mardi 21 janvier 2014

Le Seigneur désire une Église pauvre qui évangélise les pauvres

Message du Pape François pour la Journée Mondiale de la Jeunesse 2014.

Bien chers jeunes,

L’extraordinaire rencontre que nous avons vécue à Rio de Janeiro, lors de la XXVIIIème  Journée Mondiale de la Jeunesse, est encore imprimée dans ma mémoire : une grande fête de la foi et de la fraternité ! La population brésilienne nous a accueillis à bras ouverts, comme la statue du Christ Rédempteur qui, du haut du Corcovado domine la magnifique baie de Copacabana. Au bord de la mer, Jésus a renouvelé son appel pour que chacun de nous devienne son disciple-missionnaire, qu’il le découvre comme le trésor le plus précieux de sa vie et partage cette richesse avec les autres, proches et lointains, jusqu’aux extrêmes périphéries géographiques et existentielles de notre temps.

La prochaine étape du pèlerinage intercontinental des jeunes sera à Cracovie, en 2016. Pour rythmer notre marche, j’aimerais, durant les trois années qui viennent, réfléchir avec vous sur les Béatitudes évangéliques que nous pouvons lire dans l’Évangile selon saint Matthieu (5, 1-12). Cette année nous commencerons par méditer la première : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3) ; pour 2015 je propose « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8) ; et enfin, en 2016, le thème sera « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).

1. La force révolutionnaire des Béatitudes

Cela fait toujours du bien de lire et de méditer les Béatitudes ! Jésus les a proclamées au cours de sa première grande prédication, au bord du lac de Galilée. Il y avait une grande foule et il est monté sur la colline, pour instruire ses disciples, c’est pourquoi cette prédication est appelée “le discours sur la montagne”. Dans la Bible, la montagne est perçue comme le lieu où Dieu se révèle, et Jésus en prêchant sur la colline se présente comme le maître divin, comme le nouveau Moïse. Et que révèle-t-il ? Jésus révèle le chemin de la vie, ce chemin qu’il parcourt lui-même, plus encore, qu’il est lui-même, et il le propose comme le chemin du vrai bonheur. Pendant toute sa vie, de sa naissance dans la grotte de Bethléem jusqu’à sa mort sur la croix et sa résurrection, Jésus a incarné les Béatitudes. Toutes les promesses du Royaume de Dieu se sont accomplies en lui.

En proclamant les Béatitudes, Jésus nous invite à le suivre, à parcourir avec lui la voie de l’amour, la seule qui conduise à la vie éternelle. Ce n’est pas une route facile, mais le Seigneur nous assure de sa grâce et il ne nous laisse jamais seuls. La pauvreté, les afflictions, les humiliations, les luttes pour la justice, les fatigues de la conversion quotidienne, les combats pour vivre l’appel à la sainteté, les persécutions et bien d’autres défis sont présents dans notre vie. Mais si nous ouvrons la porte au Christ, si nous le laissons entrer dans notre histoire, si nous partageons avec lui nos joies et nos souffrances, nous ferons l’expérience d’une paix et d’une joie que seul Dieu, amour infini, peut nous donner.

Les Béatitudes de Jésus sont porteuses d’une nouveauté révolutionnaire, d’un modèle de bonheur contraire à celui qui nous est communiqué habituellement par les médias, par la pensée dominante. Pour la mentalité du monde, c’est un scandale que Dieu soit venu se faire l’un d’entre nous, qu’il soit mort sur une croix ! Dans cette logique mondaine, ceux que Jésus proclame bienheureux sont considérés comme “perdants”, faibles. Au contraire le succès à tout prix, le bien être, l’arrogance du pouvoir, l’affirmation de soi au dépens des autres, sont exaltés.

Jésus nous interpelle, chers jeunes, pour que nous répondions à son offre de vie, pour que nous décidions quelle voie nous voulons parcourir pour arriver à la vraie joie. Il s’agit d’un grand défi pour la foi. Jésus n’a pas eu peur de demander à ses disciples s’ils voulaient vraiment le suivre ou s’ils préféraient s’en aller par d’autres chemins (cf. Jn 6, 67). Et Simon surnommé Pierre a eu le courage de répondre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68). Si vous aussi savez dire “oui” à Jésus, votre vie de jeune se remplira de sens, et ainsi, elle sera féconde.

2. Le courage du bonheur

Mais que signifie au juste le mot “bienheureux” (en grec makarioi) ? Cela veut dire vraiment heureux. Alors, dites-moi : aspirez-vous vraiment au bonheur ? À une époque où l’on est attiré par tant d’apparences de bonheurs, on risque de se contenter de peu, ou d’avoir une idée de la vie “en miniature”. Au contraire, aspirez à de grandes choses ! Élargissez vos cœurs ! Comme disait le bienheureux Pier Giorgio Frassati, « vivre sans foi, sans patrimoine à défendre, sans soutenir une lutte continue pour la vérité, ce n’est pas vivre mais vivoter. Nous ne devons jamais vivoter, mais vivre » (Lettre à I. Bonini, 27 février 1925). Le jour de la Béatification de Pier Giorgio Frassati, le 20 mai 1990, Jean-Paul II l’a appelé “l’homme des Béatitudes” (Homélie de la Messe : AAS  82 [1990], 1518).

Si vraiment vous laissez émerger les aspirations les plus profondes de votre cœur, vous vous rendrez compte qu’il y a une soif inextinguible de bonheur en vous, et c’est cela qui vous permettra de distinguer et de refuser les nombreuses offres “à bon prix” que vous rencontrez autour de vous. Quand nous recherchons le succès, le plaisir, la possession égoïste et que nous en faisons des idoles, nous pouvons, certes, expérimenter des moments d’ivresse, une fausse impression de satisfaction ; mais à la fin nous devenons esclaves, nous ne sommes jamais satisfaits, nous sommes poussés à vouloir toujours plus. Et c’est vraiment triste de voir une jeunesse “repue”, mais molle.

Saint Jean écrivait aux jeunes en leur disant : « vous êtes forts, la parole de Dieu demeure en vous et vous avez vaincu le Mauvais » (1 Jn 2, 14). Les jeunes qui choisissent le Christ sont forts, ils se nourrissent de sa Parole et ils ne “se goinfrent” pas d’autres choses ! Ayez le courage d’aller à contre-courant. Ayez le courage du vrai bonheur ! Dites non à la culture du provisoire, de la superficialité et du rejet, qui ne vous estime pas capables d’assumer des responsabilités et d’affronter les grands défis de la vie !

3. Heureux les pauvres de cœur…

La première Béatitude, le thème de la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse, déclare bienheureux les pauvres de cœur, parce que le Royaume des Cieux leur appartient. En des temps où de nombreuses personnes souffrent à cause de la crise économique, associer la pauvreté et le bonheur peut sembler un contre sens. Comment pouvons-nous concevoir la pauvreté comme une bénédiction ?

Essayons d’abord de comprendre ce que signifie “pauvres de cœur”. Quand le Fils de Dieu s’est fait homme, il a choisi la voie de la pauvreté, du dépouillement. Comme le dit saint Paul dans la Lettre aux Philippiens : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes ». (2, 5-7). Jésus est Dieu qui se dépouille de sa gloire. Nous voyons ici le choix de la pauvreté de Dieu : de riche qu’il était, il s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté (cf. 2 Cor 8, 9). C’est le mystère que nous contemplons dans la crèche, en voyant le Fils de Dieu dans une mangeoire ; puis sur la croix, où le dépouillement arrive à son comble.

L’adjectif grec ptochós (pauvre) n’a pas seulement une signification matérielle, mais veut dire “mendiant”. Il est relié au concept juif d’anawim, les “pauvres du Seigneur”, qui évoque humilité, conscience de ses propres limites, de sa propre condition existentielle de pauvreté. Les anawim se fient au Seigneur, ils savent qu’ils dépendent de Lui.

Comme a bien su le voir sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, dans son Incarnation Jésus se présente comme un mendiant, un nécessiteux en quête d’amour. Le Catéchisme de l’Église Catholique parle de l’homme comme d’un “mendiant de Dieu” (n. 2559) et il nous dit que la prière est la rencontre de la soif de Dieu avec notre soif (n. 2560).

Saint François d’Assise a très bien compris le secret de la Béatitude des pauvres de cœur. En effet, quand Jésus lui parla en la personne du lépreux et du Crucifié, il reconnut la grandeur de Dieu et l’humilité de sa propre condition. Dans sa prière le Poverello passait des heures à demander au Seigneur : « Qui es-tu ? Qui suis-je ? ». Il se dépouilla d’une vie aisée et insouciante pour épouser “Dame Pauvreté”, pour imiter Jésus et suivre l’Évangile à la lettre. François a vécu l’imitation du Christ pauvre et l’amour pour les pauvres de façon indissociable, comme les deux faces d’une même médaille.

Vous pourrez donc me demander : comment pouvons-nous concrètement  transformer cette pauvreté de cœur en un style de vie qui influence réellement notre existence ? Je vous réponds en trois points.

Essayez avant tout d’être libres en face des choses. Le Seigneur nous appelle à un style de vie évangélique caractérisé par la sobriété, à ne pas céder à la culture de la consommation. Il faut rechercher ce qui est essentiel, apprendre à se dépouiller des mille choses superflues et inutiles qui nous étouffent. Détachons-nous du désir de posséder ; ne faisons pas de l’argent une idole, pour ensuite le gaspiller. Mettons Jésus à la première place. Lui peut nous libérer de l’idolâtrie qui nous rend esclaves. Chers jeunes, ayez confiance en Dieu ! Il nous connaît, il nous aime et ne nous oublie jamais. De même qu’il prend soin du lys des champs (cf. Mt 6, 28), il ne nous laissera manquer de rien ! Pour vaincre la crise économique, il faut aussi être prêt à changer de style de vie, et à éviter les nombreux gaspillages. De même qu’il est nécessaire d’avoir le courage du bonheur, il faut avoir aussi le courage de la sobriété.

Deuxièmement, pour vivre cette Béatitude nous avons tous besoin d’une conversion en ce qui concerne les pauvres. Nous devons prendre soin d’eux, être sensibles envers leurs nécessités spirituelles et matérielles. À vous les jeunes, je confie d’une façon particulière la tâche de remettre la solidarité au centre de la culture humaine. Face aux anciennes et aux nouvelles formes de pauvreté – le chômage, l’émigration, les dépendances en tout genre –, nous avons le devoir d’être attentifs et vigilants, et de vaincre la tentation de l’indifférence. Pensons aussi à ceux qui ne se sentent pas aimés, qui n’ont pas d’espoir pour l’avenir, qui renoncent à s’engager dans la vie parce qu’ils sont découragés, déçus, craintifs. Nous devons apprendre à rester avec les pauvres. N’ayons pas la bouche pleine de belles paroles sur les pauvres ! Rencontrons-les, regardons-les dans les yeux, écoutons-les. Les pauvres sont pour nous une occasion concrète de rencontrer le Christ lui-même, de toucher sa chair souffrante.

Mais – et voici le troisième point – les pauvres ne sont pas seulement des personnes à qui nous pouvons donner quelque chose. Eux aussi ont beaucoup à nous offrir et à nous apprendre. Nous avons tant à apprendre de la sagesse des pauvres ! Pensez qu’un saint du XVIIIème siècle, Benoît Joseph Labre, qui dormait dans les rues de Rome et vivait des dons faits par les gens, était devenu le conseiller spirituel d’un grand nombre de personnes, parmi lesquelles même des nobles et des prélats. D’une certaine façon, les pauvres sont comme des maîtres pour nous. Ils nous montrent qu’une personne ne vaut pas tant par ce qu’elle possède ou par ce qu’elle a sur son compte en banque. Un pauvre, une personne privée de biens matériels, conserve toujours sa dignité. Les pauvres peuvent nous en apprendre beaucoup aussi sur l’humilité et la confiance en Dieu. Dans la parabole du pharisien et du publicain (Lc18, 9-14), Jésus présente ce dernier comme un modèle parce qu’il est humble et se reconnaît pécheur. De même la veuve qui jette deux petites pièces dans le trésor du temple est un exemple de la générosité de celui qui n’ayant pratiquement rien, donne tout (Lc 21,1-4).

4. … parce que le Royaume des Cieux est à eux

Le thème central de l’Évangile de Jésus est le Royaume de Dieu. Jésus est le Royaume de Dieu en personne, il est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. C’est dans le cœur de l’homme que s’installe le Royaume de Dieu et que son règne avance. Le Royaume est à la fois un don et une promesse. Il nous est déjà donné en Jésus, mais il doit encore s’accomplir en plénitude. C’est pourquoi nous prions le Père chaque jour : « Que ton règne vienne ».

Il existe un lien profond entre pauvreté et évangélisation, entre le thème de la dernière Journée Mondiale de la Jeunesse – « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19) – et celui de cette année : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3). Le Seigneur désire une Église pauvre et qui évangélise les pauvres. Quand il envoya les Douze en mission, Jésus leur dit : « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton : car l’ouvrier mérite sa nourriture » (Mt 10, 9-10). La pauvreté évangélique est la condition fondamentale pour que le Royaume de Dieu s’étende. Les joies les plus belles et spontanées que j’ai vues au cours de ma vie sont celles de personnes pauvres et qui ont peu de choses à quoi tenir. L’évangélisation de notre temps sera possible seulement à travers la contagion de la joie.

Comme nous l’avons vu, la Béatitude des pauvres de cœur oriente notre rapport avec Dieu, avec les biens matériels et avec les pauvres. Face à l’exemple et aux paroles de Jésus, nous sentons combien notre conversion est nécessaire, afin que la logique de l’être plus l’emporte sur celle de l’avoir plus ! Les saints peuvent vraiment nous aider à comprendre le sens profond des Béatitudes. La canonisation de Jean-Paul II le deuxième dimanche de Pâques, est en ce sens un événement qui remplit notre cœur de joie. Ce sera lui le grand patron des JMJ, dont il a été l’initiateur et le leader. Et il restera pour vous tous, dans la communion des saints, un père et un ami.

Au mois d’avril prochain nous fêterons également le trentième anniversaire de la remise aux jeunes de la Croix du Jubilé de la Rédemption. C’est justement à partir de cet acte symbolique de Jean-Paul II que commença le grand pèlerinage des jeunes qui, depuis lors, continue de traverser les cinq continents. Beaucoup se souviennent des paroles avec lesquelles, le dimanche de Pâques 1984, le Pape accompagna son geste : « Très chers jeunes, au terme de cette Année Sainte, je vous confie le signe même de cette année jubilaire : la Croix du Christ ! Apportez-la au monde comme signe de notre Seigneur Jésus-Christ pour l'humanité, et annoncez à tous que le Salut et la Rédemption ne se trouvent que dans le Christ, mort et ressuscité ».

Chers jeunes, le Magnificat, le cantique de Marie, pauvre de cœur, est aussi le chant de quiconque vit les Béatitudes. La joie de l’Évangile jaillit d’un cœur pauvre, qui sait exulter et s’émerveiller pour les œuvres de Dieu, comme le cœur de la Vierge, que toutes les générations appellent “bienheureuse” (cf. Lc 1, 48). Mère des pauvres, Étoile de la nouvelle évangélisation, qu’Elle nous aide à vivre l’Évangile, à incarner les Béatitudes dans notre vie, et à avoir le courage du bonheur.

Du Vatican, le 21 janvier 2014, mémoire de sainte Agnès, vierge et martyre.

dimanche 19 janvier 2014

Jésus est le véritable agneau pascal qui s’immerge dans le fleuve de notre péché pour nous purifier

Paroles du Pape François avant l'Angelus.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Avec la fête du baptême du Seigneur, célébrée dimanche dernier, nous sommes entrés dans le temps liturgique appelé « ordinaire ». En ce deuxième dimanche, l’Évangile nous présente la scène de la rencontre entre Jésus et Jean-Baptiste, près du fleuve du Jourdain. Celui qui raconte est le témoin oculaire, Jean l’Évangéliste, qui avant d’être disciple de Jésus était disciple de Jean-Baptiste, avec son frère Jacques, avec Simon et André, tous de la Galilée, tous pêcheurs. Jean-Baptiste voit Jésus qui avance parmi la foule et, inspiré d’en-haut, reconnaît en Lui l’envoyé de Dieu, qu’il introduit avec ces paroles : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29).

Le verbe qui est traduit par « enlève » signifie littéralement « soulever », « prendre sur soi ». Jésus est venu dans le monde avec une mission précise : le libérer de l’esclavage du péché, en se chargeant des fautes de l’humanité. De quelle façon ? En aimant. Il n’y a pas d’autre façon de vaincre le mal et le péché sinon avec l’amour qui pousse à donner sa vie pour les autres. Dans le témoignage de Jean-Baptiste, Jésus a les traits du Serviteur du Seigneur, qui « portait nos souffrances, qui s’est chargé de nos douleurs » (Is 53, 4), jusqu’à mourir sur la croix. Il est le véritable agneau pascal, qui s’immerge dans le fleuve de notre péché, pour nous purifier.

Jean-Baptiste voit devant lui un homme qui se met dans la file avec les pécheurs pour se faire baptiser, alors qu’il n’en a pas besoin. Un homme que Dieu a envoyé dans le monde comme agneau immolé. Dans le Nouveau Testament, le terme « agneau » revient plusieurs fois et fait toujours référence à Jésus. Cette image de l’agneau pourrait surprendre ; en effet, un animal qui ne se caractérise pas par sa force et sa robustesse porte sur ses épaules un poids si oppressant. La masse énorme du mal est enlevée et emportée par une créature faible et fragile, symbole d’obéissance, de docilité et d’amour sans défense, qui va jusqu’à se sacrifier elle-même. L’agneau n’est pas un dominateur, mais il est docile ; il n’est pas agressif, mais pacifique ; il ne montre pas les griffes ou les crocs quelle que soit l’attaque, mais il supporte et est soumis. Et Jésus est ainsi! Jésus est ainsi, comme un agneau.

Qu’est-ce que signifie pour l’Église, pour nous, aujourd’hui, être disciples de Jésus Agneau de Dieu ? Cela signifie mettre l’innocence à la place de la méchanceté, l’amour à la place de la force, l’humilité à la place de l’orgueil, le service à la place du prestige. C’est un gros travail ! Nous chrétiens, devons faire ceci : mettre l’innocence à la place de la méchanceté, l’amour à la place de la force, l’humilité à la place de l’orgueil, le service à la place du prestige. Être disciples de l’Agneau signifie non pas vivre comme une « citadelle assiégée », mais comme une ville sur un mont, ouverte, accueillante, solidaire. Cela veut dire non pas prendre des attitudes de fermeture, mais proposer l’Évangile à tous, en témoignant par notre vie que suivre Jésus nous rend plus libres et plus joyeux.

La confiance dans le Seigneur : voilà la clé du succès de la vie

Homélie du Pape François prononcée à l'occasion de sa visite pastorale à la paroisse romaine du Sacré-Coeur de Jésus à Castro Petrorio.


Il est beau, ce passage de l’Évangile. Jean qui baptisait ; et Jésus, qui avait été baptisé avant — quelques jours auparavant —, est venu et il est passé devant Jean. Et Jean a senti en lui la force de l’Esprit-Saint pour rendre témoignage à Jésus. En le regardant, et en regardant la foule qui l’entourait, Il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde  ». Et il rend témoignage à Jésus ; voici Jésus, voici celui qui vient nous sauver ; voici celui qui nous donnera la force de l’espérance.

Jésus est appelé l’Agneau : il est l’Agneau qui enlève le péché du monde. On peut penser : mais comment un agneau, si faible, un faible petit agneau, comment peut-il enlever tant de péchés, tant de méchancetés ? Par l’Amour. Par sa douceur. Jésus n’a jamais cessé d’être un agneau : doux, bon, plein d’amour, proche des petits, proche des pauvres. Il était là, parmi les gens, il guérissait tout le monde, il enseignait, il priait. Jésus, si faible, comme un agneau. Mais il a eu la force de porter sur lui tous nos péchés, tous. « Mais, Père, vous ne connaissez pas ma vie ; moi, j’en ai un... que je ne peux même pas porter avec un camion… ». Bien souvent, quand nous regardons notre conscience, nous en trouvons certains qui sont gros ! Mais Lui, il les porte. Il est venu pour cela : pour pardonner, pour faire la paix dans le monde, mais auparavant, dans les cœurs. Peut-être avons-nous tous quelque chose qui tourmente notre cœur, peut-être avons-nous l’obscurité dans le cœur, peut-être nous sentons-nous un peu tristes à cause d’une faute… Il est venu pour enlever tout cela, il nous donne la paix, il pardonne tout. « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché » : il enlève le péché avec sa racine, tout ! Tel est le salut de Jésus, avec son amour et avec sa douceur. Et en entendant ce que dit Jean-Baptiste, qui rend témoignage à Jésus comme Sauveur, nous devons grandir dans la foi en Jésus.

Nous avons très souvent confiance dans le médecin : c’est bien, parce que le médecin est là pour nous guérir ; nous avons confiance dans une personne : nos frères, nos sœurs peuvent nous aider. C’est bien d’avoir cette confiance humaine, entre nous. Mais nous oublions la confiance dans le Seigneur : voilà la clé du succès de la vie. La confiance dans le Seigneur, remettons-nous au Seigneur ! « Seigneur, regarde ma vie ; je suis dans l’obscurité, j’ai cette difficulté, j’ai commis ce péché… » ; tout ce que nous avons : « Regarde ceci : je te fais confiance ! » Et il s’agit d’un pari que nous devons faire : lui faire confiance, à lui qui ne déçoit jamais. Jamais, jamais ! Ecoutez bien, vous les jeunes garçons et filles, qui commencez maintenant votre vie : Jésus ne déçoit jamais. Jamais. Voilà le témoignage de Jean : Jésus, le bon, le doux, qui finira comme un agneau, tué. Sans crier. Il est venu pour nous sauver, pour enlever le péché. Le mien, le tien et celui du monde : tout, tout.

Et maintenant, je vous invite à faire quelque chose : fermons les yeux, imaginons cette scène, là-bas, au bord du fleuve : Jean-Baptiste en train de baptiser et Jésus qui passe. Et entendons la voix de Jean : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Regardons Jésus et, en silence, que chacun de nous dise quelque chose à Jésus, dans son cœur. En silence. [Silence]

Que le Seigneur Jésus qui est doux et bon — c’est un agneau —, qui est venu pour enlever les péchés, nous accompagne sur la route de notre vie. Ainsi soit-il.


samedi 18 janvier 2014

La profession de journaliste est un service au bien commun

Discours du Pape François aux dirigeants et employés de la RAI, radiotélévision italienne, et à leurs familles.

Madame la présidente, chers dirigeants et employés de la RAI,

Je vous souhaite la bienvenue à tous ! Merci d’être venus si nombreux ; c’est une famille nombreuse que nous avons là ! Et merci à la présidente pour ses paroles, que j’ai beaucoup appréciées.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du 90e anniversaire du début des émissions radiophoniques de la RAI et du 60e anniversaire des émissions télévisées ; et il est significatif que soient également présents les représentants de plusieurs chaînes radiotélévisées publiques, et des associations du secteur, d’autres pays. Les deux anniversaires offrent l’occasion de réfléchir sur la relation qu’ont entretenue au cours de ces décennies la RAI et le Saint-Siège, et sur la valeur et les exigences du service public.

La mot-clé que je voudrais mettre immédiatement en évidence est collaboration. Aussi bien sur le versant de la radio que sur celui de la télévision, la population italienne a toujours pu accéder aux paroles, puis aux images du Pape et des événement de l’Église, en Italie, à travers le service public de la RAI. Cette collaboration se réalise avec les deux institutions vaticanes : Radio Vatican et le Centre de Télévision du Vatican.

De cette manière, la RAI a offert et offre encore aujourd’hui aux utilisateurs du service public la possibilité de suivre aussi bien les événements extraordinaires qu’ordinaires. Pensons au Concile Vatican II, aux élections des Papes, ou aux funérailles du bienheureux Jean-Paul II ; mais pensons aussi aux si nombreux événements du Jubilé de l’an 2000, aux différentes célébrations, ainsi qu’aux visites pastorales du Pape en Italie.

Les années cinquante et soixante ont été une époque de grand développement et croissance pour la RAI. Il est bon d’en rappeler certaines étapes : au cours de ces décennies, la RAI couvre avec ses émissions tout le pays ; en outre, cette entreprise d’État s’engage pour la formation de ses dirigeants également à l’étranger ; enfin, le nombre de productions augmente, également celles à caractère religieux : rappelons par exemple le film Francesco de Liliana Cavani, en 1966, et Les Actes des apôtres de Roberto Rossellini, en 1969, ce dernier avec la collaboration du père Carlo Maria Martini.

La RAI a donc été, également à travers bien d’autres initiatives, le témoin des processus de changement de la société italienne dans ses rapides transformations, et a contribué de manière spéciale au processus d’unification linguistique et culturelle de l’Italie.

Donc, rendons grâce au Seigneur pour tout cela et portons de l’avant le style de la collaboration. Mais faire mémoire d’un passé riche de conquêtes nous appelle à un sens renouvelé de responsabilités pour aujourd’hui et pour demain. Le passé est la racine, l’histoire devient racine de nouveaux élans, racines des défis présents, et racine d’un avenir, d’une marche vers l’avant ! Que l’avenir ne nous trouve jamais sans la responsabilité de notre identité. Qu’il nous trouve avec la racine de notre histoire et allant toujours de l’avant. À vous tous ici présents, et à ceux qui pour divers motifs n’ont pas pu prendre part à notre rencontre, je rappelle que votre profession, n’est pas seulement informative, mais aussi formative, c’est un service public, c’est-à-dire un service au bien commun. Un service à la vérité, un service à la bonté et un service à la beauté. Toutes les compétences professionnelles qui font partie de la RAI, dirigeants, journalistes, artistes, employés, techniciens et artisans savent qu’ils appartiennent à une entreprise qui produit culture et éducation, qui offre information et spectacle, en touchant à chaque moment de la journée une grande partie des Italiens. C’est une responsabilité à laquelle ne peut abdiquer pour aucune raison quiconque est titulaire du service public.

La qualité éthique de la communication est le fruit, en dernière analyse, de consciences attentives, non superficielles, toujours respectueuses des personnes, tant de celles qui sont objet d’information, que des destinataires du message. Chacun, dans son propre rôle et avec sa propre responsabilité, est appelé à veiller pour conserver un haut niveau éthique de la communication, et éviter ces choses qui font tant de mal : la désinformation, la diffamation et la calomnie. Conserver le niveau éthique.

À vous, dirigeants et employés de la RAI, et à vos familles, ainsi qu’aux hôtes appréciés de cette rencontre, va mon souhait le plus cordial pour l’année qui vient de débuter. Je vous souhaite de bien travailler, de placer confiance et espérance dans votre travail, pour pouvoir également la transmettre : il y en a tant besoin !

À la RAI, et aux autres chaînes et associations ici représentées, j’adresse le souhait que, poursuivant avec détermination et constance leur finalité, elles sachent toujours se mettre au service de la croissance humaine, culturelle et civile de la société. Merci.

vendredi 17 janvier 2014

La croissance de l’équité exige avant tout une vision transcendante de la personne

Message du Pape au Forum de Davos.

Au Professeur Klaus Schwab

Président exécutif du World Economic Forum

Je vous remercie vivement pour m’avoir aimablement invité à m’adresser au World Economic Forum, à l’occasion de sa rencontre annuelle qui, comme d’habitude, se tiendra à Davos-Klosters à la fin de ce mois. Espérant que cette rencontre sera l’occasion d’une réflexion approfondie sur les causes de la crise économique qui a touché le monde entier ces dernières années, je voudrais faire quelques considérations dans l’espérance qu’elles puissent enrichir les débats du Forum et apporter une contribution utile à son important travail.

Notre époque est caractérisée par des changements importants et des progrès significatifs en divers domaines qui ont d’importantes conséquences pour la vie des hommes. En effet, « on doit louer les succès qui contribuent au bien-être des personnes, par exemple dans le cadre de la santé, de l’éducation et de la communication » (Evangelii gaudium, 52), comme aussi dans beaucoup d’autres domaines de l’agir humain, et il faut reconnaître le rôle fondamental que l’entreprise moderne a eu dans de tels changements, stimulant et développant les immenses ressources de l’intelligence humaine. Cependant, les succès obtenus, bien qu’ayant réduit la pauvreté d’un grand nombre de personnes, ont souvent aussi apporté une exclusion sociale généralisée. En effet, la plus grande partie des hommes et des femmes de notre temps vivent encore dans une précarité quotidienne, avec des conséquences souvent dramatiques.

Dans le cadre de cette rencontre, je désire rappeler l’importance qu’ont les diverses instances politiques et économiques dans la promotion d’une approche inclusive, qui prenne en considération la dignité de toute personne humaine et le bien commun. Il s’agit d’une préoccupation qui devrait guider tout choix politique et économique, mais qui semble parfois n’être qu’un rajout pour compléter un discours. Ceux qui travaillent en ces domaines ont une responsabilité précise vis-à-vis des autres, en particulier envers ceux qui sont plus fragiles, faibles et sans défenses. On ne peut tolérer que des milliers de personnes, chaque jour, meurent de faim, alors que des quantités considérables de nourriture sont disponibles et souvent simplement gaspillées. De même, ne peuvent laisser indifférents les nombreux réfugiés en recherche de conditions de vie ayant un minimum de dignité, et qui, non seulement ne sont pas accueillis, mais aussi périssent souvent tragiquement dans leurs déplacements. Je suis conscient que ces paroles sont fortes, même dramatiques ; cependant elles veulent souligner, et aussi mettre au défi, la capacité d’influence de cet auditoire. En effet, ceux qui, par leur talent et leur habileté professionnelle, ont été capables de faire des innovations et de favoriser le bien-être de nombreuses personnes, peuvent apporter une contribution ultérieure en mettant leur compétence au service de ceux qui sont encore dans l’indigence.

Ce qu’il faut, donc, c’est un renouveau large et profond du sens de la responsabilité de la part de tous. « La vocation d’entrepreneur est un noble travail, il doit toujours se laisser interroger par un sens plus large de la vie » (Evangelii gaudium, 203). Beaucoup d’hommes et de femmes peuvent servir avec davantage d’efficacité le bien commun et rendre plus accessibles à tous les biens de ce monde. Cependant, la croissance de l’équité demande quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose. Elle exige avant tout « une vision transcendante de la personne » (Benoît XVI, Caritas in veritate, 11) puisque « sans la perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle » (Ibid.). Cela demande aussi des décisions, des mécanismes et des processus tournés vers une distribution plus équitable des richesses, la création d’opportunités de travail et une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le pur assistanat.

Je suis convaincu qu’à partir d’une telle ouverture à la transcendance une nouvelle mentalité, politique comme d’entreprise, pourrait prendre forme, capable de guider toutes les actions économiques et financières dans l’optique d’une éthique vraiment humaine. La communauté d’entreprise internationale peut compter sur beaucoup d’hommes et de femmes de grande honnêteté et intégrité, dont le travail est inspiré et guidé par de hauts idéaux de justice, de générosité, et qui sont préoccupés par l’authentique développement de la famille humaine. Je vous exhorte donc à puiser dans ces grandes ressources morales et humaines, et à affronter le défi avec détermination et clairvoyance. Sans ignorer, naturellement, la spécificité scientifique et professionnelle de chaque situation, je vous demande de faire en sorte que la richesse soit au service de l’humanité au lieu de la gouverner.

Monsieur le Président, chers amis,

Ayant confiance que, dans mes brèves paroles, vous puissiez entrevoir un signe de sollicitude pastorale et une contribution constructive pour que vos activités soient toujours plus nobles et fécondes, je désire renouveler mon souhait pour le bon déroulement de votre rencontre, et j’invoque la bénédiction divine sur vous, sur les participants au Forum, ainsi que sur vos familles et sur vos activités.

Du Vatican, le 17 janvier 2014

mercredi 15 janvier 2014

La vocation jaillit du cœur de Dieu et germe dans la bonne terre du peuple fidèle

Message du Pape François pour la Journée Mondiale des Vocations 2014

Chers frères et sœurs !

1. L’Évangile raconte que « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages...  Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger.  Alors il dit à ses disciples : “La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson” » (Mt 9, 35-38). Ces paroles nous surprennent, car nous savons tous qu’il faut d’abord labourer, semer et cultiver pour pouvoir ensuite, le moment venu, moissonner une récolte abondante. Jésus affirme en revanche que « la moisson est abondante ». Mais qui a travaillé pour que le résultat soit tel ? Il n’y a qu’une seule réponse : Dieu. Évidemment, le champ dont parle Jésus est l’humanité, c’est nous. Et l’action efficace qui est à l’origine du « beaucoup de fruit » est la grâce de Dieu, la communion avec lui (cf. Jn 15, 5). La prière que Jésus sollicite de l’Église concerne donc la demande d’accroître le nombre de ceux qui sont au service de son Royaume. Saint Paul, qui a été l’un de ces “collaborateurs de Dieu”, s’est prodigué inlassablement pour la cause de l’Évangile et de l’Église. Avec la conscience de celui qui a personnellement expérimenté à quel point la volonté salvifique de Dieu est insondable, et l’initiative de la grâce est à l’origine de toute vocation, l’apôtre rappelle aux chrétiens de Corinthe : « Vous êtes le champ de Dieu » (1 Co 3, 9). C’est pourquoi naît tout d’abord dans notre cœur l’étonnement pour une moisson abondante que Dieu seul peut accorder ; ensuite la gratitude pour un amour qui nous précède toujours ; enfin, l’adoration pour l’œuvre qu’il a accomplie, qui demande notre libre adhésion pour agir avec lui et pour lui.

2. Bien des fois nous avons prié avec les paroles du Psalmiste : « Il nous a faits et nous sommes à lui, nous son peuple, son troupeau » (Ps 100, 3) ; ou encore : « C'est Jacob que le Seigneur a choisi, Israël dont il a fait son bien » (Ps 135, 4). Eh bien, nous sommes la “propriété” de Dieu non pas au sens de la possession qui rend esclaves, mais d’un lien fort qui nous unit à Dieu et entre nous, selon un pacte d’alliance qui demeure pour l’éternité « car éternel est son amour » (Ps 136). Dans le récit de la vocation du prophète Jérémie, par exemple, Dieu rappelle qu’il veille continuellement sur chacun, afin que sa Parole se réalise en nous. L’image adoptée est celle de la branche d’amandier qui fleurit avant tous les autres, annonçant la renaissance de la vie au printemps (cf. Jr 1, 11-12). Tout provient de lui et est don de lui ; le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir, mais — rassure l’apôtre — « vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » (1 Co 3, 23). Voilà expliquée la modalité d’appartenance à Dieu : à travers le rapport unique et personnel avec Jésus, que le baptême nous a conféré dès le début de notre renaissance à une vie nouvelle. C’est donc le Christ qui nous interpelle sans cesse par sa Parole afin que nous mettions notre confiance en lui, en l’aimant « de tout notre cœur, de toute notre intelligence et de toute notre  force » (cf. Mc 12, 33). C’est pourquoi chaque vocation, malgré la pluralité des voies, demande toujours un exode de soi-même pour centrer sa propre existence sur le Christ et sur son Évangile. Que ce soit dans la vie conjugale, que ce soit dans les formes de consécration religieuse, que ce soit dans la vie sacerdotale, il faut dépasser les manières de penser et d’agir qui ne sont pas conformes à la volonté de Dieu. C’est un exode « qui nous conduit à un chemin d’adoration du Seigneur et de service à lui dans nos frères et sœurs » (Discours à l’Union internationale des supérieures générales, 8 mai 2013). C’est pourquoi nous sommes tous appelés à adorer le Christ dans nos cœurs (cf. 1 P 3, 15), pour nous laisser rejoindre par l’impulsion de la grâce contenue dans la semence de la Parole, qui doit croître en nous et se transformer en service concret de notre prochain. Nous ne devons pas avoir peur : Dieu suit avec passion et habileté l’œuvre sortie de ses mains, à chaque saison de la vie. Il ne nous abandonne jamais ! Il a à cœur la réalisation de son projet sur nous, mais il entend cependant l’obtenir avec notre assentiment et notre collaboration.

3. Aujourd’hui aussi, Jésus vit et chemine dans les réalités de la vie ordinaire pour s’approcher de tous, à commencer par les derniers, et nous guérir de nos infirmités et de nos maladies. Je m’adresse à présent à ceux qui sont bien disposés à se mettre à l’écoute de la voix du Christ qui retentit dans l’Église, pour comprendre quelle est leur vocation propre. Je vous invite à écouter et à suivre Jésus, à vous laisser transformer intérieurement  par ses paroles qui « sont esprit et sont vie » (Jn 6, 63). Marie, la Mère de Jésus et la nôtre, nous répète à nous aussi : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Cela vous fera du bien de participer avec confiance à un chemin communautaire qui sache libérer en vous et autour de vous les meilleures énergies. La vocation est un fruit qui mûrit dans le champ bien cultivé de l’amour réciproque qui se fait service mutuel, dans le contexte d’une authentique vie ecclésiale. Aucune vocation ne naît toute seule ou ne vit pour elle-même. La vocation jaillit du cœur de Dieu et germe dans la bonne terre du peuple fidèle, dans l’expérience de l’amour fraternel. Jésus n’a-t-il peut-être pas dit : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35) ?

4. Chers frères et sœurs, vivre cette « haute mesure de la vie chrétienne ordinaire » (cf. Jean-Paul II, Lett. apost. Novo millennio ineunte, n. 31), signifie parfois  aller à contre-courant et comporte de rencontrer également des obstacles, en dehors de nous et en nous. Jésus lui-même nous avertit : la bonne semence de la Parole de Dieu est souvent volée par le Malin, bloquée par les difficultés, étouffée par des préoccupations et des séductions mondaines (cf. Mt 13, 19-22). Toutes ces difficultés pourraient nous décourager, en nous faisant nous replier sur des voies apparemment plus commodes.  Mais la véritable joie des appelés consiste à croire et à faire l’expérience que le Seigneur, lui, est fidèle, et qu’avec lui nous pouvons marcher, être des disciples et des témoins de l’amour de Dieu, ouvrir notre cœur à de grands idéaux, à de grandes choses. « Nous chrétiens nous ne sommes pas choisis par le Seigneur pour de petites bricoles, allez toujours au-delà, vers les grandes choses. Jouez votre vie pour de grands idéaux ! » (Homélie lors de la messe pour les confirmations, 28 avril 2013). À vous évêques, prêtres, religieux, communautés et familles chrétiennes, je demande d’orienter la pastorale des vocations dans cette direction, en accompagnant les jeunes sur des itinéraires de sainteté qui, étant personnels, « exigent une vraie pédagogie de la sainteté qui soit capable de s'adapter aux rythmes des personnes. Cette pédagogie devra intégrer aux richesses de la proposition adressée à tous les formes traditionnelles d'aide personnelle et de groupe, et les formes plus récentes apportées par les associations et par les mouvements reconnus par l'Église » (Jean-Paul II, Lett. apost. Novo millennio ineunte, n. 31).

Disposons donc notre cœur à être une “bonne terre” pour écouter, accueillir et vivre la Parole et porter ainsi du fruit. Plus nous saurons nous unir à Jésus par la prière, la Sainte Écriture, l’Eucharistie, les Sacrements célébrés et vécus dans l’Église, par la fraternité vécue, plus grandira en nous la joie de collaborer avec Dieu au service du Royaume de miséricorde et de vérité, de justice et de paix. Et la récolte sera abondante, proportionnée à la grâce qu’avec docilité nous aurons su accueillir en nous. Avec ce vœu, et en vous demandant de prier pour moi, je donne de tout cœur à tous ma Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 15 janvier 2014

Le peuple de Dieu est un peuple disciple — parce qu’il reçoit la foi — et missionnaire — parce qu’il transmet la foi

Audience Générale du Pape François.


Chers frères et sœurs, bonjour.

Mercredi dernier, nous avons commencé un bref cycle de catéchèses sur les sacrements, en commençant par le baptême. Et je voudrais m’arrêter sur le baptême aujourd’hui aussi, pour souligner un fruit très important de ce sacrement : il fait de nous des membres du Corps du Christ et du Peuple de Dieu. Saint Thomas d’Aquin affirme que celui qui reçoit le baptême est incorporé au Christ presque comme son membre même et est uni à la communauté des fidèles (cf. Summa Theologiae, III, q. 69, art. 5 ; q. 70, art. 1), c’est-à-dire au peuple de Dieu. A l’école du Concile Vatican II, nous disons aujourd’hui que le baptême nous fait entrer dans le peuple de Dieu, il fait de nous des membres du Peuple en chemin, un peuple en pèlerinage dans l’histoire.

En effet, de même que de génération en génération se transmet la vie, ainsi, de génération en génération, à travers la renaissance aux fonts baptismaux, se transmet la grâce, et avec cette grâce, le peuple chrétien marche dans le temps, comme un fleuve qui irrigue la terre et diffuse dans le monde la bénédiction de Dieu. À partir du moment où Jésus a dit ce que nous avons entendu dans l’Évangile, les disciples sont allés baptiser ; et depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, il existe une chaîne de transmission de la foi à travers le baptême. Et chacun de nous est un anneau de cette chaîne : un pas en avant, toujours ; comme un fleuve qui irrigue. Ainsi est la grâce de Dieu et ainsi est notre foi, que nous devons transmettre à nos enfants, transmettre à nos petits-enfants, afin que, devenus adultes, ils puissent la transmettre à leurs enfants. Tel est le baptême. Pourquoi ? Parce que le baptême nous fait entrer dans ce peuple de Dieu qui transmet la foi. Cela est très important. Un peuple de Dieu qui marche et transmet la foi.

En vertu du baptême, nous devenons disciples missionnaires, appelés à apporter l’Évangile dans le monde (cf. Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 120). « Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation... La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle » (ibid.) de tous, de tout le peuple de Dieu, que chacun des baptisés soit protagoniste d’une façon nouvelle. Le peuple de Dieu est un peuple disciple — parce qu’il reçoit la foi — et missionnaire — parce qu’il transmet la foi. Et c’est ce qu’opère le baptême en nous : il nous donne la Grâce et transmet la foi. Dans l’Église, nous sommes tous disciples, et nous le sommes pour toujours, pour toute la vie ; et nous sommes tous missionnaires, chacun à la place que le Seigneur lui a assignée. Tous : le plus petit est également missionnaire ; et celui qui semble plus grand est disciple. Mais certains d’entre vous diront : « Les évêques ne sont pas disciples, les évêques savent tout ; le Pape sait tout, ce n’est pas un disciple ». Non, les évêques et le Pape doivent eux aussi être des disciples ; parce que s’ils ne sont pas disciples, ils ne font pas le bien, ils ne peuvent être missionnaires, ils ne peuvent transmettre la foi. Nous sommes tous disciples et missionnaires.

Il existe un lien indissoluble entre la dimension mystique et celle missionnaire de la vocation chrétienne, toutes deux enracinées dans le baptême. « En recevant la foi et le baptême, les chrétiens accueillent l’action de l’Esprit Saint qui conduit à confesser Jésus comme Fils de Dieu et à appeler Dieu “Abba”, Père. Tous les baptisés et baptisées... sont appelés à vivre, et à transmettre la communion avec la Trinité, puisque l’évangélisation est un appel à la participation et à la communion trinitaire» (Document final d’Aparecida, n. 157).

Personne ne se sauve seul. Nous sommes une communauté de croyants, nous sommes peuple de Dieu et dans cette communauté, nous faisons l’expérience de la beauté de partager l’expérience d’un amour qui nous précède tous, mais qui, dans le même temps, nous demande d’être des « canaux » de la grâce les uns pour les autres, en dépit de nos limites et de nos péchés. La dimension communautaire n’est pas seulement un « cadre », un « contour », mais elle est partie intégrante de la vie chrétienne, du témoignage et de l’évangélisation. La foi chrétienne naît et vit dans l’Église, et dans le baptême, les familles et les paroisses célèbrent l’incorporation d’un nouveau membre au Christ et à son corps qui est l’Église (cf. ibid., n. 175b).

À propos de l’importance du baptême pour le peuple de Dieu, l’histoire de la communauté chrétienne au Japon est exemplaire. Elle subit une dure persécution au début du XVIIe siècle. Il y eut de nombreux martyrs, les membres du clergé furent expulsés et des milliers de fidèles furent tués. Aucun prêtre n’est resté au Japon, tous ont été expulsés. Alors, la communauté se retira dans la clandestinité, en conservant la foi et la prière de façon cachée. Et lorsque naissait un enfant, le papa ou la maman le baptisait, parce que tous les fidèles peuvent baptiser dans des circonstances particulières. Lorsque, après environ deux siècles et demi, 250 ans plus tard, les missionnaires retournèrent au Japon, des milliers de chrétiens sortirent de la clandestinité et l’Église put refleurir. Ils avaient survécu avec la grâce de leur baptême ! Cela est grand : le peuple de Dieu transmet la foi, baptise ses enfants et va de l’avant. Et ils avaient maintenu, même dans le secret, un profond esprit communautaire, parce que le baptême les avaient fait devenir un seul corps dans le Christ : ils étaient isolés et cachés, mais ils étaient toujours membres du peuple de Dieu, membres de l’Église. Nous pouvons apprendre beaucoup de cette histoire !



Je salue cordialement les pèlerins francophones, particulièrement les élèves, les professeurs et le personnel de l’Institut Saint-Dominique de Rome, et les jeunes venus de France. Que le Seigneur vous donne de vivre pleinement de la grâce que vous avez reçue au Baptême, et d’être les instruments des bénédictions de Dieu pour les autres. Bon pèlerinage !

Chers frères et sœurs de langue arabe, provenant de Jordanie et de Terre Sainte : apprenez de l’Église japonaise qui, à cause des persécutions du XVIIe siècle, se retira dans la clandestinité pendant environ deux siècles et demi, transmettant d’une génération à l’autre la flamme de la foi toujours vivante. Les difficultés et les persécutions, lorsqu’elles sont vécues avec abandon, confiance et espérance, purifient la foi et la fortifient. Soyez de véritables témoins du Christ et de Son Évangile, d’authentiques fils de l’Église, toujours prêts à rendre raison de votre espérance, avec amour et respect. Que le Seigneur protège votre vie et vous bénisse !