux à tes yeux et que rien ne t’est étranger de tout ce qui habite dans nos cœurs. Nous nous laissons embrasser par ton très doux regard et recevons la caresse réconfortante de ton sourire.

Protège notre vie entre tes bras: bénis et renforce tout désir de bien ; ravive et nourris la foi ; soutiens et illumine l’espérance ; suscite et anime la charité ; guide nous tous sur le chemin de la sainteté.

Enseigne-nous ton amour de prédilection pour les petits et les pauvres, pour les exclus et les personnes qui souffrent, pour les pécheurs et les égarés du cœur : rassemble tous les hommes sous ta protection et confie les tous à ton Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus. Amen.

"Quand nous sentons le poids de nos faiblesses, de nos péchés, regardons Marie"

Message du pape François pour la veillée mariale de nuit
Le pape François a adressé un message vidéo aux différents sanctuaires du monde connectés avec le sanctuaire romain du "Divin Amour", aux portes de Rome lors de la veillée mariale : un traditionnel pèlerinage aux flambeau à pied dans la nuit, le samedi soir, sur la Via Ardeatina. C'est là que la statue de la Vierge de Fatima a été portée pendant la nuit par les Romains.

Chers frères et sœurs,

Je salue tous les pèlerins présents au sanctuaire du Divino Amore et ceux qui sont reliés depuis les sanctuaires mariaux de Lourdes, Nazareth, Lujan, Vailankanni, Guadalupe, Akita, Nairobi, Banneux, Czestochowa et Marian Valley.

Ce soir, je me sens uni à vous tous dans la prière du Saint Rosaire et de l’Adoration Eucharistique, sous le regard de la Vierge Marie.

Le regard ! Combien c’est important ! Tant de choses peuvent se dire avec un regard ! Affection, encouragement, compassion, amour, mais aussi réprobation, envie, orgueil et même haine. Souvent le regard dit plus que les paroles, ou dit ce que les paroles ne réussissent pas ou n’osent pas dire.

Qui la Vierge Marie regarde-t-elle ? Elle nous regarde tous, chacun de nous. Et comment nous regarde-t-elle ? Elle nous regarde comme une Mère, avec tendresse, avec miséricorde, avec amour. C’est ainsi qu’elle a regardé son Fils Jésus, à tous les moments de sa vie, joyeux, lumineux, douloureux, glorieux, comme nous le contemplons dans les Mystères du Saint Rosaire, simplement avec amour.

Quand nous sommes fatigués, découragés, écrasés par les problèmes, regardons Marie, sentons son regard qui dit à notre cœur : « Courage, mon enfant, c’est moi qui te soutiens ! » La Vierge nous connaît bien, elle est une maman, elle sait bien quelles sont nos joies et nos difficultés, nos espérances et nos déceptions. Quand nous sentons le poids de nos faiblesses, de nos péchés, regardons Marie, qui dit à notre cœur : « Relève-toi, va chez mon Fils Jésus, en lui tu trouveras accueil, miséricorde, et une force nouvelle pour continuer le chemin ».

Le regard de Marie ne s’adresse pas seulement à nous. Au pied de la Croix, quand Jésus lui confie l’Apôtre Jean, et avec lui nous tous, en disant : « Femme, voici ton fils » (Jn 19, 26), le regard de Marie est fixé sur Jésus. Et Marie nous dit, comme aux noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5). Marie indique Jésus, elle nous invite à témoigner de Jésus, elle nous conduit toujours à son Fils Jésus, parce qu’en lui seul se tr
ouve le salut, lui seul peut transformer l’eau de la solitude, de la difficulté, du péché, en vin de la rencontre, de la joie, du pardon. Lui seul.

« Bienheureuse parce que tu as cru !» Marie est bienheureuse par sa foi en Dieu, par sa foi, parce que le regard de son cœur a toujours été fixé sur Dieu, sur le Fils de Dieu qu’elle a porté dans son sein et qu’elle a contemplé sur la Croix. Dans l’adoration du Saint Sacrement, Marie nous dit : « Regarde mon Fils Jésus, tiens le regard fixé sur lui, écoute-le, parle avec lui. Il te regarde avec amour. N’aie pas peur ! Il t’enseignera à le suivre pour témoigner de lui, dans les grandes et les petites actions de ta vie, dans les relations de famille, dans ton travail, dans les moments de fête ; il t’enseignera à sortir de toi-même, pour regarder les autres avec amour, de même que lui t’a aimé et t’aime, non en paroles mais par les faits ».

Ô Marie, fais-nous sentir ton regard de Mère, conduis-nous à ton Fils, fais que nous ne soyons pas des chrétiens de « vitrine », mais des chrétiens qui sachent « se salir les mains » pour construire, avec ton Fils Jésus, son Royaume d’amour, de joie et de paix.

samedi 12 octobre 2013

Prière mariale pour l'Année de la Foi

Marie nous conduit toujours à Jésus

Discours du Pape François à la Prière pour la Journée Mariale à l'occasion de l'Année de la Foi.


Chers frères et sœurs,

Cette rencontre de l’Année de la foi est consacrée à Marie, Mère du Christ et de l’Église, notre Mère. Sa statue, venue de Fatima, nous aide à sentir sa présence au milieu de nous. Il y a une réalité : Marie nous conduit toujours à Jésus. Elle est une femme de foi, une vraie croyante. Nous pouvons nous demander : comment a été la foi de Marie ?

1. Le premier élément de sa foi est celui-ci : la foi de Marie dénoue le nœud du péché (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 56). Qu’est-ce que cela signifie ? Les Pères conciliaires [de Vatican II] ont repris une expression de Saint Irénée qui dit : « Le nœud noué par la désobéissance d’Ève a été dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l’a délié par sa foi » (Adversus HaeresesIII, 22, 4).

Voilà. Le « nœud » de la désobéissance, le « nœud » de l’incrédulité. Quand un enfant désobéit à sa maman ou à son papa, nous pourrions dire que se forme un petit « nœud ». Cela arrive si l’enfant agit en se rendant compte de ce qu’il fait, particulièrement s’il y a un mensonge ; dès lors il n’a confiance ni en sa maman ni en son papa. Vous savez que de fois cela arrive ! Alors la relation avec les parents a besoin d’être assainie de cette faute et, en effet, il s’excuse, pour qu’il y ait de nouveau harmonie et confiance. Quelque chose de semblable advient dans notre relation avec Dieu. Quand nous ne l’écoutons pas, ne suivons pas sa volonté, nous accomplissons des actions concrètes par lesquelles nous manifestons un manque de confiance en lui – et c’est le péché – il se forme comme un nœud dans notre être intime. Et ces nœuds nous ôtent la paix et la sérénité. Ils sont dangereux, car de plusieurs nœuds peut se former un enchevêtrement, qui est toujours plus douloureux et toujours plus difficile à dénouer.

Mais à la miséricorde de Dieu – nous le savons – rien n’est impossible ! Même les nœuds les plus emmêlés se dénouent avec sa grâce. Et Marie, qui, par son « oui », a ouvert la porte à Dieu pour dénouer le nœud de l’ancienne désobéissance, est la mère qui, avec patience et tendresse, nous conduit à Dieu, afin qu’il dénoue les nœuds de notre âme avec sa miséricorde de Père. Chacun de nous en a quelques-uns, et nous pouvons nous demander dans notre cœur : quels nœuds y-a-t-il dans ma vie ? « Père, les miens ne peuvent pas se dénouer ! » Mais c’est une erreur ! Tous les nœuds du cœur, tous les nœuds de la conscience peuvent être dénoués. Est-ce que je demande à Marie de m’aider à avoir confiance en la miséricorde de Dieu, pour les dénouer, pour changer ? Elle, femme de foi, nous dira sûrement : « Avance, va chez le Seigneur : lui te comprend ». Et elle nous conduit par la main, Mère, Mère, vers la tendresse du Père, du Père de la miséricorde.

2. Deuxième élément : la foi de Marie donne chair humaine à Jésus. Le Concile dit : « Par sa foi et son obéissance, elle a engendré sur la terre le propre Fils du Père, et cela sans connaître d’homme, mais couverte de l’ombre du Saint-Esprit » ( Const. Dogm. Lumen gentium n. 63). C’est un point sur lequel les Pères de l’Église ont beaucoup insisté : Marie a conçu Jésus dans la foi et ensuite dans la chair, quand il a dit « oui » à l’annonce que Dieu lui a adressée par l’intermédiaire de l’Ange. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il n’a pas voulu se faire homme en ignorant notre liberté, il a voulu passer par le libre assentiment de Marie, à travers son « oui ». Il lui a demandé : « Es-tu disposée à cela ? ». Et elle a dit : « Oui ».

Mais ce qui s’est produit dans la Vierge Mère de manière unique, se réalise aussi sur plan spirituel en nous quand nous accueillons la Parole de Dieu avec un cœur bon et sincère et que nous la mettons en pratique. C’est comme si Dieu prenait chair en nous, il vient habiter en nous, car il prend demeure en ceux qui l’aiment et observent sa Parole. Il n’est pas facile de comprendre cela, mais, oui, c’est facile de le sentir dans le cœur.

Pensons-nous que l’incarnation de Jésus est seulement un fait du passé, qui ne nous engage pas personnellement ? Croire en Jésus signifie lui offrir notre chair, avec l’humilité et le courage de Marie, pour qu’il puisse continuer d’habiter au milieu des hommes ; croire en Jésus signifie lui offrir nos mains pour caresser les petits et les pauvres ; nos pieds pour aller à la rencontre de nos frères ; nos bras pour soutenir celui qui est faible et travailler dans la vigne du Seigneur ; notre esprit pour penser et faire des projets à la lumière de l’Évangile ; et, surtout offrir notre cœur pour aimer et prendre des décisions selon la volonté de Dieu. Tout cela se réalise grâce à l’action de l’Esprit Saint. Et ainsi nous sommes les instruments de Dieu pour que Jésus agisse dans le monde à travers nous.

3. Et le dernier élément est la foi de Marie comme une marche : le Concile affirme que Marie « avança dans son pèlerinage de foi » (ibid. n. 58). C’est pourquoi elle nous précède dans ce pèlerinage, elle nous accompagne, nous soutient.

Dans quel sens la foi de Marie a été une marche ? Dans le sens que, toute sa vie, elle a suivi son Fils : c’est lui – lui Jésus – la route, c’est lui le chemin ! Progresser dans la foi, avancer dans ce pèlerinage spirituel qu’est la foi, n’est autre que suivre Jésus ; l’écouter et se laisser guider par ses paroles ; voir comment il se comporte et mettre nos pieds dans ses pas, avoir ses sentiments et ses attitudes mêmes. Et quels sont les sentiments et les attitudes de Jésus ? Humilité, miséricorde, proximité, mais aussi ferme refus de l’hypocrisie, de la duplicité, de l’idolâtrie. Le chemin de Jésus est celui de l’amour fidèle jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice de sa vie, c’est le chemin de la croix. C’est pourquoi le chemin de la foi passe par la croix et Marie l’a compris dès le début, quand Hérode voulait tuer Jésus qui venait de naître. Mais ensuite, cette croix est devenue plus profonde, quand Jésus a été rejeté : Marie était toujours avec Jésus, elle suivait Jésus au milieu du peuple, et elle entendait les bavardages, les paroles odieuses de ceux qui n’aimaient pas le Seigneur. Et cette croix, elle l’a portée ! Alors la foi de Marie a fait face à l’incompréhension et au mépris. Quand est arrivée l’« heure » de Jésus, l’heure de la passion : alors la foi de Marie a été la petite flamme dans la nuit, cette petite flamme en pleine nuit. Dans nuit du samedi-saint Marie a veillé. Sa petite flamme, petite mais claire, a été allumée dès l’aube de la Résurrection ; et quand elle a appris que le tombeau était vide, dans son cœur a débordé la joie de la foi, la foi chrétienne en la mort et résurrection de Jésus Christ. Parce que la foi nous conduit toujours à la joie, et elle, elle est la Mère de la joie : qui nous enseigne à aller par ce chemin de la joie et à vivre cette joie ! C’est le point culminant - cette joie, cette rencontre de Jésus et de Marie, mais imaginons comment cela a été… Cette rencontre est le point culminant de la marche de la foi de Marie et de toute l’Église. Comment est notre foi ? Est-ce que nous la tenons allumée, comme Marie, même dans les moments difficiles, les moments de ténèbres ? Ai-je ressenti la joie de la foi ?

Ce soir, Mère, nous te remercions pour ta foi, de femme forte et humble ; nous renouvelons notre confiance en toi, Mère de notre foi. Amen.